L’éolien et le photovoltaïque, moins chers que le nucléaire !

Paru le 01.02.13 - Dernière modification le 12.10.13 - 14 commentaires

Si le nucléaire est souvent apparu comme l’énergie la plus compétitive pour produire de l’électricité, la baisse récente du prix des énergies renouvelables change la donne. Où en est-on ?

éolienne photovoltaïque nucléaire

L’électricité d’origine éolienne et photovoltaïque coûtent déjà moins chers que l’électricité de l’EPR de Flamanville.

Début 2012, la Cour des Comptes estimait que l’électricité du futur EPR de Flamanville coûterait entre 70 et 90 euros le MWh. C’était sans compter un nouvel alourdissement de 2,5 milliards d’euros de la facture de construction, portant le total à 8,5 milliards d’euros, contre 3,3 milliards en 2005 lors du lancement du projet. Le MWh de Flamanville devrait donc coûter plus de 100 euros. Si la construction des autres EPR devrait être moins chère, il apparaît déjà que l’éolien terrestre et le photovoltaïque sont compétitifs avec l’énergie nucléaire !

Un prix du photovoltaïque qui baisse drastiquement

Faisons un petit tour des coûts actuels pour un mégawattheure (MWh) d’électricité produite. Le nucléaire historique coûte entre 50 et 55 €/MWh. Pour l’éolien terrestre, le prix se situe entre 80 et 85 €. L’éolien offshore reste encore beaucoup plus cher à environ 220 €/MWh. Si l’électricité solaire photovoltaïque coûtait encore 300 €/MWh il y a quelques années, les nouvelles installations coûtent aujourd’hui 100 €/MWh. En 2014, les prévisions sont à 80 €/MWh, ce qui en fera une énergie moins chère que l’éolien terrestre. En 2020, c’est 50 €/MWh, un prix égal au nucléaire historique ! C’est donc une énergie qui va s’imposer rapidement, d’autant plus que le déploiement peut être très rapide. « On peut imposer des gigawatts de solaire en 18 mois, c’est-à-dire à peu près 5 fois plus rapidement que la plupart des autres sources d’énergie », note Thierry Lepercq, Président de Solairedirect, producteur intégré d’électricité solaire.

Lorsque l’on compare toutes les énergies, on s’aperçoit que le prix des énergies renouvelables baisse, alors que celui des énergies fossiles historiques a tendance à augmenter. « Quand on regarde les prix vers lesquels on va, que ce soit pour l’éolien, le solaire, les nouveaux moyens de production en nucléaire ou en fossile, on est en train de converger vers une gamme entre 80 et 120 € du MWh », affirme Jean-Louis Bal, Président du Syndicat des énergies renouvelables. « Pour les années à venir, les énergies renouvelables ne seront plus un facteur d’augmentation du prix de l’électricité, mais au contraire un facteur de stabilité du prix », précise-t-il. Le développement de ces énergies nécessite toutefois de nouveaux réseaux et une technologie de stockage.

Cela étant dit, les instabilités réglementaires et tarifaires, des procédures d’appels d’offres pas forcément les plus adaptées et un fond chaleur de l’ADEME sous-dimensionné font que les objectifs du Grenelle de l’environnement de 23 % d’énergies renouvelables en 2020 sont encore loin d’être atteints. Pour le Président du Syndicat des énergies renouvelables, « On est plutôt parti pour faire du 17-18% que du 23% ». Le débat national sur la transition énergétique doit redresser la barre.

Auteur : Matthieu Combe

Discussion

OGU
4 février 2013
08:11

Concernant l’éolien terrestre, le tarif auquel est revendu le MWh est dégressif, 80/85€ est le tarif d’assiette. Il baisse aprés 5 ans de fonctionnement en fonction de la productivité des parcs éolien, le tarif plancher est de 30€/MWh. De ce fait, en moyenne le MWh éolien est entre 60€ et 70€.

cnem
4 février 2013
19:30

Le prix moyen de l’éolien n’est pas entre 60 et 70 €/MWh il est de 88,60 €/MWh pour 2013 d’après la CRE.
Source : http://www.cre.fr/documents/deliberations/proposition/cspe-et-contribution-unitaire-2013

OGU
4 février 2013
21:36

Je pense qu’il s’agit plutot du tarif d’assiette moyen pour 2013. Il évolue aussi d’une année à l’autre à la baisse ou à la hausse par rapport au tarif figurant dans l’arrété tarifaire qui concerne l’éolien.

Daniel Florence
5 février 2013
12:32

Attention aux comparaisons trompeuses. Vous ne pouvez pas comparer une énergie qui fonctionne 8000 heures par an (le nucléaire) et une qui ne fonctionne que 2500 heures (éolien et photovoltaïque). Le coût de ces dernières augmente notablement si l’on rajoute le coût d’adaptation des réseaux électriques et des centrales de « back-up », c’est à dire les moyens nécessaires pour compenser l’absence de production. L’éolien et le photovoltaïque produisent quand ils peuvent, pas forcément quand on en a besoin.

Benjamin
5 février 2013
13:37

Daniel Florence, le prix du MWh présenté ici prend en compte l’intermittence. Malgré celle-ci, le coût de l’électricité produite sur le court-terme par l’éolien et le photovoltaïque est inférieure à celle du nucléaire de l’EPR. Il faut faire attention à ce que l’on dit.

Il va effectivement falloir adapter les réseaux pour gérer la production décentralisée et l’intermittence, mais ces coûts sont aussi comptabilisés dans le prix du MWh affiché si je ne m’abuse (et payés d’ailleurs par le consommateur à travers la CSPE).

OGU
5 février 2013
13:48

Tout d’abord une petite précision sur le nombre d’heures de fonctionnement d’un parc éolien, il est toujours exprimé en nombre d’heures équivalent pleine puissance. C’est-à-dire que l’on considère que pour une production donnée la totalité de la puissance installée aura fonctionnée à pleine puissance. Ce qui dans la réalité n’est pas vraiment le cas, une éolienne cela fonctionne en fait 80% du temps et pas toujours au maximum de sa puissance nominale. A noter, chaque jour les producteurs éolien fournissent au gestionnaire du réseau leur prévision de production pour le lendemain afin que celui-ci organise les autres moyens de production en conséquence. Les prévisions pour demain : http://clients.rte-france.com/lang/fr/visiteurs/vie/previsions_eoliennes.jsp .
A noter également, le backup de l’éolien est l’hydraulique, une autre énergie renouvelable donc. On peut inverser la réflexion et dire que chaque kilowattheure produit par une éolienne « sauvegarde » un kilowattheure stocké sous forme d’eau dans un barrage. L’hiver, saison où le besoin en énergie est le plus important est aussi la période de l’année la plus ventée, l’éolien est très souvent au rendez-vous des pics, vous pouvez suivre tout cela en temps réel ici : http://clients.rte-france.com/lang/fr/visiteurs/vie/tableau_de_bord.jsp
Bien évidement cher Benjamin, on ne peut pas comparer isolément telle ou telle énergie renouvelable avec le nucléaire, ce qui doit être comparé avec le nucléaire c’est plutôt l’ensemble du mix ENR qui en se développant (et on est qu’au tout début de l’histoire) offrira un taux de foisonnement qui gommera à terme leur caractère intermittent.
Pour terminer, concernant les coûts d’adaptation du réseau électrique pour permettre l’accueil des productions d’ENR il faut savoir que ceux-ci ne sont pas à la charge du réseau mais du producteur. De plus, ces coûts comme les besoins en infrastructures sont à l’heure actuelle, dans chacune des régions de France, en cours de définition dans le cadre des Schéma Régionaux de Raccordement au Réseau des ENergies Renouvelables (S3RENR). Ces S3RENR définiront au final l’ensemble des travaux nécessaires et un niveau de quote-part qui sera payée par chaque producteurs et qui financera les travaux d’infrastructures. Au final, ce n’est pas le prix du KWh qui en pâtira (pour l’instant il est fixé par l’Etat) ni même la CSPE, mais l’investissement pour la construction des centrales ENR et donc au final la marge des opérateurs et producteurs.

Benjamin
5 février 2013
14:41

Merci OGU pour toutes ces précisions ! En somme, vous nous apportez plutôt des bonnes nouvelles :)

OGU
5 février 2013
17:56

Mieux que ça cher Benjamin, l’espoir de la transition énergétique qui est en marche !

cnem
5 février 2013
19:03

L’éolien c’est 13 TWh en 2012 à comparer à la consommation de 490 TWh pour la France.
L’éolien a donc participé à hauteur de 2.6% aux besoins d’électricité pour un surcoût d’un demi milliard d’euros.
Et encore, nous n’avons rien vu. Lorsqu’on aura construit les parcs offshore, le tarif d’achat ne sera plus de 89 €/MWh mais de 220 €/MWh… La CSPE va en prendre un coup !

OGU
5 février 2013
21:35

Oui c’est exact l’éolien ne représente que 2,6% de la conso et c’est insuffisant, nos voisins font beaucoup mieux. Nous aussi nous le pouvons et ce qui est en marche. Il n’est pas non plus interdit de faire des économies d’énergie et d’être plus efficace. C’est le triptyque proposé par la transition énergétique, pour aller plus loin : http://www.negawatt.org/

Je ne ferai pas plus de commentaires sur la question du tarif.

Concernant l’offshore, je pense qu’il faut sortir son coût de l’équation. Ce qui sera financé se sont bien plus les emplois (des dizaines de millier), les savoir-faire (sur les fondations métalliques aujourd’hui posée et demain flottantes) , la R&D que les KWh et cela pour un marché à l’export et qui plus est dans un secteur de notre industrie largement en crise : la construction navale. Le programme éolien offshore de la France est de 6000 MW, une paille destiné à assoir la filière, nos voisin Britanique sont à 35GW c’est un marché énorme. Exemple : http://m.lesechos.fr/redirect_article.php?id=0202450789758&fw=1
Les choses avancent, évoluent, ce qui est certain c’est que la transition énergétique ne peut se construire engoncé dans des certitudes apprises.

14 février 2013
14:40

Une analyse répond très bien à cette interrogation sur les coûts comparés de production d’électricité. C’est ici : http://energeia.voila.net/electri/cout_electri.htm

Bien évidemment, c’est la moyenne sur la durée de vie de l’équipement, ou au moins la partie faisant l’objet d’un tarif d’achat qui doit être prise en compte.

On en est déjà entre 105 et 110 €/MWh pour l’EPR, qui n’entrera en fonction qu’à la fin de 2016 ou seulement en 2017 après la phase d’essais de production.

Pour l’éolien terrestre, les tarifs d’achat diminuent après dix ans et disparaissent cinq ans plus tard. Le coût de l’éolien est en conséquence de 70 à 85 €/MWh sur quinze ans et de 65 à 75 €/MWh sur vingt ans?

Pour l’éolien en mer, le cas français n’est pas significatif. Mais en Allemagne, c’est 105 €/MWh réparti sur vingt ans. Seuls les cas extrêmes (très loin, mer très profonde) peuvent amener le coût autour de 120€/MWh.

Pour le photovoltaïque en France, c’est déjà descendu à 82 €/MWh pour des installations moyennes (100 kW). Et il faut savoir que l’essentiel des installations, plus de 70%, dépasse les 100 kW. Ce qui fait beaucoup baisser le coût moyen.

cnem
14 février 2013
19:34

La démonstration est complètement fallacieuse puisque l’auteur de cette brillante analyse calcule le prix moyen de la façon suivante, je cite : « Le coût moyen de l’électricité photovoltaïque produite par les nouvelles installations photovoltaïques, enregistrées au dernier trimestre 2012 est obtenu en pondérant les puissances totales installées dans chaque tranche de puissance par le tarif moyen de cette tranche. C’est une estimation réaliste. »

Cette estimation n’est pas du tout « réaliste » car le puissances installées dans chaque tranche l’ont été (par le passé) avec des prix d’achats très élevés souvent entre 40 et 60 c€/kWh. AU contraire, quand les tarifs descendent en dessous de 20 à 25 c€/kWh, on ne trouve plus aucun investisseur pour monter des projets.

Il est complètement utopique d’imaginer des prix de kWh PV à moins de 7 c€, même en 2016 ! Si c’était le cas, on arrêterait tout de suite de développer des parcs éoliens offshore qui sont prévus à plus de 20 c€/kWh !

Quant à l’EPR, c’est une tête de série, ça n’a pas de sens de parler de prix unitaire sur un prototype. Il faut comparer ce qui est comparable. Le prix de vente actuel du kWh nucléaire sur le marché de gros est de 4,2 c€/kWh et les opérateurs qui l’achètent accusent EDF de le vendre trop cher par rapport au prix de revient.

L’énergie renouvelable bon marché est un mythe. L’énergie sera de plus en plus chère et il faut s’y préparer.
Seules les énergies fossiles (ou nucléaires) nous ont permis de gaspiller l’énergie depuis un demi siècle. Mais il faut revenir à la réalité. Les énergies fossiles s’épuisent est sont très polluantes, les renouvelables seront rares et chères.

OGU
15 février 2013
15:29

Bon, voilà encore un truc qui va mettre cnem en rogne : http://fee.asso.fr/content/download/ 2466/9790/ file/130131_FEE_Rapport_vf.pdf .
En tout cas cela répond à pas mal de vos questions, et en plus cela vient tout juste de sortir !

cnem
15 février 2013
23:35

@ ogu,

Article très intéressant et pas du tout contradictoire avec ce que j’ai expliqué plus haut.

Sur le même site il est aussi question du coût de l’éolien (terrestre).
http://fee.asso.fr/tout_savoir_sur_l_energie_eolienne/ fiches_d_information_sur_l_energie_eolienne

FEE essaie de démontrer que l’éolien ne coûte pas cher. Il est certain que l’éolien terrestre n’est pas la plus chère des ENR, c’est celle qui arrive juste après l’hydraulique en terme de coût.

Néanmoins, il ne faut pas oublier que FEE fait du lobbying pour conserver les tarifs obligation d’achat (qui sont actuellement entre 85 et 100 €/MWh). Si l’éolien était vraiment compétitif, les producteurs éoliens vendraient leur énergie sur le marché libre.
Malheureusement, au prix actuel du marché (autour de 50 €/Mwh), aucun investisseur ne mettrait un euro dans un parc éolien s’il n’y avait pas les tarifs subventionnés.
La meilleure preuve est qu’à l’heure actuelle, les banques craignent que la cour de justice européenne n’annule le tarif le tarif d’achat éolien et dans ce contexte, ils refusent de financer tous les nouveaux projets !

 

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