Des trajets polémiques en avions ou jets privés, des stades énergivores en passant par la coupe du monde au Qatar, le football ne semble pas être l’enfant modèle de l’écologie. Selon ses acteurs, le sport le plus populaire du monde cherche toutefois à réaliser sa transition écologique. Qu’en est-il vraiment ? Natura Sciences a enquêté.

En septembre 2021, la star française du Paris Saint-Germain Kylian Mbappé se rend à Strasbourg, depuis la capitale, en jet privé. Un trajet de moins de deux heures en train. Si le joueur phare du PSG a ensuite refusé une opération marketing avec l’équipe de France car certaines marques posaient des problèmes moraux selon son avocate, on peut s’interroger sur l’éthique écologique du monde du ballon rond.
Un an plus tard, le 5 septembre 2022, l’entraîneur du PSG Christophe Galtier et Kylian Mbappé enflamment la toile. En pleine polémique sur les jets privés, ils éclatent de rire lorsque Paul Larrouturou, journaliste chez LCI, leur demande s’ils envisagent de prendre le train plutôt que l’avion pour leurs déplacements à l’avenir. Christophe Galtier balaie la question en répondant que « la société qui organise nos déplacements est en train de voir si on ne peut pas se déplacer en char à voile ».
Le football occupe une place importante dans la vie de très nombreux citoyens. Mais il divise et laisse rarement indifférent. Face aux enjeux climatiques et aux objectifs à atteindre d’ici 2030, le foot peut-il camper sur ses bases souvent dictées par l’économie ? Existe-t-il des clubs réellement impliqués au quotidien en faveur de l’environnement ? Que proposent concrètement les clubs aujourd’hui et pensent-ils être à la hauteur ? Enquête.
Des initiatives écologiques pour compenser
Les clubs de football communiquent, de manière inégale, sur leurs initiatives écologiques. Chacun son rythme. Le Paris Saint-Germain, locomotive du championnat de France, n’a pas répondu à nos sollicitations. Néanmoins le club s’épanche de plus en plus sur sa politique RSE. En 2021, le club a adhéré au « Sports For Climate Action« de l’ONU. Un programme qui vise à faire diminuer l’impact carbone des clubs. Détenu par QSI, fonds d’investissement basé à Doha au Qatar, Paris doit plus que jamais faire s’emparer de ces problématiques.
Le champion de France en titre, Lille, s’affiche comme l’un des clubs français les plus soucieux de son impact environnemental. « Par où commencer. Au LOSC nous travaillons avec des collaborateurs très impliqués sur ces questions », explique le responsable RSE du club. « Nous cherchons à compenser au quotidien car il est important de comprendre qu’une part est tout bonnement impossible à réduire aujourd’hui », explique-t-il. « Nous sommes l’un des premiers signataires du foot français de la charte des 15 engagements éco-responsables. Cette charte vise, pour un organisateur d’événement, à respecter des engagements comme la réduction de plastique ou encore favoriser la tri », assure-t-il.
Agir dans les stades et les infrastructures
Le stade lillois Pierre Mauroy s’est ainsi équipé de systèmes de récupération des eaux de pluie et prochainement de collecte des mégots. Un système de réduction de l’éclairage permet au stade de contrôler sa consommation. Au Domaine de Luchin (centre d’entraînement du club), des gourdes personnelles pour toute la formation, des ruches, un poulailler, des gazonnières pour renouveler la pelouse du stade ou encore un tri et suivi détaillé des déchets s’ajoutent aux initiatives du club. En 2020, le LOSC remporte même le prix “Excellence environnementale” du Comité national olympique et sportif français (CNOSF).
À Lyon « nous concentrons notamment les efforts sur le Groupama Stadium », explique Maëlle Trarieux, responsable RSE de l’Olympique Lyonnais. L’OL, véritable cador du championnat de France, a fait construire son propre stade en 2016 : « Le Parc OL ». L’enceinte est donc « entièrement digitalisée pour contrôler en direct les consommations superflues d’énergie ». En 2021 l’Olympique lyonnais a annoncé l’installation de 50.000m2 de panneaux solaires sur son complexe d’activités. Lyon projette d’être à terme son propre producteur d’énergie photovoltaïque.
Conscient de l’impact écologique d’une telle bâtisse, le septuple champion de France explique s’être donné les moyens de ses ambitions. « Nous avons cherché à conserver la biodiversité autour du stade. Le bois du Montout, situé à proximité, a été conservé et est protégé. Nous y avons installé nos ruches. Nous sommes également équipés d’un jardin en permaculture de 500m2. Avec ces espaces nous sensibilisons les enfants qui viennent visiter les infrastructures sur les questions environnementales », explique-t-elle. Notons néanmoins que la construction du stade a été chahutée par de nombreuses polémiques en 2014. Notamment celle de l’expropriation de paysans qui travaillaient sur le terrain. Un système de compostage de déchets ainsi qu’un partenariat avec la Banque alimentaire ont aussi été mis en place par le club.
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Impact carbone 1-0 clubs de football
Un club de football pollue de bien des manières. Dans un premier temps les infrastructures comme les stades, ou autres aménagements urbains, pèsent lourd sur son bilan carbone. Par exemple, revenons sur le « Parc OL » qui peut accueillir jusqu’à 60.000 spectateurs. Pour sortir de terre un tel édifice, il faut du béton, beaucoup de béton. C’est près de 120.000 m3 qui ont été coulés. Et le béton émet énormément de CO2 selon l’ADEME. Mais le bât blesse particulièrement sur la question des déplacements.
« Dans l’imaginaire collectif, les clubs de football polluent énormément à cause des déplacements en avion des joueurs. Mais aujourd’hui, ce qui pèse le plus dans l’impact carbone d’un club est sans contestation possible le déplacement des supporters », explique le responsable RSE du LOSC.
Prenons l’exemple du club allemand VfL Wolfsburg, un club réputé pour être engagé. « Vert. Plus qu’une couleur », est le cri de ralliement de l’institution. Sur la saison 2019-2020, le club a communiqué sur la répartition de ses émissions de CO2. Le déplacement des supporters représente 60% du total du bilan carbone du club. Lors de l’Euro 2016 en France, la part des déplacements pesait aussi lourdement sur le bilan carbone de la compétition. En l’occurrence, ce sont les déplacements à destination ou au départ de la France qui ont représenté 96% de l’empreinte carbone des spectateurs (soit 517.000 tonnes d’équivalent CO2). Un chiffre assez logique puisque 36% des spectateurs sont venus en France en avion et 33% ont choisi la voiture. 2,1 millions de tonnes de CO2 ont été rejetées pour la Coupe du monde 2018.
L’épineux cas des transports
C’est le sujet qui fâche. Le football fait face à une ribambelle de polémiques autour de trajets superficiels en avions. Mais pas seulement. La question des transports est le point névralgique de l’impact carbone des clubs de football. L’Olympique lyonnais cherche à s’emparer du problème depuis quelques années. « Nous veillons à ce que les supporters aient plusieurs options afin d’éviter les embouteillages. On a un schéma d’accessibilité au stade. Un tramway arrive devant les portes du stade au quotidien. Nous avons des navettes qui permettent aux gens de se garer à plusieurs kilomètres du stade, loin de la zone de trafic », explique Maëlle Trarieux.
« Ensuite des bus amènent les supporters jusqu’au stade. Plusieurs pistes cyclables ainsi qu’un parking à vélos sont disponibles pour les supporters. En décembre dernier nous avons souscrit à un système de covoiturage entre supporters, ‘StadiumGo' », poursuit-elle. « L’OL a également équipé ses joueuses et joueurs professionnels de voitures électriques pour venir à l’entraînement. Même notre président Jean-Michel Aulas en a une », se réjouit-elle.
Un problème à plusieurs têtes
Cependant, là où les clubs sont attendus au tournant par le grand public c’est bien sur les transports de joueurs lors de matchs. « Nous savons que nous pouvons faire mieux et c’est notre objectif », admet Maëlle Trarieux. « Bien sûr que nous y pensons. Tous les ans nous regardons le calendrier du championnat pour voir quels matchs nous pouvons faire en train ou en bus. Comme pour Saint-Étienne par exemple », assure-t-elle. « Seulement cela ne dépend pas que de nous. Parfois la sécurité prend le pas. Nous avons des attentes d’acteurs comme la SNCF. Imaginez l’Olympique lyonnais qui débarque à la gare Marseille Saint-Charles. Cela serait une mauvaise idée. Nous voulons éviter l’avion et nous pouvons progresser mais il faut penser à tous ces facteurs », explique-t-elle.
Même son de cloche pour le LOSC. « Pour être tout à fait honnête, l’ensemble des clubs doit faire face aux problèmes des transports. Sur les déplacements courts, nous cherchons à les faire systématiquement en bus ou en train privatif, et ça ce sont des choses très concrètes », explique le club.« La solution qui va paraître la plus viable à court-terme, c’est la privatisation de trains SNCF. Malheureusement entre les conditions d’accueil, d’aménagement de voitures, en terme délais et de tarifs ce n’est pas viable. Et les joueurs perdent eux aussi du temps de récupération ».
« Nous voulons travailler sur la question des transports avec la LFP [Ligue de Football Professionel, ndlr] et les clubs. Pourquoi ne pas imaginer un achat groupé de rames aménagées, avec trains équipés, par exemple, de tables de massages », propose-t-il. « Comment voulez vous qu’un responsable RSE aille voir le sportif en lui disant qu’on a trouvé une solution meilleure pour la planète mais qui prend 3 heures en plus, sans récupération, et qui pèse beaucoup plus lourd dans le budget? », s’interroge-t-il.
L’exemple des Forest Green Rovers Football Club
Dans la galaxie football, il existe un OVNI. Le club de troisième division anglaise (League Two), le Forest Green Rovers Football se veut à 100% écolo. Un stade tout en bois, des maillots fabriqués avec des grains de café, pelouse bio traitée avec des algues, ou encore des menus végans pour les supporters, tout y est. Racheté par Dale Vince, fondateur d’Ecotricity, pionnier de la fourniture d’électricité 100% verte, en 2010, le FC Forest Green Rovers a, sous l’impulsion de son nouveau riche propriétaire, mis les bouchées doubles pour devenir le club le plus éco-responsable au monde. Un club perçu comme le modèle à suivre.
Cet exemple fait sourire en France. « Je ne trouve pas que la comparaison entre un club comme Lille et le Forest Green Rovers Football Club soit pertinente », explique le responsable RSE du LOSC. « Prenons l’exemple des maillots en grains de café. Il est plus difficile de produire ce type de maillots en grande quantité pour de plus grands clubs. Cela a un coût à la fabrication », dit-il.
Un idéal face à la réalité économique
« Il est plus difficile pour nous de répliquer économiquement ce que fait un club comme le Forest Green Rovers Football Club qui est en troisième division anglaise », ajoute-t-il. « Jouer des matchs européens a un prix par exemple », ajoute-t-il. « Cependant il est important de faire passer le message que nous cherchons toujours à faire mieux pour l’environnement », dit-il.
Un club qui se confronte lui aussi à ses propres limites selon Maëlle Trarieux.« Certains joueurs ont été photographiés dans des fast-food ». « Rien n’est parfait, tout est perfectible », explique la responsable RSE de l’OL. Elle ajoute : « un club modèle est un club qui cherche toujours à compenser en prenant en compte le sportif ».
« Nous pouvons nous inspirer d’autres clubs. Comme du Bétis Séville (Espagne), qui a lancé sa plateforme « Forever Green ». Avec ce site internet tous les fans sont incités à agir pour l’environnement », explique le responsable RSE du LOSC. Une façon peu coûteuse de sensibiliser le public.
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Les clubs cotés en Bourse épinglés
Dans un rapport, l’agence de notation spécialisée dans le développement durable Standard Ethics a pointé du doigt les faibles performances environnementales de plusieurs clubs.
Les clubs de football européens cotés en Bourse ont de piètres performances sur les critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG), a pointé vendredi 25 mars l’agence de notation spécialisée dans le développement durable Standard Ethics. Parmi les 15 clubs de football cotés en Bourse, on trouve notamment l’Olympique lyonnais. Ce barème est établi sur plusieurs facteurs notamment sur la mise à disposition de documents accessibles au public.
Le club rhodanien se voit ainsi attribuer la mention « E (very low) ». Une mauvaise note qui classe le club à la 8ème place. Notons que les deux meilleures notes de classement sont attribuées au Borussia Dortmund (Allemagne), EE- (adequate) et à la Juventus Turin (Italie), E+ (low). Il ressort de cette analyse, bien qu’évolutive, que le niveau de divulgation, sur les questions de durabilité, des principaux clubs de football cotés est médiocre.
En France, l’association France Ecologie Football propose ses services aux clubs pour entreprendre des initiatives vertes. À l’horizon 2030, les clubs devront maintenir leurs efforts.


