Dans le centre-ville de Glasgow, à Charing Cross, une petite église du 19ème siècle se transforme, le temps de quelques jours, en un lieu de rassemblement et d’expression pour les victimes de la crise climatique. L’église accueille des conférences aux thèmes divers et variés, organisées par COP26 Coalition.

En pleine COP26, L’église Baptiste Adelaïde Place, devient l’exutoire de communautés qui n’ont pas de tribune pour témoigner des impacts de la crise climatique. // PHOTO : Léo Sanmarty

Elle fait partie de ces lieux cachés de l’univers de la COP26. Un lieu atypique, niché dans le centre-ville historique de Glasgow, entouré d’immeubles de briques rouges. En pleine COP26, l’église Baptiste Adelaïde Place devient l’exutoire de communautés qui n’ont pas de tribune pour témoigner des impacts de la crise climatique. Autochtones, féministes et militants du monde entier… tous se placent au centre de ce sanctuaire pour hurler leur colère sur la situation environnementale actuelle.

La vue depuis le deuxième étage de l’église Baptiste Adelaïde Place. Le calme avant les conférences // PHOTO : Léo Sanmarty / Nartura Sciences

Une église pour confesser sa rage

Au rez-de-chaussée de l’église, Sebastian Ordonez Munoz, venu de Colombie, organise les conférences qui se déroulent dans le lieu de culte. “Pour l’organisation COP26 Coalition, je travaille ici avec des étrangers venus du monde entier pour s’exprimer. Nous parlons ici de solidarité entre communautés. Tout le monde peut témoigner des impacts du dérèglement climatique dans son pays“, explique-t-il.

On y découvre une ambiance particulière, un mélange de deux mondes. Vitraux religieux, banderoles colorées aux messages militants et lumière tamisée éclairant l’assemblée, cette église est un monde à part. On peut y voir le deuxième étage où sont installés des militants sur des bancs en bois. En marge de la COP26 qui se tient à 30 minutes à pied, ce sanctuaire permet à qui le souhaite de crier sa frustration. “Cet endroit est un exutoire, où l’on peut laisser exprimer sa rage sur les conséquences du dérèglement climatique et sur l’inaction des politiques“, insiste Sebastian Ordonez Munoz.

L’église Baptiste Adelaïde Place de Glasgow // PHOTO : Léo Sanmarty / Natura Sciences
vitraux religieux
Au deuxième étage, quelques vitraux religieux // PHOTO : Léo Sanmarty / Natura Sciences

Dans cette église, aucune frontière, aucune différence de traitement. Africains, sud-américains, asiatiques, européens, tous se retrouvent pour partager. Tous sont ici pour agir contre l’injustice climatique. L’ église est métamorphosée, le temps de la COP26, en amphithéâtre pour les invisibles.

Une contre-COP26

Les critiques n’épargnent pas la COP26, qui a débuté fin octobre. Son importance capitale en faisait l’un des sommets les plus importants de la dernière décennie depuis la COP21 à Paris. Nombreux sont ceux qui se sentent lésés et abandonnés face aux conséquences du dérèglement climatique. Certes, la COP26 a déjà donné lieu à un florilège de promesses ambitieuses concernant des avancées sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Mais cela n’assure en rien la réussite de cette quinzaine écossaise. Entre greenwashing de certaines entreprises et inactions politiques, certains pays sont déjà durement touchés par la crise. Ce sont souvent des habitants de ces régions qui viennent confesser leur désarroi dans cette église.

C’est une contre-COP26, un sommet du peuple“, clame Sebastian Ordonez Munoz. “Il s’agit d’un espace d’échange. Nous pouvons nous engager sur la crise climatique, ensemble, d’une manière qui n’est pas possible à l’intérieur de la COP26, pendant les négociations dont ils nous ont exclus. Je parle ici des communautés mondiales et des pays les plus vulnérables“, explique le natif de Bogota.

Le féminisme climatique

Ce jour-là, une conférence sur le féminisme climatique se tient. Faith, originaire du Kenya, témoigne, les larmes aux yeux des conséquences du dérèglement climatique dans son pays. “Pour comprendre le lien entre féminisme et crise climatique je me dois de parler de l’état environnemental de mon pays“, commence-t-elle. “Le dérèglement climatique a entrainé des changements de températures élevées et une sécheresse prolongée dans nos régions. Cela a conduit à une pénurie d’eau et de nourriture“, explique-t-elle.

Faith
Faith témoigne des conséquences du changement climatique dans son pays. // PHOTO : Léo Sanmarty / Natura Sciences

Ces changements ont bouleversé les rapports humains. Les hommes réagissent ainsi avec violences car ils deviennent fous. Ils agressent les femmes, les violent. La sécheresse, la famine, tous les changements liés à la crise climatique entraînent des conséquences sous-estimées. Pour de la nourriture, des mariages forcés sont organisés, pour avoir le plus de ressources et d’argent possible“, détaille-t-elle.  Elle poursuit, les yeux brillants : “le changement climatique et la violence basée sur le genre sont deux choses connectées“.

Faith explique qu’avec la sécheresse, il est de plus en plus difficile pour les femmes et les enfants de s’approvisionner en eau. Pour cette militante féministe, il est temps de protéger les femmes et de les mettre aux cœurs des discussions pour de meilleures solutions.

Pour Faith, militante féministe, il est important de renouveler les actions féministes liées à la crise climatique. “La relation entre le corps et l’environnement est une notion fondamentale. Le dérèglement climatique touche les plus fragiles, les plus défavorisés. Dans beaucoup de pays, ce sont les femmes“, souligne la jeune militante.

Gender Day

Le 9 novembre, se tenait le Gender Day pour reconnaître et célébrer l’égalité des genres et la place des femmes dans les politiques et actions climatiques. Malheureusement peu d’annonces concrètes sont sorties de cette journée. La Suède, l’Équateur et la Bolivie prévoient de renforcer leur prise en compte des inégalités de genre dans leurs stratégies climatiques. La question de l’égalité femmes-hommes reste encore loin d’être considérée comme un facteur indissociable de la lutte contre le changement climatique.

Le Royaume-Uni a par ailleurs promis une enveloppe de 190 millions d’euros pour financer des projets qui mêlent genre et climat. Mais dans cette église écossaise, les promesses n’ont rien d’officielles.

Léo Sanmarty

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