surpêche, pêche intensive

Pêche à la sardine. © COLINGILDAS-SIPA

La surpêche vide les océans et va chercher les poissons dans les profondeurs de plus en plus reculées. Selon la FAO, 20 % des stocks mondiaux sont surexploités et 8 % sont épuisés. 52 % connaissent un niveau d’exploitation proche du maximum soutenable, les 20 % des réserves restantes étant exploitées en dessous de leur potentiel. Si rien n’est fait, la plupart des espèces aujourd’hui consommées dans le monde auront disparu au milieu du siècle. Les rapports officiels abordant les problématiques de surpêche sont de plus en plus alarmistes, tandis que les efforts sont consacrés à capturer et manger un nombre toujours plus élevé d’animaux marins. Dans de nombreuses régions du globe, les quotas sont ignorés, supérieurs aux recommandations scientifiques ou n’existent tout simplement pas.

Quels sont les impacts de la surpêche ?

On parle de surpêche dès lors que la pêche est excessive et menace le bon renouvellement des stocks. La surpêche des prédateurs affaiblit le haut de la pyramide alimentaire des océans et perturbe l’écosystème général par effet domino. En éliminant les prédateurs, l’Homme permet le développement des proies herbivores. Ce déséquilibre peut entraîner la diminution des quantités de plancton à cause d’une consommation accrue. La captation de CO2 et la production d’oxygène par les océans sont alors bouleversées. Contrairement à une idée reçue, les forêts ne sont pas les « poumons » de la Terre. Le plancton serait en effet responsable d’environ 70 % de l’oxygène présent dans l’atmosphère, indispensable à notre respiration.

Les espèces qui ont une croissance lente et une maturité tardive, comme les raies, les requins et la plupart des espèces de profondeurs sont extrêmement vulnérables à la surpêche. On estime que 90 % des requins ont disparu ces cinquante dernières années. Si les requins sont rayés des mers, c’est tout l’équilibre trophique aquatique qui sera bouleversé. L’Homme tue encore 100 millions de requins chaque année d’après l’ONG Sea Sheperd. Prédateurs marins vitaux au bon équilibre des océans, ils participent à la régulation de la vie marine depuis plus de 400 millions d’années.

Une surpêche chronique laisse des zones moins productives. À de nombreux endroits, les poissons pêchés sont plus petits et moins nombreux, leur capture demande un effort plus important. Ceci entraîne la diminution progressive des emplois et des moyens de subsistance. Aussi, de nouvelles espèces auparavant non consommées font leur apparition dans nos assiettes.

Le thon rouge, symbole de ce pillage

En 2010, le quota délivré pour le thon rouge était de 13 500 tonnes. L’ONG américaine Pew Environment Group a étudié les ventes réelles sur le marché international cette même année. Résultat : 32 565 tonnes ont échangées… Des études ont pourtant montré qu’avec une réduction stricte des prises à 8 000 tonnes, on n’aurait que 50 % de chances de reconstruire les stocks en 2023. Seul un arrêt total de la pêche offrirait de bonnes chances de sortir de la zone rouge d’ici 2019. L’avenir du thon rouge est plus que compromis. Peut-on continuer à fermer les yeux sur ces problèmes ? Le chiffre d’affaires de la pêche illégale est évalué à  10 milliards d’euros par an. Un poisson acheté sur cinq proviendrait de la pêche illégale selon le contrôle des pêches à la Commission européenne.

La PCP ne protège-t-elle pas les stocks ?

Tout comme il existe une Politique Agricole Commune (PAC), il existe une Politique Commune de la Pêche(PCP) européenne. Celle-ci limite en théorie les captures dans les eaux européennes pour assurer le renouvellement des stocks. En 2010, elle fixait cependant des quotas de captures en moyenne à 34 % au-dessus des recommandations scientifiques. Elle accorde des subventions pour la modernisation de la flotte, plutôt que pour la limitation de cette surcapacité ou le développement de pêcheries durables. Les stocks sont particulièrement surexploités en Atlantique nord-est, nord-ouest et sud-est, en Méditerranée, en mer Noire, dans le Pacifique sud-est et dans l’océan austral.Malgré cela, en 2010, l’UE devait importer plus de la moitié du poisson consommé sur son territoire. Sa flotte aurait actuellement la capacité de pêcher deux à trois fois l’équivalent d’un niveau de pêche durable.

Le livre vert de la Commission des communautés européenne sur la réforme de la PCP constitue une autocritique de la PCP jusque-là suivie. Elle constate que la « surpêche » est due à la surcapacité de la flotte, elle-même encouragée par les subventions européennes. De nombreuses subventions indirectes sont accordées au secteur. La plus importante est l’exonération générale des taxes sur les carburants. Le rapport estime que dans plusieurs États membres, les budgets publics alloués à la pêche sont supérieurs à la valeur totale des captures. Ainsi, les citoyens européens paient leur poisson quasiment deux fois : une première fois au magasin et une deuxième fois par leurs impôts. Suite à ces réflexions, la PCP sera réformée en 2012.

Les accords de pêche constituent un moyen d’acheter ailleurs ce qui ne peut pas être péché localement. Malheureusement, le revers de la médaille se fait vite sentir. Depuis 2003, la pêche maritime au Sénégal enregistre une baisse de 16 % des captures, ce qui a des conséquences désastreuses pour les Sénégalais. Le secteur de la pêche y génère plus de 600 000 emplois directs et indirects et presque deux millions de personnes en dépendent. La baisse des captures met également en péril la sécurité alimentaire du pays, puisque plus des trois quarts des apports protéiques d’origine animale y proviennent du poisson. [2]

Ci-dessous une courte animation visant à expliquer la surpêche, l’occasion de la réforme de la Politique commune de la pêche et le rôle des OCEAN2012.

Auteur : Matthieu Combe, fondateur du webzine Natura-sciences.com

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  • Bernard Sydney

    en 1869 Jules Verne dans son célèbre « 20 000 Lieues sous les mers » dénonçait déjà la surpêche  » Vos semblables anéantissent des classes entières d’animaux… l’acharnement barbare des pecheurs fera disparaître la dernière baleine de l’océan… »

  • Julien

    Et depuis les océans n’ont fait que se vider de plus en plus… à des vitesses telles que les scientifiques prévoient des océans vides en 2048 si on ne diminue pas l’intensité des pêcheries…

  • Article publié il y a cinq ans et pourtant toujours d’actualité_ici un article avc les derniers chiffres : http://www.sur-la-plage.com/articles/la-surpeche-ou-comment-tuer-les-oceans-196.php