Le Parti Animaliste lancé en novembre 2016 se revendique être le seul parti politique capable de défendre convenablement la cause animale. Nathalie Dehan, co-directrice et porte-parole, se prépare aux législatives de juin. Elle présente à Natura Sciences les propositions du Parti Animaliste

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Nathalie Dehan présente à Natura Sciences les propositions du Parti Animaliste. PHOTO//Parti Animaliste

Fait historique dans la vie politique française qu’est la création du Parti Animaliste. Pour ses sept fondateurs, l’urgence vient de l’indifférence des politiques actuels à l’égard des animaux. Lassés de voir la question animale réduite à de vulgaires bagatelles, ils ont décidé d’agir. Comme l’avait fait le Parti pour les animaux néerlandais, le Parti Animaliste se prépare aux élections législatives de juin prochain. Nathalie Dehan, l’une de ses directrices, est fille d’agricultrice, alors la cause animale, ça la connaît. Cette amoureuse de chats et de chiens se livre à Natura Sciences pour expliquer son combat.

N.S. : Nathalie Dehan, comment est né le Parti Animaliste ?

N.D. : J’ai rencontré les six autres fondateurs du parti à l’été 2014. C’était pendant un colloque, les Estivales de la question animale. Là, nous avons tous fait le même constat : les pouvoirs publics sont indifférents à tout ce qui a trait au bien-être animal. Les partis politiques actuels ne semblent pas vouloir communiquer sur les animaux. C’est comme s’ils n’en valaient pas la peine ! Et si on ne fait rien, on risque prochainement de perdre 80% de notre biodiversité. Voilà pourquoi nous, animalistes et militants, nous avons décidé d’entrer en action.

N.S. : Concrètement, qu’est-ce qui vous pousse à agir ?

N.D. : Ce sont des faits simples et profondément graves. C’est dramatique de voir que pour une espèce sauvage il reste 20.000 spécimens quand il y en avait 2 millions il y a 30 ans. Savez-vous aussi que 3 millions d’animaux sont abattus chaque jour en France pour notre consommation ? Les autorités sanitaires disent qu’il faudrait réduire la consommation de produits animaux de 25%. Il serait facilement possible de le faire. Qu’attendons-nous alors pour faire la promotion de produits comme la lentille verte du Puy, riche en protéines elle aussi ? Et il y aurait encore une myriade d’exemples scandaleux à donner.

N.S. : Vous parlez souvent du Parti pour les animaux néerlandais (Partij voor de Dieren). Pourquoi ?

N.D. : Nous nous sentons proches du Parti pour les animaux car il a la même histoire que nous. Lui a été créé en 2002, et a aussi répondu au désamour des politiques à l’encontre des animaux. Et puis, c’est le premier parti politique du monde entièrement consacré à la cause animale… On ne pouvait que s’en inspirer ! Le succès que le Parti pour les animaux rencontre aujourd’hui est indéniable. Avec ses 2 sièges remportés aux législatives de 2006 et gardés depuis, le parti se fait entendre. Cette année, il y aura aussi des élections législatives aux Pays-Bas. Il se dit que le Partij voor de Dieren pourrait remporter 4 à 5 sièges, c’est formidable !

N.S. : Comment expliquez-vous la réussite de ce parti aux Pays-Bas ?

N.D. : Le travail de Marianne Thieme, sa créatrice, est indéniable. Mais en plus, les Néerlandais sont réellement sensibilisés à la question du bien-être des animaux. Là-bas, le gouvernement réfléchit même à mettre fin à toutes les expérimentations faites sur des animaux grâce au Partij voor de Dieren. Et la France devrait s’en inspirer ! Les mentalités sont en train de changer dans notre pays, alors je suis optimiste. De plus, il n’y a aucun parti qui a gouverné sous la cinquième République qui incarne réellement la cause animale. Pour eux, cette question est secondaire, voire n’en est pas une du tout. C’est pourquoi le Parti Animaliste doit vite faire son entrée à l’Assemblée nationale !

N.S. : Alors, qui soutient le Parti Animaliste pour l’élection présidentielle ? Europe Écologie Les Verts par exemple ?

N.D. : Que les choses soient bien claires, le Parti Animaliste ne se sent proche de personne. Nous ne donnerons ni consigne, ni conseil de vote. Comme je l’ai dit, aucun parti ne sait défendre les animaux aujourd’hui. Donc, cela n’aurait aucun sens de soutenir l’un ou l’autre des candidats. Il y a un manifeste de 30 propositions qui vont en faveur de la cause animale, rédigé par un collectif de 26 ONG [Collectif Animal politique]. Il est vrai que certains l’ont signé, entier ou en partie, mais nous ne les soutiendrons pas pour autant. La cause animale doit être abordée avec sincérité, et non dans une démarche électoraliste. Et nous rencontrerons l’exercice des urnes seuls, lors des élections législatives du mois de juin.

N.S. : En quoi consiste ce manifeste de 30 propositions ?

N.D. : C’est simple, c’est le socle de notre engagement politique. Les candidats qui voudront se présenter aux législatives sous l’étiquette Parti Animaliste seront obligés d’y adhérer. Nous voulons, par exemple, que tous les animaux sauvages aient le statut d’être vivant doué de sensibilité. Nous aimerions également que la notion de respect des animaux soit réintégrée dans les programmes scolaires. Les membres du parti militent aussi pour que des solutions de remplacement soient trouvées dans les laboratoires, afin d’arrêter les tests sur les animaux. Nous lutterons notamment pour que les animaux d’élevage ne soient plus élevés en cage. Nous interdirons les captures d’espèces sauvages dans la nature si c’est pour rejoindre des spectacles. Et nous souhaitons profondément que les particuliers n’aient plus le droit de vendre des animaux domestiques.

N.S. : Y aura-t-il des candidats du Parti Animaliste dans tous les départements de France pour les législatives ?

N.D. : Nous ne pouvons pas encore répondre à cette question, mais on l’espère ! (Sourires). Nous sommes encore en train de monter nos équipes de campagne. Mais qui veut se présenter aux élections législatives sous l’étiquette du Parti Animaliste est le bienvenu. Pour ce faire, il faut remplir un questionnaire pour connaître les réelles motivations du candidat. Nous mettons un point d’honneur à ce que tous nos députés éventuels défendent dignement la cause animale. Il y a de la place pour tout le monde au sein de notre parti. Chaque bord politique peut se sentir concerné par la cause animale, alors notre porte est ouverte à tout le monde.

Propos recueillis recueillis par Chaymaa Deb, journaliste du webzine Natura-sciences.com

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