Dans une nouvelle vidéo, l’association L214 dénonce les conditions de vie de poulets dans un élevage de la marque “Maître Coq”, situé dans les Pays de la Loire. L’actrice Julie Depardieu, associée à cette nouvelle enquête, compare la situation de ces animaux à la série dystopique Black Mirror.

“Les pauvres”, s’exclame l’actrice Julie Depardieu au visionnage des images de l’élevage de poulets de Torfou (Pays de la Loire). // L214

L’association L214 dévoile ce jeudi 29 juillet vidéo choc. Cette fois, elle pointe du doigt un élevage de poulets situé à Torfou, dans les pays de la Loire. Ces images sont le fruit d’une nouvelle enquête menée en juin 2021. Cette nouvelle affaire vise la marque “Maître Coq”, marque du groupe LDC, à qui appartient l’établissement.

En cause : les poulets ont une musculature si grosse qu’ils ne peuvent plus bouger. Cela est lié à une sélection génétique, destinée à atteindre une croissance musculaire ultrarapide. En conséquence, L214 lance une pétition et porte plainte contre le géant agro-alimentaire LDC. Contacté par Natura Sciences, le groupe précise que 98% des poulets dans le monde sont issus de souches à croissance rapide.

“Quand L214 m’a parlé de poulets qui grossissent tellement vite qu’ils ne tiennent plus sur leurs pattes, j’ai cru à un épisode de Black Mirror. Mais non. Ca se passe aujourd’hui, en France”. C’est par ces mots que l’actrice Julie Depardieu ouvre la vidéo qui révèle l’enquête de L214. Situé à Torfou, plus de 35 000 poulets y sont élevés pour l’entreprise Arrivé, derrière la marque Maître Coq.

Chez Maître Coq, marche ou crève

Les images de l’association L214 sont, une fois de plus, choquantes. Des poulets boiteux peinent à accéder à la nourriture et à l’eau. D’autres, écrasés par leur poids, sont même immobiles. Quand ils ne sont pas tout simplement morts.  “Ici, c’est littéralement marche ou crève”, assène Julie Depardieu dans la vidéo de présentation de l’enquête.

L’entreprise Arrivé dont dépend cet élevage est une des filiales du géant agro-alimentaire LDC. Celui-ci fait partie des leaders européens de la volaille, qui abat chaque année 300 millions d’oiseaux. “Le Gaulois” et “Loué” comptent également parmi les marques du groupe.

Une race issue de la sélection génétique

Les images de L214 montrent les conséquences de la sélection génétique intensive. La race des poulets de chair élevés à Torfou, appelée Ross 308, est issue d’une sélection génétique intensive. Elle a été créée pour que les oiseaux grossissent le plus vite possible. Ainsi, les poulets Ross 308 grossissent en 42 jours, près de 4 fois plus vite qu’en 1950, selon un rapport de la Commission européenne. 

Les muscles de ces poulets ont une croissance tellement rapide que les autres parties de leurs corps n’arrivent pas à les supporter. Leur squelette ne parvient plus à les faire tenir debout, et deviennent parfois immobiles. La croissance anormale de leurs muscles comprime par ailleurs leurs organes vitaux, ce qui entraîne des difficultés cardiaques et respiratoires.

La lumière ne s’éteint jamais chez Maître Coq

Outre leurs caractéristiques génétiques, rien n’est laissé au hasard pour que les poulets grandissent le plus vite possible. L214 explique ainsi que la lumière a aussi un rôle à jouer dans l’accélération de leur croissance. L’intensité lumineuse minimale prévue par la réglementation européenne n’est pas respectée pendant une grande partie de la vie des poulets. Le but : qu’il ne soient pas trop actifs et prennent ainsi plus de poids.

Pendant près de la moitié de la durée d’élevage, le programme lumineux de Torfou prévoit des périodes d’obscurité d’une durée très inférieure au minimum légal. Ce minimum légal est de 6 heures, dont 4 heures au moins en continu. Maintenir la luminosité pousse les animaux à manger davantage, puisque les oiseaux ne se nourrissent pas dans l’obscurité.

Une plainte pour mauvais traitements et violation de la réglementation

L214 avance dans son communiqué que l’élevage d’animaux issus de souches à croissance rapide “est constitutif en soi de mauvais traitements”. La croissance musculaire ultrarapide de ces poulets provoque de façon inévitable des problèmes de santé et les fait souffrir. Tout comme le non-respect des règles concernant la luminosité. Or, comme le rappelle l’association, un arrêté datant de 1982 relatif à l’élevage, à la garde et à la détention des animaux l’interdit.

Face à l’ensemble de ces manquements, L214 a donc décidé de porter plainte auprès du procureur d’Angers contre l’éleveur, son groupement, ainsi que le groupe LDC “qui cautionne ces infractions”, lit-on dans le communiqué. Face à ces accusations, le groupe LDC, contacté par Natura Sciences, dénonce des idées “biaisées et simplistes”. LDC se défend ensuite en rappelant que le développement d’élevages de poulets en France permet de lutter contre les importations massives de l’étranger. Le géant européen du poulet invite L214 à s’exprimer sur le sujet.

Jérémy Hernando et Chaymaa Deb

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