Le Réseau Action Climat dresse le bilan des engagements climatiques de la France par rapport aux objectifs fixés lors de l’accord de Paris. Il souligne que la France est à peine à la moitié de l’objectif en termes de diminution de ses émissions. Lumière sur les principaux secteurs qui émettent encore bien trop.

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Un enfant s’interroge sur la présence d’un ours polaire près de la plage du Havre. PHOTO//Patrick Janicek, CC BY 2.0

A l’occasion de l’ouverture des 24H du climat, le Réseau Action Climat a présenté son nouvel Observatoire Climat-Énergie. Ce dernier analyse la situation de la France dans l’atteinte de ses objectifs climatiques. Il s’inscrit dans un moment “où il y a une forte accélération à apporter dans la lutte contre le réchauffement climatique“. “Cet été, le rapport du Giec nous a rappelé la nécessité d’agir dès maintenant, et à quel point les prochaines années seront cruciales si nous souhaitons contenir la crise climatique” explique Zéline Victor, responsable énergétique du Réseau Action Climat. Or, elle souligne que “les secteurs les plus émetteurs de gaz à effet de serre ont du mal à décroitre, et les objectifs de neutralité carbone ne nous mettent pas encore sur la bonne voie“. 

Loin des objectifs de neutralité carbone 

L’objectif principal est la neutralité carbone d’ici 2050”, souligne la responsable énergétique. Cette neutralité n’est atteinte que lorsqu’il y a équilibre entre les émissions de gaz à effet de serre et leur retrait de l’atmosphère. Pour l’atteindre en 2050, la France a un objectif intermédiaire de -40% d’émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030. “Mais l’Europe a rehaussé cet objectif. Il faudra qu’il soit d’au moins -50% si possible”, précise Zéline Victor. Pour faire un bilan à date, il faut analyser les chiffres de la consommation énergétique. Dans un contexte de pandémie, “ces chiffres sont en trompe-l’œil pour l’année 2020. Il est donc nécessaire de s’intéresser aux trajectoires de façon générale. On sait que dans le contexte d’une année Covid, les éléments ne sont pas forcément représentatifs d’une évolution structurelle” précise la membre du Réseau Action Climat. 

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Les émissions brut de gaz à effet de serre ont fortement décru durant l’année 2020, dû à un frein de toutes nos activités”. Ce chiffre doit tout de même être replacé dans un contexte plus global. “Si on s’intéresse à la décennie, on est à -1,5% en moins chaque année. Or, le Haut Conseil pour le Climat prône -3% chaque année si possible à partir de 2021, et -3,3% de baisse à partir de 2024”. Donc même si l’année 2020 semble satisfaisante, la France est à peine à la moitié de l’objectif en termes de diminution de ses émissions. Pour en comprendre les raisons, il faut s’intéresser aux principaux secteurs émetteurs de gaz à effet de serre. 

Les principaux secteurs émetteurs, entre stagnation et dépassement

Les transports, responsables de 29% des émissions de gaz à effets de serre, sont toujours en tête depuis 2019. Dans ce secteur, la France a connu une très forte baisse en 2020. “Cela s’explique par un arrêt total de nos activités pendant plusieurs mois. Mais si on s’intéresse au temps long, à partir de 1990, on voit qu’il y a une augmentation des émissions de ce secteur, qui ont eu tendance à stagner ces 10 dernières années”, indique Zéline Victor. La sortie des énergies fossiles pour les transports sera donc un enjeu majeur si la France souhaite atteindre ses objectifs. 

L’agriculture arrive en deuxième poste des plus fortes émissions de gaz à effet de serre. Elle est responsable de 21% d’entre elles dans le pays. “C’est un secteur qui stagne aussi” déplore la responsable énergétique du Réseau Action Climat. Elle précise que c’est un secteur “qui respecte son budget carbone, mais qui ne décroît pas assez vite”. C’est notamment le méthane, qui émane des ruminants, et le protoxyde d’azote utilisé dans l’épandage qui en sont les principaux responsables.

Vient en troisième place l’industrie, responsable de 19%  des émissions de gaz à effet de serre. “Ce secteur peine à respecter son budget carbone puisqu’elle le dépasse” annonce la responsable énergétique du Réseau Action Climat. Elle précise que c’est un secteur compliqué à cause de sa grande diversité d’activités. D’après elle, “une baisse uniforme est difficile au vu de la diversité des mesures à appliquer dans ce secteur”. 

La part des énergies renouvelables augmente en dessous des objectifs

Pour l’année 2020, “on observe une très forte baisse de la consommation d’énergie, mais il y a également un fort risque de rebond pour 2021”, indique Zéline Victor. Cette diminution durant l’année précédente s’est accompagnée d’une baisse de la consommation des énergies fossiles, des produits pétroliers, du gaz naturel et du charbon. “Il faudrait absolument pérenniser cette tendance car ce sont des leviers primordiaux pour lutter contre le changement climatique”, insiste-elle.

La part des énergies renouvelables “nous intéresse tout particulièrement car c’est assez structurant”. Un secteur dans lequel la hausse est constante, “mais en dessous de l’objectif de 23%, on en est qu’à 19% d’énergies renouvelables dans notre consommation” précise Zéline Victor. Or, le chiffre de 23% était un objectif européen, donc la France est en dessous de ses promesses. 

La bonne nouvelle vient de la part d’électricité provenant des énergies renouvelables. Elle augmente. D’après la responsable énergétique du Réseau Action Climat, “cela montre une augmentation possible si les politiques sont volontaristes”.

Ouns Hamdi

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