Emmanuel Macron annonçait hier la relance du nucléaire avec la construction de nouveaux réacteurs. Pour Natura Sciences, France Nature Environnement et le physicien Greg de Temmerman livrent leur point de vue, entre critiques et espoirs. 

Emmanuel Macron annonçait hier la relance du nucléaire. PHOTO : capture d’écran Élysée

Le président Emmanuel Macron a annoncé ce mardi que la France allait construire de nouveaux réacteurs nucléaires sur son sol. Et ce tout en continuant “de développer les énergies renouvelables”, a-t-il promis, sans donner plus de détail à ce stade. 

Au programme, la construction de six EPR, réacteurs pressurisés, ainsi que des investissements dans un projet de SMR, petits réacteurs modulaires. Des investissements qui “nous permettront d’être à la hauteur de nos engagements au moment où nous allons clôturer la COP 26 à Glasgow”, déclarait Emmanuel Macron. 

De nombreuses voix se sont érigées à l’encontre du nucléaire et de l’annonce du président. Dans la sphère politique, la socialiste Anne Hidalgo et l’écologiste Yannick Jadot, candidats à la présidentielle, ont dénoncé l’irresponsabilité des annonces d’Emmanuel Macron. 

Parmi les ONG, France Nature Environnement, regroupant près de 6 000 associations environnementales, nous livre ses critiques. Tandis que Greg de Temmerman, physicien et chercheur associé à Mines Paris-Tech, nous partage un avis optimiste.

Le scénario nucléaire

Greg de Temmerman notifie que le rapport du RTE, Réseau de transport d’électricité, a montré que le scénario nucléaire était le moins cher et avec le moins d’impact environnemental. “Mais le rapport mentionne qu’il faut agir vite puisque la filiale nucléaire a besoin de temps pour mettre ses EPR en route”, précise le chercheur. Et “plus on attend, plus la situation sera compliquée sur la gestion du parc nucléaire actuel”, alerte le physicien. 

Lors de l’annonce du plan France 2030 d’Emmanuel Macron, Greg de Temmerman évoquait un flou sur la distribution de l’argent alloué au nucléaire.

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Encore aujourd’hui, “l’argent du plan France relance n’est pas totalement distribué”, explique le chercheur. En cela, ce dernier estime que ces processus prennent du temps même après les prises de décisions. “Surtout qu’Emmanuel Macron n’a pas annoncé que des SMR. Il y a aussi différents programmes de recherche pour relancer la génération quatre”, informe-t-il. 

Les EPR sont des réacteurs de génération 3 aux normes de sûreté élevées. Greg de Temmerman explique alors que les réacteurs de génération 4 peuvent fonctionner en surgénération. “Ils consomment beaucoup mieux le combustible, l’uranium, et génèrent beaucoup moins de déchets”, assure le chercheur. 

Les fiascos de l’industrie nucléaire

Dans son communiqué de presse partagé hier, Greenpeace France assure pour sa part que “l’industrie nucléaire enchaîne les fiascos.” Notamment en Chine à Taishan où le seul EPR en activité est toujours arrêté depuis plusieurs mois, après un incident d’origine inconnue dans le réacteur. Ainsi, Greenpeace condamne le nucléaire qui serait “trop cher, trop lent et trop dangereux.”

Mais Greg de Temmerman n’est pas aussi accusateur. “Il faut faire attention quand on parle de la Chine. Le réacteur de Taishan sur lequel EDF était impliqué s’est plutôt bien passé”, assure le chercheur. Ce dernier relate un problème d’opération mais “qu’on ne peut pas blâmer sur la construction.” 

La France, qui tire la majorité de son électricité du nucléaire, ne construit actuellement qu’un seul réacteur nucléaire de nouvelle génération. Ce dernier, basé à Flamanville, a déjà 9 ans de retard et un coût multiplié par 6 par rapport aux prévisions initiales. Soit 19 milliards d’euros. 

Pour Michel Dubromel, ex-président de France Nature Environnement et ingénieur chimiste, “les équipements du domaine nucléaire ne fonctionnent pas, comme on a pu le constater avec le réacteur de Flamanville.” Alors, pour FNE, “il serait plus logique de faire confiance à des équipements fonctionnels que sont les énergies renouvelables.”

Un avis que ne partage pas Greg de Temmerman. Le chercheur estime que “ce n’est pas monocausal.” En somme, il rapporte qu’il y a eu “des problèmes techniques, de gestion mais c’est un gros projet. Qui a notamment payé les pots cassés de ne rien avoir fait pendant 25 ans.” 

Conjuguer nucléaire et renouvelable

Dans un article du Monde, un chercheur du CNRS assénait que “profiter d’une crise énergétique pour relancer le nucléaire est tout à fait irresponsable.” Mais Greg de Temmerman n’est pas du même avis. “On peut critiquer le fait que cette annonce tombe 6 mois avant la présidentielle. Cependant, c’est le bon moment pour se poser la question de l’indépendance énergétique”, juge le chercheur. 

D’ailleurs, il rappelle que le président a bien évoqué le nucléaire, du renouvelable et l’énergie bas carbone. “C’est en ce moment qu’on constate le problème de notre dépendance aux énergies fossiles”, affirme-t-il. 

Pour Greg de Temmerman, “on a la chance d’avoir une des électricités les moins carbonées au monde. Le problème qui se pose avec le renouvelable c’est l’intermittence.” En somme, il faut à la fois “renouveler le parc nucléaire et développer la capacité électrique pour le renouvelable”, juge le chercheur. 

Le problème légal

Les reproches de FNE sont simples. “On est stupéfait que le président ne respecte pas les échéances de son propre gouvernement”, assène Michel Dubromel. FNE assure que l’annonce d’Emmanuel Macron n’a pas de base légale et Michel Dubromel détaille cette faute. En effet, le gouvernement vient de lancer la stratégie française et énergie climat qui doit aboutir à une loi en juillet 2023.

De plus, une consultation publique est en cours. “Et comble de l’ironie, le Ministère de la Transition écologique a demandé une large consultation du public, notifie Michel Dubromel. Il y a une incohérence entre nous inviter à exprimer tous nos besoins et le président qui ferme le débat quelques jours après.” Le processus a commencé le 11 octobre. Le lendemain, “le président faisait une annonce tonitruante sur les fameux SMR”, fustige l’ex-président de la fédération. 

Avant 2023 et l’adoption d’une nouvelle programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE), aucun appel d’offres pour la construction de nouvelles centrales nucléaires ne pourra être lancé. “La loi est prévue pour être validée au plus tard en juin 2023. C’est une date qui ne peut pas être avancée puisque c’est la révision tous les cinq ans de la PPE”, rapporte Michel Dubromel. 

Les scénarios

RTE et NégaWatt ont publié des scénarios dont “les deux présentations étaient publiques”, relate Michel Dubromel. Mais l’ex-président de FNE se dit “surpris qu’il n’y ait pas beaucoup de communication gouvernementale à ce sujet.” 

Par ailleurs, Michel Dubromel déplore que le scénario de RTE soit beaucoup plus abordé alors que celui de NégaWatt est pourtant plus complet. “Et le gouvernement oublie également de mentionner le scénario ADEME qui sera publié à la fin du mois et qui sera toutes énergies. Nous pensons que ces scénarios sont très utiles puisqu’ils donnent des perspectives sur lesquelles chacun peut se faire son opinion”, juge-t-il. 

Pour Greg de Temmerman, c’est l’annonce d’Emmanuel Macron qui permettra de se positionner sur la question. Le chercheur félicite “cette annonce puisqu’elle assure que l’on va parler d’énergie. Ce qui est important car on sait qu’il y a des décisions à prendre.” Notamment sur la question de reconstruire des EPR ou non. 

Débat sociétal et démocratique

Pour Michel Dubromel, “nous sommes dans une société enivrée aux énergies fossiles et au nucléaire pour la France.” Et l’ingénieur chimiste estime que notre consommation dépasse nos besoins. “D’ailleurs, les scénarios RTE et Négawatt mentionnent comme étape préalable l’étape de sobriété. C’est-à-dire partir sur les besoins pour définir le futur énergétique”, détaille-t-il. 

En somme, ce n’est pas uniquement la consommation d’énergie qui est en cause mais bien l’ensemble de nos modes de vie. “Les principaux postes nous concernent directement : transports, habitat. C’est pour cela que les deux scénarios mentionnent nos modes de vie comme étant une composante du débat”, indique Michel Dubromel. 

Actuellement, il n’y a pas de débat mais une consultation publique lancée par le Ministère de la Transition écologique le 2 novembre. Michel Dubromel rapporte que dans cette consultation, des options sont proposées au public. “Par exemple prendre le pari technologique versus passer par la sobriété d’abord”, cite-t-il.

Et sur Twitter, la députée européenne Aurore Lalucq déclarait que “le choix de construire des EPR relève du débat démocratique. Parce que cela nous engage légèrement plus que la durée d’un mandat présidentiel.”

Jeanne Guarato

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