Nous sommes bientôt en 2022 après Jésus-Christ. Toutes les centrales à charbon doivent fermer… Toutes ? Non ! Une centrale propriété d’EDF résiste encore et toujours à l’envahisseur. Inaugurée en bord de Loire en 1970, la centrale de Cordemais, fait de la résistance.

La centrale de Cordemais joue un rôle pour assurer l'équilibre du système électrique selon le bilan prévisionnel 2030 de RTE
Le maintien en disponibilité de la centrale au charbon de Cordemais jusqu’en 2026 pourrait favoriser l’équilibre du système électrique selon RTE // PHOTO : Francois BOIZOT / Shutterstock

La centrale à charbon du Havre a cessé de fonctionner le 31 mars 2021 et Emmanuel Macron a promis de fermer toutes les centrales à charbon doivent fermer d’ici à 2022. Vraiment toutes ? Tout porte à croire qu’au moins celle de Cordemais, en Loire-Atlantique, jouera les prolongations.

Dans son bilan prévisionnel de l’équilibre du système électrique de 2021 à 2030 publié le 24 mars, RTE, gestionnaire du réseau haute tension français, demande “le maintien en disponibilité ou la conversion à la biomasse de la centrale de Cordemais”.”Cette opération apparaît nécessaire pour garantir l’équilibre local du système en Bretagne et le respect du critère national de sécurité d’approvisionnement, sur la période 2022-2024 a minima”, défend RTE.

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Car c’est là que le bât blesse ! RTE prévoit une alimentation électrique tendue pour les hivers à venir en France et dans le Grand Ouest en particulier. En cause ? Les travaux prévus sur le parc nucléaire, les retards du chantier de l’EPR de Flamanville qui ne démarrera pas avant 2022, mais aussi les retards accumulés dans le développement des énergies renouvelables.

Ecocombust : Un premier feu vert pour la conversion à la biomasse

Justement, le projet de reconversion à la biomasse, baptisé Ecocombust, initialement porté par les salariés, CGT en tête, a reçu l‘avis favorable d’une commission d’enquête publique au début du mois de mars. “On est à un moment clé. On n’attend plus que le tampon final du ministère”, souligne Gwénaël Plagne, délégué syndical CGT d’EDF. “L’affaire n’est pas encore gagnée”, prévient-il toutefois, craignant que le “verrou de Macron” ne soit pas levé.

Au ministère de la Transition écologique, on affirme au contraire “regarder les choses favorablement”, sans donner de calendrier quant à la délivrance de l’autorisation environnementale, nécessaire à la reconversion. “Évidemment, le ministère est favorable à ce projet si Cordemais doit continuer à fonctionner de manière très marginale pour assurer la sécurité d’approvisionnement de la Bretagne”, dit-on dans l’entourage de la ministre Barbara Pompili.

Remplacer le charbon par des pellets issus de résidus

Dans le détail, EDF entend dans un premier temps construire une usine de fabrication de pellets à l’emplacement des actuels tas de charbon de la centrale. Il s’agit de transformer en combustible des résidus de taille, d’élagage ou de bois d’ameublement. EDF s’est engagé à proscrire le bois de forêt.

Ces pellets représenteraient alors 80% du combustible de la centrale qui ne fonctionnerait plus que 400 heures par an. D’après EDF, ce procédé permettrait de réduire le émissions de gaz à effets de serre (GES) de ses installations de 71% par rapport à un fonctionnement 100% charbon, évitant l’émission de 400.000 tonnes de CO2 par an.

Ces chiffres sont très contestés par les associations environnementales qui estiment que la biomasse émet autant de GES que le charbon. Cette question suscite “la confusion la plus totale”, souligne ainsi la commission d’enquête publique, qui demande la mise en place d’un “comité de suivi”.

Un projet déjà bien avancé

Quand on est sur du déchet de bois, ça paraît un peu plus juste de considérer que c’est à peu près neutre en carbone que si on utilisait du bois de forêt“, juge cependant Nicolas Goldberg, consultant Energie chez Colombus Consulting.

EDF a demandé 55 millions d’euros de subventions au titre du plan de relance pour Ecocombust. L’investissement est estimé à 114 millions d’euros pour l’usine de pellets et 20 millions d’euros pour l’adaptation de la centrale. Pour les salariés, c’est l’assurance du maintien d’une partie des 350 emplois de la centrale jusqu’en 2026, voire au-delà si la centrale passait, à terme, au 100% biomasse.

EDF table sur une mise en service industrielle en 2023. “Finalement, ce projet arrange tout le monde. Le gouvernement pourra dire: on a reconverti la centrale. EDF donne une concession à ses salariés. Et du point de vue du réseau, on est quand même plus serein avec Cordemais“, estime Nicolas Goldberg.

Matthieu Combe avec AFP

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