Cap sur la pollution des océans par les déchets plastiques. Comment diminuer cette pollution à la source? La sensibilisation des industriels et des citoyens est capitale. Pas moins qu’une évolution de la formulation des produits, de la diminution des rejets industriels et domestiques. Notamment grâce à l’évolution des stations d’épuration et des réseaux d’eaux usées.

pollution océans plastique

Les océans sont pollués par des macro-déchets de plastique, des microplastiques et des nanoplastiques. PHOTO//Pixnio

Les études scientifiques dressent un triste constat. Chaque année, entre 4 et 12 millions de tonnes de plastiques se déversent dans les océans. Selon les estimations, 70% d’entre eux coulent dans les profondeurs. Les autres déchets flottants finissent par se fragmenter pour donner des microfragments. Récemment, des études de l’expédition 7e continent confirment même que ces microplastiques continuent leur fragmentation pour finir sous forme de nanoplastiques.

D’ici 2025, la quantité de déchets plastiques entrant dans le milieu marin pourrait être multipliée par dix. Surtout si la gestion des déchets n’est pas améliorée. Selon une étude dévoilée par le Forum économique mondial de Davos, il y avait cinq fois plus de poissons que de plastique dans les océans en 2014. Il n’y en aura plus que trois fois plus en 2025. Et il y aura plus de plastique que de poissons en 2050 si la gestion des déchets n’est pas améliorée.

Selon une étude parue dans PLoS ONE fin 2014, plus de 5.250 milliards de microfragments de plastique flottent dans les océans. Cela représente près de 269.000 tonnes de plastique. Une autre étude publiée en avril 2017 dans Science Advances confirme même la présence de 1.200 tonnes de plastique flottant en Arctique.

Des déchets plastique qui se fragmentent

Les scientifiques estiment que les macro-déchets en plastique retrouvés en mer proviennent à environ 80 % de terre. Ils trouvent leur origine dans les décharges à ciel ouvert, les déchets abandonnés dans la nature et les événements climatiques extrêmes (orages, tempêtes, tsunamis…). Il reste 20 % de déchets jetés à partir des bateaux de loisirs, de la marine marchande et des pêcheurs.

Après avoir rejoint les océans, les macro-déchets de plastique (sacs, bouteilles, emballages…) se fragmentent en microplastiques de moins de 5 millimètres. Cela se fait sous l’effet mécanique des vagues, du vent et du sable et l’action chimique des UV.

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Une pollution des océans directe par les microplastiques

Des microplastiques peuvent également directement provenir de rejets industriels lors de la fabrication des plastiques. Les rejets de l’industrie cosmétique et de l’industrie des textiles synthétiques jouent notamment leur rôle. Des microplastiques émanent directement des usines de production.

Mais d’autres résultent des usages des citoyens. Ils sont rejetés lors de l’utilisation de cosmétiques contenant des microbilles de plastique. Des microfibres de plastiques proviennent aussi du lavage des matières synthétiques dans nos machines à laver. Selon les recherches de l’expédition MED, un seul cycle de lavage produit en moyenne 730.000 microfibres plastiques.

Diminuer les rejets industriels

Les fabricants européens de plastique, représentés par PlasticsEurope, s’accordent sur un point. Pour diminuer ces rejets au maximum, il convient donc de s’attaquer à cette pollution à la source! Il faut notamment développer le recyclage du plastique, diminuer sa mise en décharge et éviter que des macro et microdéchets en plastique finissent dans les océans. Tout plastique trié, collecté et recyclé est un plastique qui n’aura aucune chance de se retrouver dans les océans. La route est longue: la France ne recycle pas plus de 20% de ses déchets en plastique.

Plus la filière sera organisée, moins il y aura de macro-déchets en plastique. Que cela soit dans les cours d’eau ou dans la mer! Et a fortiori, moins de microplastiques en perspective. Le principal engagement de la filière vise à sensibiliser les employés d’usines pour qu’aucun granulé de plastique servant de matière première à la confection d’objets ne se retrouve dans les océans (via l’opération Clean Sweep).

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Des microbilles qui polluent bientôt interdites

De nombreuses microbilles de polyéthylène ou polypropylène finissent dans les océans à cause des cosmétiques, gels douches et dentifrices. Plusieurs études récentes analysent l’impact de ces microbilles sur les écosystèmes aquatiques. Pour lutter contre cette pollution, la loi de transition énergétique pour la croissance verte interdit en France la mise sur le marché de « cosmétiques rincés à usage d’exfoliation ou de nettoyage » à partir du 1er janvier 2018.

Plusieurs industriels n’ont pas attendu l’entrée en vigueur de cette interdiction pour agir. Pour choisir des produits ne contenant pas de microbilles, le site beatthemicrobead.org regroupe les engagements des industriels, les produits de remplacement et les dates d’engagement.

Améliorer l’assainissement des eaux usées

Une autre solution est d’améliorer le traitement des eaux usées pour que les stations d’épuration retiennent les déchets plastiques. Elle passe notamment par la création de bassins d’orage ou de rétention. Ces bassins permettent de retenir le trop plein d’eau pluviale en attendant de les traiter en stations d’épuration. En leur absence et en cas de fortes pluies, les eaux de pluies et les déchets qu’elles charrient sont rejetées dans le milieu naturel, sans traitement. C’est par exemple le rôle du nouveau bassin Ganay à Marseille. Sa capacité de stockage de 50.000 m³ limitera les rejets d’eaux pluviales sans traitement à 20 jours maximum par an. Contre 40 à 60 jours précédemment.

Par ailleurs, des procédés pilotes testent des filtrations poussées pour retenir les microbilles, les microfibres et les microplastiques en stations d’épuration.

Les citoyens, solutions à la pollution plastique ?

Malgré toutes ces solutions, la majorité des fragments de plastique déjà présents en mer et la totalité des déchets ayant coulé dans les fonds marins, resteront dans les océans. Pour éviter que cette pollution continue de s’intensifier, il est essentiel que les consommateurs modifient leurs comportements. Les projets de ramassage en mer sont complexes, d’où l’importance de se mobiliser à terre pour changer les comportements. Différentes campagnes de sensibilisation ou opérations de nettoyage sont organisées par Surf Rider Foundation, Vacances Propres, Let’s do it… et de nombreuses associations locales.

Le changement de comportement des citoyens implique en premier lieu de ne plus jeter un seul déchet dans la nature. Il suppose de comprendre que toute action peut avoir un impact sur la pollution aquatique. Que cela soit un mégot jeté dans le caniveau, des cosmétiques contenant des microbilles ou le lavage de vêtements synthétiques…

Auteur : Matthieu Combe, fondateur du webzine Natura-sciences.com


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