Il y a déjà 33 ans avait lieu l’accident nucléaire de Tchernobyl. Proche de la zone d’exclusion, les enfants et les jeunes adultes portent encore les stigmates de cette catastrophe européenne. Un programme de recherche européen fait le point sur les risques sanitaires rencontrés par ces populations.

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32 ans après la catastrophe de Tchernobyl, les populations riveraines de la zone d’exclusion portent toujours les stigmates de la tragédie. PHOTO//CC Domaine public

« Il n’y a pas de vie saine après une catastrophe nucléaire », assure Michèle Rivasi, députée européenne et co-fondatrice de la CRIIRAD. Si le réacteur numéro 4 de Tchernobyl a explosé le 26 avril 1986, « la catastrophe de Tchernobyl ne relève pas du passé, la contamination perdure », assure la députée.

Durant plusieurs décennies, les autorités locales et la communauté internationale se focalisent uniquement sur la sécurité des réacteurs. Le 27 novembre 2016, la société Novarka, une coentreprise des géants français du BTP Vinci et Bouygues installait une cloche de confinement pour recouvrir le sarcophage de la centrale nucléaire de Tchernobyl, construit dans l’urgence après l’explosion.

Des zones habitées encore contaminées

Aujourd’hui, cinq millions de personnes vivent sur 150 000 km2 de terres contaminées. Depuis 2013, grâce à des collaborations entre le Parlement européen et de la Commission européenne, un programme européen sur la santé et l’environnement a été lancé autour de la zone d’exclusion de Tchernobyl. Une étude a notamment été lancée dans le district d’Ivankov, un territoire ukrainien contaminé se trouvant dans la région de Kiev, à 30 km de la centrale de Tchernobyl.

Depuis 1999, les équipes médicales de hôpital d’Ivankov n’avaient plus les moyens de mesurer les niveaux de radioactivité. Ce programme européen a équipé de laboratoire de spectromètres et de radiomètres extrêmement fiables. Ces instruments ont permis de mesurer les niveaux de radioactivité dans les organismes, les aliments, les immeubles et installations. Notamment, 3.000 personnes ont été observées, particulièrement des enfants et des femmes enceintes.

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Les malades du nucléaire suivis seulement depuis 2013

Trente-trois ans après l’accident, les enfants présentent de nombreux problèmes de santé. « 45 % des enfants examinés ont un déséquilibre hormonal dans la thyroïde, 35% des enfants ont des problèmes de foies anormalement gros, 80% des adolescents ont des problèmes cardiaques et 30 % ont une pression sanguine trop élevée », relève Michèle Rivasi.

Ce n’est pas tout. Le taux de mortalité est 20 fois plus élevé que le taux moyen en Ukraine. Et de trop nombreux jeunes adultes sont atteints de cancers. Par ailleurs, 80% des garçons présentent un taux beaucoup trop élevé en homocystéine. Cet acide aminé touche divers organes et peut causer des AVC et des arrêts cardiaques. Enfin, la recherche a montré une corrélation entre le cancer du sein et la radiation. Pour continuer le suivi, un laboratoire d’analyse radiométrique et spectrométrique et un centre spécialisé pour la santé infantile et maternel ont été inaugurés à l’hôpital d’Ivankov en juillet dernier.

Des sols et des aliments toujours contaminés

Le centre d’information et de consultation sur l’hygiène alimentaire de l’hôpital d’Ivankov travaille sur la prévention des maladies liées à l’exposition à la radioactivité. Dans cette région très pauvre, les populations élèvent et cultivent eux-mêmes leurs bétails et légumes. La principale source d’alimentation est devenue la forêt. Difficile alors d’éviter l’ingestion d’aliments irradiés.

Le centre a analysé et listé les aliments contribuant à une radiation interne. Selon ses résultats, 30% des aliments irradiés proviennent de la forêt, à savoir des champignons, du gibier et des oiseaux sauvages. Les populations chassent quotidiennement les animaux vivant dans la zone d’exclusion. Or, le taux de césium dans la viande animale n’a pas diminué. La viande de sanglier est notamment la plus dangereuse.  « Une cartographie des sols d’Ivankov met en évidence que des zones hors de la zone d’exclusion de Tchernobyl ont des niveaux de pollution inappropriés pour une production de nourriture », souligne Michèle Rivasi. Elle espère donc développer une cartographie pour tous les districts avoisinant la zone d’exclusion. Cela permettra d’assurer l’accès à une alimentation saine.

La contamination est partout. Les populations utilisent le bois contaminé au césium pour se chauffer et cuisiner. L’analyse de ce bois par le laboratoire du centre hospitalier d’Ivankov montre des niveaux de césium très élevés. Ainsi, le cercle vicieux est en place. Les cendres sont utilisées comme fertilisants, et augmentent encore les doses de césium déjà très élevés dans le corps humain.

Auteur : Matthieu Combe, fondateur du webzine Natura-sciences.com


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