Peintures, meubles, produits ménagers, poussières… Nos logements abritent de nombreuses sources de pollution, parfois insoupçonnées. Si la qualité de l’air intérieur s’est améliorée ces dernières années, certaines substances restent préoccupantes pour la santé. Comment limiter notre exposition ?

Nous passons plus de 80 % de notre temps dans des environnements clos. Pourtant, l’air que nous y respirons est généralement plus pollué qu’à l’extérieur. Matériaux de construction, meubles, produits d’entretien et activités quotidiennes libèrent des substances chimiques qui peuvent s’accumuler dans nos logements.
Les conséquences sanitaires sont loin d’être négligeables. Selon une évaluation publiée en 2014 par l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) et l’Observatoire de la qualité de l’air intérieur (OQAI), l’exposition à six polluants de l’air intérieur serait responsable d’environ 20 000 décès par an en France. Le coût socio-économique de cette pollution était alors estimé à 19 milliards d’euros par an.
Mais comment réduire notre exposition à des polluants dont nous ignorons parfois jusqu’à la présence ? La première étape consiste à identifier leurs sources dans notre quotidien. Plusieurs acteurs de la santé et de l’environnement organisent des actions de sensibilisation. « Nous utilisons une maquette de maison qui permet aux participants de se mettre en situation, pour voir ce qui peut être polluant chez nous », expliquait Peggy Demettres, ingénieure d’études chez Atmo Hauts-de-France, lors d’un atelier organisé en octobre 2024 à Arras, en partenariat avec AÉSIO mutuelle.
Les particules fines restent préoccupantes
Les résultats de la deuxième campagne nationale sur la qualité de l’air dans les logements, menée entre 2020 et 2023 par l’Observatoire de la qualité des environnements intérieurs (OQEI), dressent un bilan contrasté. Si les concentrations de plusieurs polluants, dont le formaldéhyde et le benzène, ont diminué depuis la précédente campagne réalisée entre 2003 et 2005, les particules fines restent préoccupantes. Dans 70 % des logements, leur concentration dépasse l’objectif cible de 10 microgrammes par mètre cube fixé par le Haut Conseil de la santé publique pour les PM2,5. Ces particules peuvent provenir de l’extérieur, notamment du trafic routier et du chauffage, mais aussi des activités domestiques : cuisson des aliments, tabagisme, utilisation de bougies ou d’encens.
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Pour réduire leur accumulation, l’Agence de la transition écologique (Ademe) recommande d’aérer quotidiennement les pièces pendant 5 à 10 minutes, matin et soir, même en hiver. Cette aération doit compléter une ventilation permanente, notamment assurée par une VMC correctement entretenue. Autre précaution : limiter les bougies parfumées, l’encens et les diffuseurs d’huiles essentielles. Contrairement à une idée répandue, ces produits n’assainissent pas l’air. Ils peuvent au contraire libérer des particules et des composés organiques volatils (COV), dont certains sont irritants ou toxiques.
Des substances chimiques jusque dans les meubles
La pollution intérieure ne provient pas que des activités des occupants. Les matériaux présents dans le logement peuvent également libérer des substances polluantes. Peintures, colles, vernis, revêtements de sol et panneaux de bois peuvent libérer des COV, parfois longtemps après leur installation. Parmi eux figure le formaldéhyde, un composé irritant pour les yeux et les voies respiratoires, classé cancérogène pour l’être humain. Il peut notamment être émis par certains meubles fabriqués à partir de panneaux de bois aggloméré. Pour limiter les expositions, mieux vaut privilégier les matériaux faiblement émissifs et aérer abondamment après des travaux ou l’installation de nouveaux meubles. L’étiquette A+, obligatoire sur de nombreux produits de construction et de décoration, permet de repérer ceux dont les émissions sont les plus faibles.
D’autres substances suscitent des inquiétudes. Certains phtalates, utilisés pour assouplir les plastiques, présentent des propriétés de perturbation endocrinienne. Quant aux PFAS, ils entrent dans la composition de certains traitements antitaches et imperméabilisants. Privilégier des produits sans traitements chimiques superflus permet de limiter certaines sources d’exposition.
Produits ménagers : attention aux substances irritantes
Les produits utilisés pour nettoyer le logement peuvent paradoxalement contribuer à sa pollution. Certains détergents, désodorisants et nettoyants parfumés émettent des COV susceptibles d’irriter les voies respiratoires.
Pour l’entretien courant, quelques produits adaptés suffisent généralement. L’Ademe recommande notamment de privilégier les références sans parfum, de limiter les quantités utilisées et de recourir, lorsque cela suffit, à des chiffons humides ou en microfibres. Il faut également éviter les mélanges de produits, notamment ceux contenant de l’eau de Javel, qui peuvent provoquer des dégagements de gaz toxiques.
Enfin, l’humidité constitue un autre facteur de risque. Un logement insuffisamment ventilé ou touché par des infiltrations favorise le développement de moisissures, associées à des troubles respiratoires et à l’aggravation de l’asthme. L’Ademe recommande de maintenir une humidité relative comprise entre 40 et 60 % et de traiter rapidement les infiltrations.












