La France organise à partir d’aujourd’hui la 43ème Réunion consultative du Traité sur l’Antarctique. Elle regroupe 54 États signataires pour des consultations sur la gouvernance derrière lesquelles se joue la sauvegarde de la biodiversité du “continent blanc”. Il s’agit d’une étape importante dans le processus de création de nouvelles aires marines protégées.

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Migration annuelle du pingouin d’Adélie dans les îles Orcades du Sud, première aire marine protégée de l’Antarctique depuis 2009. // PHOTO : Ivan Hoermann / Shutterstock

La France accueille pour la première fois depuis 1989 la Réunion consultative du Traité sur l’Antarctique (RCTA) du 14 au 24 juin. Cette réunion permet aux États parties de prendre des mesures pour assurer le respect des objectifs du Traité sur l’Antarctique et du protocole dit “de Madrid”, relatif à la protection de l’environnement antarctique et signé en octobre 1991. Les RCTA sont organisées pour proposer aux gouvernements des mesures destinées à faciliter la recherche scientifique dans l’Antarctique. Elles traitent aussi de l’exercice de la juridiction dans l’Antarctique, et de la protection de la faune et la flore.

Signé en 1959 par 12 pays (dont la France, le Royaume-Uni et les États-Unis), le Traité sur l’Antarctique a depuis été rejoint par 42 autres États. Il stipule que le “continent blanc” est réservé exclusivement aux activités pacifiques et scientifiques. Il gèle également toute revendication territoriale en promouvant la coopération internationale.

La création de nouvelles aires marines protégées en question

Les États parties se réuniront pendant dix jours en visioconférence. En coulisses se jouera aussi l’épineuse question des aires marines bordant l’Antarctique. Car cette nouvelle RCTA intervient dans un contexte de tension internationale au sujet de la création de la nouvelles aires marines protégées (AMP) dans la région. Or, comme le rappelle Romain Troublé : “Les eaux autour de l’Antarctique sont très riches en biodiversité, en biomasse“. Avec sa Fondation Tara Océan, il organise des expéditions pour étudier et comprendre l’impact des changements climatiques sur nos océans.

Deux AMP existent aujourd’hui. La première a été établie en 2009 dans le plateau sud des îles Orcades du Sud. Elle couvre 94 000 km2. Elle a été suivie en 2016 par l’AMP de la région de la mer de Ross qui couvre 2,09 millions de km2. Mais aujourd’hui, les discussions pour créer de nouvelles AMP patinent. “Nous avons perdu du terrain ces dernières années“, constate Olivier Poivre d’Arvor, ambassadeur de la France pour les pôles et les enjeux maritimes.

L’Europe et l’Amérique du Sud face à la Chine et à la Russie

L’Europe propose deux nouvelles AMP. La première se situerait dans l’Est de l’Océan Austral et protégerait 950 000 km2. Seulement, le dossier avance peu depuis 10 ans. La deuxième se situerait dans la mer de Weddell et s’étendrait sur 1,8 million de km2. Enfin, un troisième projet d’AMP porté par le Chili et l’Argentine depuis 2018 se trouverait dans l’ouest de la péninsule antarctique sur environ 650 000 km2.

Deux pays compliquent les négociations internationales pour créer de nouvelles AMP. Il s’agit de la Chine et de la Russie. “Les raisons évoquées sont diverses : pas assez de données scientifiques, interrogations sur le but de la protection, etc.“, explique Olivier Poivre d’Arvor. L’ambassadeur des Pôles était présent à Moscou récemment pour se rendre au Conseil de l’Arctique. Ce Conseil est un forum intergouvernemental traitant des problèmes rencontrés par les États ayant une partie de leur territoire dans l’espace arctique.

La Chine et la Russie ne semblent en effet pas se préoccuper de la protection des Pôles. L’expérience récente d’Olivier Poivre d’Arvor à Moscou en témoigne : “Mes premiers interlocuteurs étaient des agences de pêche. J’ai dit que c’était pas possible et j’ai finalement pu avoir des interlocuteurs politiques“.

Une région indispensable pour la préservation du climat

L’Océan Austral entoure l’Antarctique. Ses eaux abritent des milliers d’espèces et jouent un rôle crucial pour la santé de l’océan à l’échelle mondiale. Il absorbe ainsi près de 75% de la chaleur excédentaire stockée par l’océan global. Il séquestre aussi environ 35% de CO2 en surplus dans l’atmosphère. C’est le principal accumulateur de chaleur et de puits de carbone de la planète. Laurence de la Ferrière, alpiniste et exploratrice, résume les enjeux autour de ces eaux : “Protéger l’Antarctique, c’est protéger la Terre en général“.

Le courant circumpolaire antarctique, qui coule d’ouest en est autour de l’Antarctique, est responsable du maintien de la biodiversité marine dans le monde entier grâce à sa dispersion des nutriments et le krill antarctique. Ce dernier comprend de minuscules invertébrés, ressemblant à des crevettes, qui se nourrissent de phytoplancton. C’est l’une des espèces les plus abondantes sur Terre. Il constitue l’alimentation de base de très nombreux animaux, comme les baleines, dauphins, calmars, phoques et autres oiseaux marins. Or, la pêche convoite fortement ce krill. “S’il est dévasté, cette faune va disparaître“, alerte Olivier Poivre d’Arvor.

Outre le krill, l’Océan Austral abrite des milliers d’espèces rares et sert d’habitat à des millions de manchots Adélie et empereurs. Mais, en raison du changement climatique, le recul de la banquise entraîne des surmortalités de poussins. Pour mobiliser l’opinion publique sur ces enjeux, la France organise du 23 juin au 10 octobre “l’Eté polaire“. Il s’agit d’une saison culturelle et éducative qui accueillera une centaine d’événements dans 26 “villes polaires” françaises. Parmi eux, une exposition de photos grand format de la banquise, placardées sur des façades publiques.

Jérémy Hernando

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