Boyan Slat et sa fondation The Ocean Cleanup annoncent le succès de leur nouveau prototype. Déployé au coeur du 7e continent de plastique, dans le Pacifique Nord, il a réussi à capturer de gros déchets, mais aussi des microplastiques de 1 mm. Des biologistes s’inquiètent toutefois de l’impact sur la vie aquatique.

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Après quelques jours de collecte, voici ce que le système a emprisonné dans ses filets dans une zone peu polluée du gyre. PHOTO//The Ocean Cleanup

L’enthousiasme de Boyan Slat, fondateur de The Ocean Cleanup est au rendez-vous. « Nous avons maintenant un système autonome dans le Vortex de déchets du Pacifique nord qui utilise les forces naturelles de l’océan pour capturer et concentrer passivement les plastiques, confirmant ainsi le principe le plus important derrière le système de The Ocean Cleanup », se félicite Boyan Slat. Les déchets plastiques arrêtés sont de toutes tailles, comptant à la fois des filets de pêche fantômes, de gros déchets, mais aussi des microplastiques de 1 mm. Une bonne surprise pour l’équipe qui n’espérait pas retenir les déchets de moins de 2 cm.

Capturer les plastiques flottants : une première réussite

The Ocean Cleanup avait déployé une première barrière au cœur du gyre du Pacifique Nord en septembre 2018. Ce fut la douche froide : la barrière ne capturait aucun plastique. La rupture d’une portion de 80 mètres de la barrière avait accéléré le retour à terre du prototype courant décembre.

Un nouveau système amélioré, qualifié techniquement de «système 001/B» a été remis à l’eau le 26 juin 2019 à partir de Vancouver, au Canada. L’ajout d’une ancre avec un parachute et un nouveau design ont permis de ralentir le système. Il n’en fallait pas plus pour que les déchets se retrouvent désormais piégés dans cette barrière en forme de U.

Lire aussi : « Survivre au péril plastique » : des solutions à la pollution plastique 

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Le système actuel comprend des bouées rigides, un rideau connecté à trois lignes de flotteurs, le tout relié à une ancre parachute. PHOTO//The Ocean Cleanup

Une barrière anti-plastique autonome

Il reste toutefois beaucoup de travail avant de déployer la barrière finale. Le réel défi consiste à avoir un système totalement autonome qui résiste aux conditions en haute mer. Et ce, en toutes saisons. « Le système actuel retient le plastique pendant des jours, peut-être des semaines, analyse Boyan Slat. Nous devons aller vers des mois ou même plus d’un an pour que le système soit viable économiquement. »

Le bateau actuellement déployé dans le gyre avec le système coûte entre 15 000 et 20 000 euros par jour, fait-il savoir. La périodicité avec laquelle il faudra envoyer un ou plusieurs bateaux pour retirer le plastique est le paramètre majeur qui définira le coût final de maintenance du système. Boyan Slat estime qu’il faudra 5 ans pour retirer la moitié du plastique flottant dans le gyre. Cela reviendra à récolter 15 000 tonnes de plastiques par an.

Les tests continueront sur le System 001 jusqu’à fin novembre. Les déchets récoltés seront ensuite ramenés à terre. La fondation communiquera alors sur les projets qu’elle entend développer avec ces plastiques collectés en mer. En parallèle, The Ocean Cleanup commence à développer le Système 002, un système de nettoyage complet , qui répondra à ces besoins. S’il n’y a plus d’agenda précis, Boyan Slat espère le dévoiler « aussi tôt que possible ».

Des biologistes inquiets

The Ocean Cleanup subit régulièrement les critiques de navigateurs, de scientifiques, d’entreprises ou d’ONG. Face à cette nouvelle étape, la biologiste Rebecca Helm, de l’University of North Carolina (États-Unis), s’inquiète par exemple sur Twitter de voir des « CENTAINES d’animaux flottants piégés ». « Nous devons en parler », écrit-elle, invitant la communauté scientifique à s’emparer du sujet.


La crainte est connue : une vie aquatique diverse colonise les plastiques dans les océans. Divers scientifiques estiment finalement que retirer le plastique colonisé pourrait faire plus de mal que de bien. L’organisation se défend en disant qu’elle prend à bras le corps la question et s’attachera à diminuer son impact dans la version finale de son installation.En attendant, la solution la plus efficace pour diminuer les risques sur la vie aquatique consiste à accélérer le déploiement de solutions à terre pour diminuer les rejets de déchets plastiques en mer.

Auteur : Matthieu Combe, journaliste du webzine Natura-sciences.com


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