On entend de plus en plus parler d’obsolescence programmée. Nos appareils seraient-ils programmés à une mort certaine ? Natura Sciences s’est entretenu avec Alain Geldron, expert à l’ADEME pour tenter de répondre à cette question et pour déchiffrer les questions que cela soulève. L’enjeu ne reposerait-il pas sur  la  réparabilité, la qualité des produits et la frénésie d’achat des consommateurs ?

obsolescence programmée

La disponibilité des pièces de rechange et la durée de vie des produits électroménagers diffère largement en fonction des producteurs.

« La durée de vie des appareils a baissé car on est passé des marques continentales à des marques à bas coût ; cela conduit inévitablement à la baisse de la durée de vie », explique  Alain Geldron, chef du Service Filières Responsabilité élargie du producteur (REP) et Recyclage à l’Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Energie (ADEME).

Il faut en effet bien distinguer deux catégories de producteurs. On trouve ainsi les grandes marques de fabricants qui fournissent encore des pièces de rechange sur le court-terme. En revanche, les marques de distributeurs ou les marques discount ont un modèle économique qui ne repose pas sur les pièces de rechange. Les producteurs envoient jusqu’à 20 % de produits supplémentaires pour assurer le remplacement des défectueux. « Sur ces produits, les industriels ont l’habitude d’envoyer 10 000 appareils à la vente et envoient jusqu’à 2 000 appareils supplémentaires pour les remplacer en cas de pannes avec l’extension de garantie », explique M. Geldron. Ces modèles de développement augmentent considérablement le nombre de déchets électriques et électroniques (DEEE).

Promouvoir la réparation

Le nombre de réparateurs de produits électroménagers est en train de diminuer fortement. « C’est moins 21 % entre 2006 et 2009 et on a sûrement eu une baisse équivalente sur 2009-2012 », précise M. Geldron. « C’est une spirale infernale : moins il y a de réparateurs, plus la réparation coûte cher et plus ça coûte cher, moins il y a de réparateurs », ajoute-t-il. Ainsi, la comparaison entre le coût de réparation et celui d’un produit neuf donne quasiment toujours raison au produit neuf.

Créé en 2010 par le Groupement Interprofessionnel des Fabricants d’Appareils d’équipement Ménager (GIFAM), le réseau STAR regroupe aujourd’hui plus de 150 réparateurs agréés sur l’ensemble du territoire pour les grandes marques. Le réseau cherche à se développer de façon à baisser le coût des réparations. « Un travail est fait avec les distributeurs pour diminuer le coût des pièces de rechange et savoir si l’on inclut ou non les pièces d’occasion. Il y a une certaine écoute des gens du GIFAM sur ces questions », précise M. Geldron.

Il ne faut pas non plus sous-estimer le rôle du réseau de l’économie sociale et solidaire. Pour ne citer qu’eux, les réseaux d’Emmaüs réparent et revendent de nombreux produits électroménagers d’occasion à des prix très attractifs.

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Obsolescence programmée, à qui la faute ?

Toute entreprise cherche à vendre ses produits mais n’a pas non plus intérêt à programmer la « mort » de ses appareils. « Un fabriquant n’a pas intérêt à avoir des pannes trop fréquentes ; il faut qu’il arrive à un équilibre entre l’image de marque, la durée de vie et la fiabilité », rappelle M. Geldron. Dans ce sens, Apple ne va pas dans le sens de la durabilité vu que la batterie de ses produits n’est pas démontable. « Toute pièce de type consommable devrait pouvoir être changée facilement et à un prix raisonnable », précise-t-il.

Les consommateurs jouent également un rôle important car ils cherchent des produits toujours moins chers. La qualité et les modes de production en pâtissent forcément. Le consommateur a également du mal à résister aux derniers logiciels, gadgets et téléphones portables à la mode. Ces aspects psychologiques sont très forts. Les fabricants  jouent ainsi sur la psychologie du consommateur grâce à l’esthétique de leurs produits. Ils « draguent » ainsi le consommateur et font naître chez lui la convoitise du dernier produit même s’il n’en a pas réellement besoin. « À y regarder de plus près, la responsabilité est partagée entre les producteurs, les distributeurs et les consommateurs », conclut M. Geldron.

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Obsolescence programmée ?

Les Amis de la Terre et le Centre national d’information indépendante sur les déchets (Cniid) ont publié un rapport en septembre 2010 qui a beaucoup fait parler de lui. Les deux associations y décryptent les différents leviers sur lesquels les fabricants s’appuient pour programmer cette obsolescence. Pour forcer le consommateur à racheter un nouveau produit, les fabricants ont plus d’un tour dans leur sac. Faible qualité, faible solidité, taux de panne élevés, pièces détachées non disponibles ou très chères, produits indémontables, produits de plus en plus sophistiqués qui rendent les appareils plus difficiles à réparer en cas de pannes, logiciels et jeux qui nécessitent toujours plus de mémoire et les derniers ordinateurs ou consoles… sont autant de méthodes disponibles !

Auteur : Matthieu Combe, fondateur du webzine Natura-sciences.com


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  • Eco-french

    Merci pour cette vision. Il est vrai que le consommateur a également un rôle important dans cette affaire !Il est facile de rejeter la faute sur les industriels mais si les consommateurs ne se laissaient pas appâter de la sorte, on n’en serait pas là !

  • Concernant la batterie « soudée » de ses équipements, Apple (comme d’autres fabricants tels que Dell) est à la limite de légalité.

    Soulignons tout de même que la batterie de l’iPhone 4G est amovible.

    Si le thème de l’obsolescence programmée vous intéresse, nous avons publiés quelques articles sur le sujet ici : http://www.greenit.fr/tag/obsolescence-programmee