Environ 8.000 habitants des communautés autochtones péruviennes présentent des niveaux élevés de plomb, d’arsenic et de mercure dans leur organisme. En cause : l’exploitation minière près de leurs villages, dénonce un rapport publié par Amnesty International.

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Proche de la zone minière d’Antaccapay, les habitants présentent des taux élevés de toxiques dans leur sang et leurs urines. // PHOTO : Nataniel Furgang/Amnesty International

Les niveaux de métaux et substances toxiques (plomb, cadmium, arsenic, mercure et manganèse) découverts chez les participants à l’étude démontrent le risque pour la santé auquel sont exposées les communautés indigènes dans la province d’Espinar”, selon un nouveau rapport d’Amnesty International. Voici le résultat de trois ans d’enquête autour de la zone minière d’Antaccapay contrôlée par le géant anglo-suisse Glencore. La province d’Espinar se trouve dans le sud-est du Pérou, dans la région de Cuzco. Celle-ci renferme l’ancienne capitale inca du même nom ainsi que la citadelle inca de Machu Picchu.

Des niveaux élevés de toxiques dans l’organisme

Onze communautés indigènes se trouvent autour de la zone d’impact social et environnemental du projet minier, ce qui représente environ 8.000 personnes”, a expliqué à l’AFP la responsable de l’enquête, María José Veramendi. L’enquête a analysé les échantillons de sang et d’urine de 150 volontaires issus de ces communautés issues du peuple K’ana. 78% des échantillons comprenaient des métaux et des substances toxiques à des niveaux supérieurs aux valeurs de référence. En particulier, 58 % présentaient un niveau élevé d’arsenic et 29 % un niveau élevé de manganèse. En plus, 12 % présentaient un niveau élevé de cadmium. Enfin, 4 % présentaient un niveau élevé de plomb et 3 % un niveau élevé de mercure.

À l’exception du manganèse, utile au corps en faibles quantités, les substances recherchées sont toxiques, même à faible dose. Ainsi, la présence de métaux lourds dans l’organisme n’est pas anodine. Elle “peut générer différentes sortes de maladies, des nausées, des vomissements, certains types de cancers et des problèmes hépatiques“, ajoute María José Veramendi.  

Pour un programme de vigilance épidémiologique permanent

María José Veramendi exhorte les autorités sanitaires à “établir un programme de vigilance épidémiologique permanent dans la province d’Espinar pour déterminer l’impact global sur la population exposée”. Lors de l’enquête, les habitants ont fait état de symptômes comme des maux de tête, des problèmes rénaux, de prostate ou dentaires, et des affections de l’estomac, explique-t-elle. Deux personnes ont signalé des tumeurs cancéreuses.

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Des dizaines de conflits liés à l’industrie minière ont été déclarés au Défenseur du peuple. Cette entité publique est chargée de veiller au respect des droits de l’homme au Pérou. Le gouvernement avait décrété l’état d’urgence en 2015 dans six provinces du Sud-Est du pays, dont celle d’Espinar. Et ce, après la mort de quatre personnes dans une violente manifestation contre un projet d’usine de traitement présenté par le consortium chinois MMG à Las Bambas. Ce projet constitue le principal site minier du Pérou qui produit du cuivre. Fin 2020, la justice péruvienne a estimé que le gouvernement national et les autorités régionales de Cusco portaient la responsabilité des problèmes de santé publique dans la province d’Espinar. Elle les a exhorté à engager un plan d’urgence.

Une exposition aux métaux lourds largement répandue

Les autorités doivent jouer un rôle moteur afin de trouver des solutions à cette grave crise de santé dans la province d’Espinar et, en particulier, veiller à la mise en œuvre de la stratégie d’urgence ordonnée par le pouvoir judiciaire en décembre 2020″, estime dans un communiqué Marina Navarro, directrice d’Amnesty au Pérou. “Il ne faut pas normaliser le fait que des personnes vivent avec des métaux et des substances toxiques dans le corps“.

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Selon des chiffres officiels, dix millions de personnes risquent une exposition aux métaux lourds au Pérou. Cela représente environ un tiers de la population. En plus, environ 6,8 millions de personnes (20% de la population) risquent une exposition à des métalloïdes comme l’arsenic. Enfin, deux millions de personnes, soit plus de 6% de la population risque une exposition aux hydrocarbures, rappelle le rapport.

Le Pérou est l’un des principaux producteurs mondiaux de cuivre, or, argent, zinc et plomb. L’activité minière a représenté 16% des investissements privés dans le pays durant la dernière décennie. Soit quelque 59 milliards de dollars. Elle génère 1,8 million d’emplois directs et indirects et représente près de 60% des exportations.

Matthieu Combe avec AFP

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