Alors que se tient actuellement la COP26 à Glasgow, Jean-Baptiste Sallée, Joël Guiot et Julia Hidalgo, tous trois chercheurs du CNRS partagent leurs savoirs concernant notre avenir climatique.

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À quoi ressemblera notre avenir climatique ? Il dépend largement de nos choix actuels, même si certains points de bascule sont déjà atteints, assurent trois chercheurs du CNRS. // PHOTO : Alexandros Michailidis / Shutterstock

Le réchauffement climatique est global, et sans précédent depuis plus de 2.000 ans. « Quand on regarde les projections futures, on se rend compte que ce changement est sans retour. On peut le stabiliser, en fonction des choix collectifs de nos sociétés . Mais on ne reviendra pas à des températures qu’ont connues nos parents ou grands-parents », affirme Jean-Baptiste Sallée, océanographe au CNRS et auteur principal du premier volume du dernier rapport du Giec. Ces choix collectifs peuvent avoir un impact important sur le futur des vagues de chaleurs, les inondations et les sécheresses.

Des points de bascule et des points de non-retour du changement climatique

« La bonne nouvelle c’est qu’on peut encore choisir dans quel monde nous allons vivre. On ne reviendra pas en arrière, mais on peut arrêter ces changements à un niveau donné », selon l’océanographe. Pour cause, si le réchauffement est limité à 1,5°C, les vagues de chaleur sont toute de même quatre fois plus probables. Elles seraient neuf fois plus probables si l’augmentation est de 4°C.

Par contre, certains points de bascule ont d’ores et déjà été atteints. « C’est pas forcément réjouissant, mais c’est important à saisir pour prendre conscience de la responsabilité historique qu’ont des réunions comme celle de Glasgow », insiste Jean-Baptiste Sallée. Des points de non retours ont donc été atteints. Quoi que l’on fasse, on ne pourra plus les arrêter. Ça continuera de changer pendant des centaines de milliers d’années”, affirme-t-il. Cela concerne notamment le réchauffement des océans, la fonte de la calotte glaciaire, et par extension la hausse du niveau des mers. Mais là encore, le rythme dépendra tout de même de nos émissions de gaz à effet de serre futures.

Comment ce changement climatique se traduit-il dans nos régions?

Dans le cadre de ses recherches, Joël Guiot, paléoclimatologue au CNRS, s’intéresse plus particulièrement au cas de la France dans un contexte de réchauffement climatique. « Dans un scénario où on ne fait rien pour réduire nos émissions de gaz à effet de serre, on peut voir que les zones où le réchauffement sera le plus fort sont les zones qui sont déjà les plus chaudes », explique-t-il. Par exemple, il sera plus probables de rencontrer des vagues de chaleurs et des canicules dans les espaces méditerranéens. Il en va de même pour les endroits qui subissent déjà des vagues de sécheresses. Là-aussi, les risques s’accentueront et impacteront la faune et la flore. « En 2100 on risque de connaître une extension de la végétation méditerranéenne jusque dans la région de Bordeaux », alerte Joël Guiot.

« Si on regarde au niveau des événements météorologiques extrêmes, c’est sûrement là qu’il y a le plus de craintes à avoir », souligne le paléoclimatologue. Pour cause, alors que ces phénomènes sont déjà de plus en plus visibles à travers la planète, « ils ont une probabilité de plus en plus forte d’arriver », explique-t-il. Dès lors, davantage de canicules, d’inondations, de sécheresses et de feux de forêts, sont à prévoir. « Tous les événements extrêmes sont catalogués et cartographiés depuis 2001. 2.068 événements naturels dommageables ont été répertoriés en France. Ils ont entraîné plus de 30.000 morts et un coût payé par les assurances de 55 milliards d’euros. Cela rappelle que ne rien faire va coûter plus cher que d’agir contre le dérèglement climatique », souligne Joël Guiot.

Adapter les villes au climat de demain

Face à ces risques, les villes doivent évoluer avec de nouvelles contraintes. « Les villes françaises doivent s’attendre à plusieurs impacts. Les vagues de chaleur sont déjà observables en France. On a aussi des précipitations intenses, des impacts sur les littoraux et sur le mouvement des sols argileux », souligne Julia Hidalgo, spécialiste de climatologie urbaine au CNRS. Si ces épisodes se manifestent à l’échelle nationale, d’autres arrivent au niveau local. « Les villes, en modifiant la topographie, les échanges de chaleur, les composés chimiques de l’atmosphère et les cycles de l’eau, vont créer différents phénomènes météorologiques. Cela aggravera la vulnérabilité territoriale et aura des impacts sur la santé publique. Cela impactera aussi l »attractivité de la ville, et la consommation d’énergie », rappelle la spécialiste.

Plusieurs leviers existent cependant pour s’adapter à la chaleur grâce à l’urbanisme. Par exemple, il est possible de minimiser les surfaces artificielles, en conservant des espaces de végétation. Il existe également plusieurs techniques pour créer des espaces d’ombres, ou encore des méthodes d’isolation grâce à des matériaux adaptés. « Il est aussi possible de travailler sur l’orientation des rues et des bâtiments. On peut alors tirer parti du rafraîchissement par le vent par exemple », indique-t-elle. Chacune des méthodes doit s’adapter à son territoire. Pour ce faire, il est donc essentiel de territorialiser le diagnostic climatique. Des équipes interdisciplinaires ont donc été montées pour collecter les information climatiques localement, en vue de les mettre une cartographie à disposition des urbanistes.

Ouns Hamdi

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