Selon un baromètre mené par IPSOS en juin dernier, 74% des Français partent en vacances cette année. Mais en termes de transport, la voiture reste largement privilégiée, loin devant le train. Ce choix risque de marquer l’été 2022 avec un rebond des émissions de gaz à effet de serre.

« Nous nous dirigeons sur un effet rebond plus fort qu’en 2021 », annonce Marie Chéron, responsable politique véhicules à l’ONG Transport & Environnement. Cet été, les Français repartent davantage en vacances. Selon le baromètre annuel des vacances d’Europ Assistance, mené par Ipsos, 74% des Français ont l’intention de partir, soit 7 points de plus qu’en 2021. La quasi sortie de l’épidémie vient accroître le nombre de vacanciers par rapport aux deux années précédentes, malgré un contexte d’inflation.
Pour s’évader, en France ou à l’étranger, le choix de transport privilégié reste à la voiture à 73%, devant l’avion (22%) et, enfin, le train (15%). Des données « relativement stables » selon Pierre Leflaive, responsable transports au Réseau Action Climat (RAC). « On constate que le train ne prend pas la place que l’on aimerait lui donner », ajoute-t-il. Rôle « clé » dans la décarbonation des transports, le train représente une alternative plus écologique non négligeable selon les experts.

Hausse des prix et absence de lignes de liaison
Moins polluant que l’avion ou la voiture, le train connait une croissance difficile auprès des Français. « Cela s’explique notamment par le prix élevé des billets de train alors que l’argent figure l’argument premier des Français pour leur départ en vacances », indique Pierre Leflaive. Cette hausse de prix, généralement marquée lors de la période estivale, s’accompagne d’un « manque de capacités ferroviaires », complète Marie Chéron. « Hormis une hausse des prix, les trains affichent complet. Les Français utilisent aussi la voiture pour plus de flexibilité ».
La multiplication des trains complets ne signifie pas pour autant une attirance soudaine pour le transport ferroviaire. Entre manque d’investissements dans le réseau structurant et les petites lignes, le RAC et Transport & Environnement déplorent des « investissements insuffisants » pour moderniser le réseau et permettre une offre accessible aux Français.
Des investissements ferroviaires « insuffisants »
En 2020, alors que le gouvernement déployait son plan de relance, le RAC, la Fondation pour la Nature et l’Homme et France Nature Environnement ont publié une étude démontrant que les investissements pour le ferroviaire sont « insuffisants pour tenir nos objectifs climatiques ». Afin de tenir les engagements climatiques de la France, le PDG de la SNFC, Jean-Pierre Farandou, a demandé une aide supplémentaire de 100 milliards d’euros sur quinze ans pour doubler la part du ferroviaire sur le territoire.
Lire aussi : Le train, une alternative crédible aux lignes aériennes intérieures
« Le désinvestissement de l’État dans le réseau ferroviaire, et notamment sur les petites lignes, depuis de nombreuses années, impacte aujourd’hui lourdement le trafic : suppression de lignes, de dessertes, retards, annulations, etc. », signalaient déjà les ONG avant l’arrivée de l’épidémie de la Covid-19.
Pierre Leflaive pointe également du doigt un lent développement des trains de nuit, alors que les destinations internationales phares des Français se trouvent être des pays proches. Parmi eux : l’Espagne, l’Italie et le Portugal selon le baromètre d’IPSOS. « Ces destinations sont largement accessibles en trains de nuit, surtout pour un séjour de longue durée », soutient-il.
Avantages fiscaux pour l’avion
En parallèle, Pierre Leflaive explique l’élan tardif du train par « le côté narratif que l’on prête aux vacances ». « On a souvent la vision qu’il faut décoller, prendre l’avion pour se vider l’esprit en vacances, poursuit-il. Or, cela peut très bien être en défilant les paysages dans un train ». Les ONG environnementales, comme Greenpeace, lancent alors des guides de voyage éco-responsable, notamment pour inciter les vacanciers à freiner l’usage de l’avion.
Le transport aérien a quant à lui augmenté de six points par rapport à 2021. Un choix qui se traduit selon Pierre Leflaive par un retour des destinations internationales pour l’été. 40% des Français comptent partir à l’étranger en 2022, soit douze points de plus que les années précédentes, marquées par les contrôles sanitaires aux frontières. Mais le responsable des transports explique également cette attractivité par les avantages fiscaux dont bénéficie l’avion.
Lire aussi : Les jeunes prêts à réduire leurs déplacements en avion, selon une étude
En 2019, suite à une étude réalisée en 2018 pour la Commission européenne, le RAC déplorait une fiscalité « particulièrement avantageuse pour le transport aérien en Europe et notamment en France, au détriment du climat ». « La France n’a pour l’instant aucune fiscalité environnementale sur les trajets en avion », ajoute l’ONG sur son site internet.
L’absence de message politique
Face à la hausse de l’aérien pour cet été 2022, le RAC et Transport & Environnement regrettent l’absence de message écologique porté par le gouvernement pour la période estivale. « C’est pourtant la période où l’on se déplace beaucoup plus », souligne Marie Chéron. La responsable politique véhicule chez Transport & Environnement déplore au contraire la communication du gouvernement autour de l’indemnité carburant. La voiture représente pourtant 16% des émissions dues aux transports, secteur le plus émetteur en France. Le train n’en est responsable que de 0,6%.
Néanmoins, Marie Chéron porte un espoir sur d’autres alternatives. Le partage de véhicule ou les transports à la demande sont de plus en plus choisis par les stations touristiques. « C’est en développement et cela témoigne d’un potentiel immense », se réjouit-elle. En plus d’être une solution moins polluante, ce type de transport s’avère également plus économique.
Lire aussi : Pouvoir d’achat : vers une « augmentation des émissions de GES »?
« Certaines destinations ont réduit l’usage de la voiture, ce qui rend l’endroit plus calme et une ambiance moins pesante », ajoute Marie Chéron. Mais malgré ce développement,les experts du transport redoutent que l’été 2022 retrouve un niveau d’émissions équivalent aux années 2018 et 2019, lorsque la crise sanitaire ne perturbait pas encore les départs en vacances.


