La ville ukrainienne de Pripiat était aux avant-postes du plus gros accident nucléaire de l’histoire de l’humanité le 26 avril 1986, dans la centrale nucléaire de Tchernobyl. Les hommes n’ont jamais réussi à y faire face. Désormais, la nature reprend peu à peu ses droits sur le sol radioactif. Des arbres poussent, Pripiat verdit, pas un homme à l’horizon. Mais le plus inquiétant est que dans la ville, il n’y a plus rien. Ni sanitaires, ni tuyauteries, ni voitures, ni même carrelage. Tout a disparu lorsque la ville a été vidée de ses habitants. Pripiat a été pillée. Pillée de son trésor radioactif. Et avec ces biens volés, c’est la radioactivité qui s’est encore plus propagée.

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Pripiat brille par ses infrastructures laissées à l’abandon. PHOTO//Wikipedia

Pripiat a été construite dans les années 1970 par le gouvernement soviétique pour héberger les ouvriers travaillant dans la nouvelle centrale nucléaire du coin. Celle-ci est située à trois kilomètres, à Tchernobyl. Les années passent, la centrale grandit en même temps que l’afflux de population dans la cité-dortoir voisine. Pripiat le 26 avril 2017, une ville fantôme, une ville ravagée comme suspendue dans le temps. Un temps qui s’est arrêté le 26 avril 1986, il y a trente et un ans jour pour jour. C’est alors que la centrale nucléaire de Tchernobyl, joyau de l’industrie nucléaire soviétique, a causé le plus gros accident atomique de l’histoire de l’humanité. Pripiat, symbole malheureux d’un vingtième siècle où l’industrie créée par l’homme s’est retournée contre lui, de manière violente et irréversible. Pripiat, une ville construite à la base pour ce qui a par la suite causé sa perte.

« C’est la centrale atomique de Tchernobyl, actuellement en construction, qui a donné naissance à la ville », rappelait l’historien Jacques Jourquin en 1976. Aujourd’hui, Pripiat n’est plus, comme le seraient ces anciens parcs d’attractions laissés à l’abandon et brillant par leur aspect sinistre. Pripiat, aujourd’hui encore le symbole de ces vies détruites, une nuit d’avril 1986.

Radioactive, Pripiat devient fantôme

Le 26 avril 1986 à 1h24, le quatrième réacteur de la centrale nucléaire de Tchernobyl explose durant la réalisation d’un essai technique visant à prouver qu’il pourrait redémarrer de lui-même si survenait une coupure d’électricité. Le réacteur RBMK 1000 surchauffe, l’essai rate et la catastrophe survient. Le cœur du réacteur alors éventré laisse s’échapper une grande quantité de substances radioactives dans l’atmosphère. On l’estimerait à 4% de son contenu. Un nuage radioactif s’est alors élevé à 10.000 mètres d’altitude. Les sols aux abords directs de la centrale ont été contaminés sur 155.000 km².

La transparence autour du drame est loin d’être optimale, mais l’événement finit par être classé niveau 7 sur l’échelle internationale des événements nucléaires. C’est le degré le plus haut qui soit. Durant les trente heures suivant la déflagration, les habitants de Pripiat ont continué de mener une vie normale. Il faudra attendre la diffusion d’un message sur une radio locale pour que les malheureux commencent à être évacués de la zone. Au final, ce sont 250.000 personnes qui ont fini par être évacuées en Ukraine, en Russie et en Biélorussie.

À Pripiat, environ 50.000 âmes n’ont toujours pas retrouvé leur domicile trente et un ans plus tard. Les autorités avaient pourtant promis un éloignement de seulement deux ou trois jours. « Cette ville est morte, elle ne revivra jamais, on ne pourrait l’habiter que dans 70 ans. Il faut laisser un siècle s’écouler pour que la radioactivité diminue de façon à rendre la zone habitable ». Ce sont en ces termes que le journaliste Michel Chevalet désignait la ville sinistrée en avril 2016, à l’occasion des trente ans de la catastrophe.

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Des radiations qui rendent malades

Trente et un ans après ce drame atomique, le plus dur à vivre reste indéniablement les conséquences sur la santé de la population. Aujourd’hui, aucun chiffre officiel ne permet de savoir combien de personnes sont mortes des conséquences de Tchernobyl. Mais il se pourrait qu’entre 4.000 et 100.000 décès soient directement imputables à la catastrophe. Les premiers exposés ont été les liquidateurs. Au nombre de 600.000, ces hommes ont été chargés, entre 1986 et 1991, d’éteindre l’incendie et de décontaminer la centrale.

Igor Magala, ancien directeur adjoint des constructions à la centrale nucléaire de Tchernobyl et ancien liquidateur témoigne des moyens dérisoires mis à leur disposition pour venir à bout de l’enfer. « À une personne ils ont donné un casque, un pistolet à eau et un demi-seau d’une solution, et à l’autre un parpaing ». Ce témoignage est la preuve de l’insuffisance de moyens à laquelle étaient confrontés les liquidateurs. Tels David contre Goliath, ces derniers ont essayé de lutter contre une radioactivité qui allait inexorablement causer leur perte.

«Au bout de cinq ans, ces petits soldats (les liquidateurs NDLR) ont commencé à tomber comme des mouches » confie Igor Magala. Lui-même a souffert de graves problèmes de santé dans les années qui ont suivi ses activités à Tchernobyl. Le vieillard qui ne se déplace aujourd’hui que très difficilement et à l’aide d’une canne déclare qu’il est « sûr que c’est Tchernobyl qui l’a rendu malade », lorsqu’il évoque son fémur cassé et sa quadruple fracture de la jambe.

Des cancers qui se multiplient

De manière plus globale, l’incidence de la catastrophe de Tchernobyl sur le nombre de cancers de la thyroïde a explosé. C’est le cas en Ukraine, en Biélorussie et en Russie, là où l’exposition à l’iode radioactif a été très forte. Cela ne fait plus douter personne, conformément à une déclaration de l’Institut de Radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN). Ce sont 6.648 cas de cancers de la thyroïde qui ont été diagnostiqués chez des patients qui avaient moins de 18 ans en 1986 dans ces trois pays.

Ce cancer n’est pas la seule conséquence de la catastrophe de Tchernobyl. D’autres pathologies comme la leucémie, le cancer du sein ou la cataracte ont aussi été décelées en grand nombre dans les abords proches de Pripiat. Le plus inquiétant aujourd’hui réside dans le fait que les leçons du passé ne semblent pas être totalement tirées. La catastrophe de Fukushima au Japon a fait état de plusieurs manquements similaires de nombreuses années plus tard. Comme si les mêmes causes avaient produit les mêmes effets. Aujourd’hui, rien n’indique qu’une catastrophe similaire ne pourrait pas se reproduire.

Auteur : Chaymaa Deb, journaliste du webzine Natura-sciences.com

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