L’AFP Factcheck publiait ce jeudi cinq idées reçues les plus courantes liées au réchauffement climatique causé par l’activité humaine. Natura Sciences débunke ces fake news avec des chercheurs du CNRS.

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Débunk de cinq fake news sur le réchauffement climatique PHOTO : Kayla Velasquez, Unsplash

Alors que la COP26 s’ouvre dimanche à Glasgow, l’AFP Factcheck publiait ce jeudi 28 octobre une liste non exhaustive de fake news environnementales. Plus précisément, les cinq idées reçues portent sur le réchauffement climatique causé par l’activité humaine. Retour et debunk sur ces fake news avec des chercheurs du CNRS, spécialistes du climat.

1/ Le réchauffement climatique est un complot

Pour certains, la crise climatique n’est qu’une construction de scientifiques pour justifier leurs financements, voire un complot de gouvernements visant à contrôler les peuples. Cette théorie complotiste induit une organisation complexe, coordonnée par des gouvernements successifs dans de nombreux pays avec la complicité de milliers de scientifiques. 

Chercheur du CNRS à l’Institut des géosciences de l’environnement, Gerhard Krinner est climatologue et membre de l’équipe à l’origine du rapport du GIEC publié en août dernier. “On sait depuis plus de cent ans que le CO2 a un effet sur le climat et que ce dernier allait changer”, explique Gerhard Krinner. Il ajoute que des prédictions plus précises ont été faites il y a plus de cinquante ans. “Ces projections sont devenues la réalité qu’on observe. C’est impossible qu’il y ait une conspiration internationale d’une telle envergure”, assure le chercheur. Le climatologue affirme également qu’on ne peut pas fausser les données de milliers de personnes, “ou quelqu’un finirait par parler”, ironise-t-il. 

De plus, ce sont des dizaines de milliers d’études scientifiques qui ont abouti au consensus quasi-unanime sur la réalité du changement climatique. Ce processus est notamment illustré par les travaux du GIEC, ouvert à tous les pays membres de l’ONU. Créé en 1988, le GIEC réunit bénévolement des centaines de scientifiques qui passent en revue l’état des connaissances avec une méthodologie et des références publiques. 

“Il y a même un consensus sur le consensus, avec plusieurs études bibliographiques”, certifie Gerhard Krinner. Le chercheur admet qu’il existe des discussions entre scientifiques “car il y a des désaccords sur des détails”.

2/ Le climat change depuis toujours

La planète Terre connaît depuis longtemps des alternances de périodes glaciaires et plus chaudes, avec une glaciation environ tous les 10 000 ans. D’où l’idée que cette actuelle période de réchauffement ne serait qu’une étape de plus dans ce cycle vieux d’un million d’années. 

En effet, Gerhard Krinner le rappelle, “le climat a toujours changé, à toutes les échelles spatio-temporelles ». Il précise qu’il existe de nombreuses variations comme celle de l’orbite, de composition des océans, qui induisent des changements climatiques. “Mais quasiment à chaque cas, l’effet de serre a eu un rôle d’amplificateur”, assure le chercheur. Notamment pour les cycles glaciaires de 100.000 ans. 

“Ce qui différencie le changement actuel des changements précédents, c’est qu’il est global et extrêmement rapide. On a pris un degré en 50 ans, depuis 1970”, explique le climatologue. En cela, le GIEC souligne que “depuis 1970, la température mondiale a augmenté plus vite que sur toute autre période de 50 ans des deux derniers millénaires ». En comparaison, Gerhard Krinner rapporte que le climat global a augmenté de 4-5°C en quelques 5 000 ans. “Ce n’est pas du tout le même ordre de grandeur de vitesse de changement”, signale le chercheur. 

3/ Il y a des scientifiques climato-sceptiques

Plusieurs sondages menés entre 1997 et 2007 indiquent qu’environ 60% des Américains pensaient alors que les scientifiques ne s’accordent pas sur les causes du réchauffement climatique. Historiquement, la connaissance scientifique se construit par les controverses, puis par l’élaboration d’un consensus des connaissances. 

Dans la communauté scientifique, quelques climato-sceptiques ont marqué les esprits. “Il y a eu Claude Allègre dans un premier temps, puis Vincent Courtillot avec qui on a pas mal échangé”, raconte Didier Hauglustaine, chercheur au CNRS. Selon ce dernier, les sociologues estiment que “si c’est un sujet médiatique comme c’est le cas ici, des voix vont s’élever contre ça”.

Mais Didier Hauglustaine y voit d’autres explications. “Il y a déjà des intérêts personnels. On vend plus de livres en tant que climato-sceptique qu’en étant un climatologue qui fait son travail”, commente-t-il. Le chercheur évoque également des intérêts financiers. “On l’a vu récemment avec Total qui a carrément nié le réchauffement climatique”, déplore-t-il. 

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Cependant, un cas de figure interpelle Didier Hauglustaine. “Ce que j’explique un peu moins, même s’il y en a peu, c’est par exemple Richard Lindzen”, explique-t-il. Richard Lindzen est pourtant un physicien, professeur de météorologie au MIT. “Il a participé à un rapport du GIEC et fait maintenant partie des climato-sceptiques. C’est compliqué de comprendre comment il en est arrivé là”, rapporte le chercheur. 

Pour Catherine Ritz, chercheuse du CNRS au même Institut que Gerhard Krinner, “ce sont des scientifiques renommés dans une autre discipline. Mais le climat est loin d’être leur expertise”. Un constat que confirme Didier Hauglustaine, qui dénonce cette confusion. “Il y a des scientifiques, comme des mathématiciens, des ingénieurs, qui donnent leur avis. Mais il faut être un scientifique reconnu dans le domaine, avoir fait des publications”, argumente-t-il.

4/ Les causes humaines restent à prouver

Certains climato-sceptiques mettent en doute l’origine humaine du réchauffement climatique. Et ce malgré les émissions de gaz à effet de serre causées par les activités humaines depuis la révolution industrielle. 

“La technique appliquée est de demander quelque chose d’impossible aux climatologues”, déplore Gerhard Krinner. Pour prouver le sens irréfutable, “il faudrait avoir une centaine de planètes Terre identiques”, notifie-t-il. Puis il faudrait soumettre cinquante de ces planètes à un forçage de CO2 anthropogénique et les comparer aux cinquante autres. “Il faudrait une étude comme on en fait en médecine, avec cent patients qu’on peut soumettre à un protocole expérimental. Ce qui est impossible en géosciences et astronomie”, assure le chercheur. 

Pour établir des faits, “on se base sur plusieurs faisceaux de preuves”, décrit Gerhard Krinner. Le premier faisceau est de constater que ce qui était prédit il y a cinquante ans s’est avéré. En d’autres termes, “on a une théorie sur laquelle on fait une prédiction qui s’avère ou non. C’est ce qui s’est passé avec la théorie de la gravitation et c’est pareil pour le réchauffement climatique”, relate le chercheur. 

Le deuxième faisceau est la méthode de modélisation. En l’occurrence, “on crée un modèle qui correspond au climat qu’on observe avec tous les facteurs nécessaires”, indique Gerhard Krinner. Dans son résumé pour décideurs, le GIEC a mis au point une modélisation pour mesurer les impacts de différents facteurs sur le réchauffement. En conclusion, “il est sans équivoque que l’influence humaine a réchauffé l’atmosphère, les océans et la terre », écrit le groupe d’experts. 

Un autre faisceau de preuves est l’empreinte digitale de l’effet de serre. “Par exemple, le réchauffement climatique est fort dans la basse atmosphère et on observe un refroidissement dans la haute atmosphère”, illustre Gérhard Krinner. Ce phénomène est dû au mécanisme de l’atmosphère qui garde la chaleur en bas. “C’est pour la mise au point de ces travaux d’empreinte digitale que Klaus Hasselmann a reçu le prix Nobel de physique, indique le chercheur. 

5/ Il fait froid et on parle de réchauffement climatique?

Le climat et ses évolutions s’observent sur le long terme alors que les phénomènes météo ont leurs propres mécanismes, plus immédiats. Par ailleurs, un monde à +2°C par rapport à l’ère pré-industrielle ferait monter d’un demi-mètre ou plus le niveau de la mer, menaçant des millions d’habitants de zones côtières. 

Lorsqu’il était président des États-Unis, Donald Trump posait la question suivante : si la planète se réchauffe, pourquoi y a-t-il toujours des épisodes de grand froid ? “Il y aura toujours des épisodes de froid mais de moins en moins”, répond Gerhard Krinner.

Le chercheur explique que la NOAA, météo américaine, compte chaque année les nouveaux records de froid et de chaud dans le monde. “Et on observe tous les ans cinq fois plus de nouveaux records de chaud que de froid”, constate-t-il. Le climatologue précise également qu’un record de froid n’est “absolument pas une preuve contre le réchauffement climatique. Surtout si la série est courte”.

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Et Gerhard Krinner alerte sur les limites de l’adaptation au changement climatique. “J’aimerais réagir à ceux qui disent que ça ne fait pas de mal, on aime bien quand il fait chaud ou froid”, énonce le chercheur. Certes, toutes les sociétés se sont adaptées au climat dans lequel elles ont évolué. “Mais tout changement de climat induit des coûts d’adaptation”, rappelle-t-il.

Il existe aussi des écosystèmes qui ne peuvent pas s’adapter rapidement. “Par exemple, les plantes n’ont pas de petites pattes avec lesquelles se déplacer pour trouver un endroit plus froid quand le climat se réchauffe”, vulgarise-t-il.

L’adaptation a “de toute façon des limites, même pour les systèmes humains”, enseigne le chercheur. “Aujourd’hui on sait que par rapport aux coûts, il serait beaucoup moins cher d’atténuer le changement climatique que de s’y adapter”, résume Gerhard Krinner. À long terme, il serait alors bénéfique de travailler sur l’atténuation plutôt que sur l’adaptation. 

Jeanne Guarato

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