Une grande partie des émissions des entreprises se cache dans leur chaîne d’approvisionnement. Matières premières, transport, sous-traitants : la décarbonation passe aussi par les fournisseurs.

Pour une entreprise, réduire sa consommation d’électricité, isoler ses bâtiments ou électrifier sa flotte automobile ne suffit pas toujours à faire baisser significativement son empreinte carbone. Une part considérable des émissions peut en effet avoir lieu bien avant qu’un produit n’arrive dans ses usines ou ses entrepôts.
Dans un bilan carbone, c’est tout l’enjeu des émissions dites de « Scope 3 ». Contrairement au Scope 1, qui regroupe les émissions directement générées par l’entreprise, et au Scope 2, associé à l’énergie qu’elle achète, le Scope 3 englobe les autres émissions indirectes de sa chaîne de valeur. Cela concerne notamment les matières premières et les produits achetés, leur transport, les déplacements professionnels, mais aussi, en aval, l’utilisation et la fin de vie des produits vendus.
Des émissions largement ignorées
Les ordres de grandeur sont considérables. En 2024, le CDP et le Boston Consulting Group (BCG) estimaient que les émissions liées aux chaînes d’approvisionnement étaient, en moyenne, 26 fois supérieures aux émissions opérationnelles des entreprises ayant communiqué leurs données. Dans les seuls secteurs de l’industrie manufacturière, du commerce et des matériaux, ces émissions amont représentaient l’équivalent de 1,4 fois les émissions annuelles de l’Union européenne. Pourtant, seulement 15 % des entreprises étudiées avaient fixé un objectif de réduction des émissions de leur chaîne d’approvisionnement.
« Ces chiffres montrent que le défi de la mesure efficace des émissions du Scope 3 est généralisé et concerne tous les secteurs », soulignait alors Sonya Bhonsle, directrice des comptes stratégiques du CDP.
Le carbone se cache chez les fournisseurs
Une autre étude aboutit au même constat. Dans leur Carbon Action Report 2025, EcoVadis et BCG ont analysé 133 000 évaluations carbone concernant 83 000 entreprises dans le monde. Selon leurs données, les émissions de la chaîne d’approvisionnement sont en moyenne 21 fois plus importantes que les émissions directes. Pourtant, plus de neuf entreprises sur dix n’ont pas encore fixé d’objectif de réduction pour leurs émissions amont.
La difficulté est assez simple à comprendre : une entreprise maîtrise relativement facilement les données concernant ses propres consommations de gaz, de carburant ou d’électricité. La tâche devient autrement plus complexe lorsqu’elle doit connaître les émissions associées à l’acier, au plastique, aux composants électroniques ou aux prestations qu’elle achète auprès de dizaines, de centaines, voire de milliers de fournisseurs.
La décarbonation se déplace ainsi progressivement des murs de l’entreprise vers l’ensemble de son écosystème économique. Pour progresser, les grands donneurs d’ordre demandent donc de plus en plus à leurs fournisseurs de mesurer leurs émissions, de fixer des objectifs et de documenter leurs actions.
Selon EcoVadis et BCG, les entreprises qui collaborent activement avec leurs fournisseurs auraient ainsi neuf fois plus de chances d’atteindre leurs objectifs de réduction du Scope 3. Mais seulement une entreprise sur trois aurait aujourd’hui engagé une telle démarche.
Des évaluations RSE qui se diffusent dans les chaînes d’approvisionnement
Cette évolution contribue à développer les systèmes d’évaluation des performances environnementales et sociales des fournisseurs. EcoVadis propose par exemple aux entreprises une notation sur 100 reposant sur quatre grands thèmes : l’environnement, le social et les droits humains, l’éthique et les achats responsables.
Son évaluation repose notamment sur les politiques mises en place par l’entreprise, ses actions et les résultats obtenus. L’entreprise évaluée doit apporter des éléments permettant de documenter ses pratiques : politiques internes, certifications ou encore indicateurs de suivi.
Pour une PME qui travaille avec de grands groupes, l’exercice peut donc dépasser la simple communication RSE. Il s’agit de pouvoir répondre aux exigences de ses clients et de démontrer la structuration de sa démarche. Des solutions comme Greenly proposent notamment de booster votre score EcoVadis, en identifiant les éléments à formaliser et les données à consolider.
Mais attention à ne pas confondre notation et mesure directe de l’empreinte écologique. Comme pour les normes ISO des systèmes de management (de l’environnement, de l’énergie ou de la qualité), EcoVadis précise que son score reflète « la qualité du système de management de la durabilité d’une entreprise au moment de l’évaluation ». Une bonne note indique donc qu’une entreprise a structuré ses politiques, ses actions et son suivi en matière de durabilité. Elle ne signifie pas, à elle seule, que son empreinte environnementale est faible.
Réduire les émissions peut se faire sans augmenter les coûts. Selon l’étude d’EcoVadis et BC, jusqu’à 50 % des émissions des fournisseurs pourraient être réduites sans coût net, notamment grâce aux économies générées par certaines mesures. Les auteurs évaluent le retour sur investissement potentiel entre trois et six fois les sommes engagées. Un tiers des réductions pourrait même être obtenu pour moins de 12 dollars par tonne de CO₂ équivalent évitée.
D’autres données suggèrent également que la coopération entre donneurs d’ordre et fournisseurs peut produire des résultats significatifs. Le CDP estimait ainsi qu’en 2023, les collaborations menées entre entreprises acheteuses et fournisseurs via son programme Supply Chain avaient permis d’éviter 43 millions de tonnes d’émissions de gaz à effet de serre.












