La disparition des terres agricoles constitue une catastrophe de grande ampleur. Chaque année, l’hexagone transforme 66 000 hectares d’espaces naturels en espaces artificialisés. Une menace pour l’agriculture, mais aussi pour la biodiversité, en priorité à cause du rêve pavillonnaire. Un rêve renforcé par le confinement.

rêve pavillonnaire

L’aménagement de nouvelles zones pavillonnaires est souvent oublié pour lutter contre l’artificialisation des sols. PHOTO//CC0 Domaine public

Et si l’on s’intéressait au rêve pavillonnaire ? « La France, pour ne parler que d’elle, a perdu un quart de sa surface agricole sur les 50 dernières années. Pour y remédier, nous avons fait ce choix radical avec le gouvernement de viser le “zéro artificialisation nette” et donc nous sommes en train de voir comment tenir cet engagement, en particulier dans nos politiques d’urbanisme. », a annoncé le Président de la République au salon de l’agriculture 2019 à Paris.

Vers zéro artificialisation nette

Une lutte contre la bétonisation qui s’incarne dans l’objectif gouvernemental de « zéro artificialisation nette ». Pour les autorités, il s’agit de faire en sorte que chaque fois qu’une surface est artificialisée, la même superficie soit rendue à la nature, ailleurs. Une mesure déjà défendue par Nicolas Hulot lorsqu’il était ministre, notamment avec son plan biodiversité proposé en juillet 2017.

Mais à qui est imputable ce recul de la surface occupée par les terres cultivables ? Le Président de la République a dénoncé dans son discours les « zones commerciales, les zones industrielles et les zones de logistiques ». L’ancien ministre de la transition écologique et solidaire Nicolas Hulot pointait du doigt pour sa part les nouveaux « complexes de loisirs », comme le gigantesque Europacity prévu aux portes de Paris à l’horizon 2024. Un projet annulé par l’Élysée en novembre 2019.

Lire aussi : Rendre sa maison plus respectueuse de l’environnement : mode d’emploi

Un secteur trop oublié : le logement et le rêve pavillonnaire

Les responsables politiques peinent déjà à s’opposer aux projets comme Europacity, ou les zones industrielles. Mais ils laissent de côté le principal responsable de l’artificialisation des sols : le secteur du logement. Une situation qui implique une profonde réflexion sur l’habitat urbain. Comment limiter les constructions de logements ?

Entre 2006 et 2014, selon un rapport du Comité pour l’Economie Verte, le commerce dans son ensemble n’a représenté que 5 % des sols artificialisés, contre 8 % pour l’agriculture, 16 % pour les réseaux routiers et surtout 50 % pour le logement. La disparition de la surface cultivable en France est donc largement imputable aux très nombreuses constructions de nouvelles habitations. Principal responsable, le rêve pavillonnaire. Car l’aspiration de nombreux Français à accéder à la propriété et à la maison individuelle se révèle être un véritable défi pour l’aménagement du territoire et pour la sauvegarde de l’environnement. L’habitat individuel est ainsi responsable de 47% de l’artificialisation nouvelle, contre 3% pour l’habitat collectif.

Une note de l’Institut du Développement durable et des relations internationales (IDDRI) de janvier dernier décrit ainsi « un étalement quotidien généralisé en France ». La problématique concerne en priorité un tiers des départements français, notamment sur la façade atlantique et sur la Côte d’Azur. Des zones sans poussée démographique ou une croissance économique particulière, mais où les lotissements se multiplient.

La maison individuelle comme idéal

Aujourd’hui dans l’Hexagone, les maisons individuelles représentent 56 % des logements. 80 % des Français les jugent comme « le logement idéal ». Un modèle qui n’est pourtant pas viable sur le long terme. Économiquement et culturellement, les pouvoirs publics et les promoteurs doivent effectuer un virage à 180 degrés. Comme l’explique le quotidien Le Monde dans un dossier du 9 mars dernier, « L’urbanisme est mis au défi d’inventer des maisons mitoyennes, des hameaux compacts, des petits immeubles avec jardin privatif, de densifier en douceur le pavillonnaire existant, d’insuffler de l’urbanité dans les lotissements… ».

Changement d’autant plus impératif qu’une part croissante des difficultés économiques des Français réside dans cet étalement urbain. Ce dernier appauvrit les centres-villes et augmente le trajet entre le domicile et le travail. La question du prix de l’essence, à l’origine de la crise des gilets jaunes, rappelle à quel point ce sujet de la distance effectuée lors des migrations pendulaires demeure structurant pour l’aménagement du territoire.

Pour limiter l’artificialisation des sols, la priorité repose donc sur la capacité de l’État, des communes et des promoteurs à limiter la construction d’habitations calquées sur le modèle des lotissements de maisons individuelles. D’autres modes de vies en commun sont à imaginer, pour densifier harmonieusement les zones urbaines. Mais la question n’est pas seulement économique ou juridique, elle est aussi culturelle. Il faut se demander pourquoi l’habitat collectif ne fait plus rêver. Pourquoi les Français, qui plébiscitaient les banlieues avec des « habitations à loyers modérés » dans les années 60, les fuient désormais ? Réenchanter l’habitat collectif, voilà le défi.

Auteur : Chaymaa Deb, journaliste du magazine Natura Sciences


La rédaction vous conseille aussi :