Dans sa stratégie de lutte contre le réchauffement climatique, Paris prévoit de créer des forêts urbaines. Les arbres en ville permettent de lutter contre les îlots de chaleur et atténuer les conséquences du réchauffement climatique. Mais d’un point de vue scientifique, la réimplantation doit répondre à certains critères pour être bénéfique.

Le reboisement des villes ne peut être utile face au réchauffement climatique que s'il respecte certaines règles avertit la communauté scientifique
D’ici 2026, Paris replantera 170.000 arbres dans ses rues et parcs. Marie Simonin, chercheuse à l’Inrae, espère que le plan d’urbanisme prend en compte l’acceptabilité des riverains. // PHOTO : Vincent Desjardins / Flickr

De plus en plus de villes veulent planter des arbres pour se prémunir contre la hausse des températures. Début octobre, la maire de Paris Anne Hidalgo annonçait la création d’un « Plan arbres« . La capitale veut ainsi faire face aux méfaits du réchauffement climatique. D’ici 2026, la municipalité ambitionne de replanter 170.000 arbres et d’ajouter 30 hectares d’espaces verts. « Développer la présence de l’arbre à Paris comme dans toutes les grandes villes est incontournable. Il permet notamment de rafraîchir les villes grâce à son ombre et à son évapotranspiration [la capacité à renvoyer de l’eau vers l’atmosphère, NDLR] », explique Christophe Najdovski, adjoint à la maire de Paris en charge de la végétalisation de l’espace public.

Selon l’Office national des forêts (ONF), l’idée parisienne a du sens. Ce 8 décembre, à l’occasion de la journée mondiale du climat, l’ONF rappelait que les arbres font « partie de la solution pour lutter contre le changement climatique ». Dans le même temps, l’organisme alerte sur le fait que ce même réchauffement cause de lourds dommages aux végétaux. Depuis 2018, 300.000 hectares de forêts publiques, soit l’équivalent de 30 fois Paris, ont ainsi disparu du fait de la sécheresse, des incendies, des attaques d’insectes et des maladies.

Arbres en ville, captage carbone et zones ombrages

La communauté scientifique perçoit positivement l’augmentation du nombre d’arbres en ville. « Au-delà du captage de carbone, les arbres apportent de l’ombre, permettent de lutter contre les îlots de chaleur et améliorent le cadre de vie des riverains », souligne Marie Simonin, écologue et microbiologiste à l’Institut national de la recherche agronomique (Inrae). Cependant, cette dernière rappelle que seules les essences variées peuvent rendre les replantations vertueuses. La chercheuse assure que de cette façon, « les arbres peuvent favoriser le retour d’une biodiversité perdue en ville ».

Pour le moment, Paris ne sait pas encore quelles variétés seront réinstallées dans ses rues. Christophe Najdowski dévoile que « grâce à une étude débutée en 2018, [Paris aura] début 2022 un guide pratique pour savoir quels sont les arbres susceptibles de mieux s’adapter au réchauffement climatique ». Les variétés sélectionnées devront supporter les températures haussières attendues durant la seconde moitié du siècle.

De plus, les forêts urbaines doivent éviter la monoculture. À cause d’elle, « le long du canal du Midi, les platanes meurent. Nombre d’entre eux sont atteints de chancre coloré, une maladie qui leur est fatale », précise l’écologue. En effet, lorsque plusieurs individus d’une même espèce se côtoient, les maladies se propagent plus rapidement. La présence de plusieurs essences différentes pourrait ainsi limiter la propagation des pathologies.

« Il faut savoir ce que l’on veut »

Autre problème : tous les arbres plantés dans une ville ne survivent pas. Sur les 170.000 arbres que Paris prévoit de planter d’ici 2026, plusieurs milliers ne grandiront pas. « C’est bien d’annoncer ces chiffres. Mais ce serait mieux encore d’afficher des objectifs moins ambitieux mais plus réalistes. Planter des arbres juste pour planter des arbres, ce n’est pas très utile », rappelle Marie Simonin.

Les populations locales peuvent, elles aussi, être des menaces sur les arbres plantés en ville. « Les plans d’urbanisme doivent impérativement prendre en compte le potentiel d’acceptation des nouveaux arbres par les riverains. Sans cela, la réimplantation a des risques d’échouer », avertit l’écologue de l’Inrae. Mais à la mairie de Paris, cet argument n’est pas recevable. « Il faut savoir ce que l’on veut », répond Christophe Najdowski. L’adjoint chargé de l’urbanisme « assume planter des arbres plutôt que de voir des rues bitumées où surchauffent des boîtes métalliques [les voitures, NDLR] ». La réserve de Marie Simonin est d’autant plus fondée qu’à Paris, le nouveau plan local d’urbanisme prévoit l’installation d’arbres sur d’actuelles places de parking.

Chaymaa Deb

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