Le dernier rapport de la Fondation Ellen MacArthur et du PNUE sur l’Engagement mondial pour la nouvelle économie des plastiques souligne les progrès des entreprises. Mais Lily Shepherd, responsable du programme à la fondation, indique que la transition vers le plastique recyclé doit s’accélérer.

L’Engagement mondial pour une nouvelle économie du plastique prend de l’ampleur PHOTO : S.Suphon // Shutterstock

La Fondation Ellen MacArthur avec le Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE) publiait mi-novembre son rapport 2021. L’Engagement mondial réunit plus de 500 organisations derrière une vision commune d’une économie circulaire pour les plastiques. Le dernier rapport du programme souligne les progrès des entreprises signataires. Mais Lily Shepherd, responsable du programme, alerte sur le besoin de réduire l’emballage à usage unique pour transitionner vers le plastique recyclé.

Les entreprises, représentant 20% des emballages en plastique produits dans le monde, se sont fixées des objectifs ambitieux pour 2025. De grandes firmes, comme l’Oréal, Coca-Cola, Unilever, Veolia ou encore Suez sont signataires.

Selon la fondation et le PNUE, l’utilisation de plastique vierge devrait diminuer de près de 20% pour les grandes marques. Le rapport souligne qu’après des décennies de croissance, l’utilisation de plastique vierge a atteint un pic en 2021 pour ces marques.

Un programme ambitieux contre le plastique

Lily Shepherd, responsable de programme Engagement Global à la Fondation Ellen MacArthur, détaille les tenants et aboutissants de l’initiative. “Nous avons six des dix plus grands PGC (produits de grande consommation)  en tant que signataires de l’Engagement mondial : Nestlé, Pepsico, Unilever, Coca-Cola, Mars Incorporated et L’Oréal”, liste la responsable. Ensemble, ces six représentent une production de plus de 7,5 millions de tonnes de plastiques par an. 

Ces entreprises sont rejointes par d’autres PGC ainsi que par de grands détaillants, comme Walmart, et des producteurs d’emballages. “Ils ont tous travaillé sur des engagements 2025 pour éliminer les emballages plastiques, en passant des modèles à usage unique aux modèles de réutilisation”, explique Lily Shepherd. L’objectif est d’atteindre des emballages en plastique 100% réutilisables, recyclables ou compostables. Et ce, en augmentant la proportion de contenu recyclé post-consommation dans leurs emballages en plastique.

Fixer un objectif de réduction est devenu obligatoire en 2021 pour les 62 marques et distributeurs signataires de l’Engagement mondial. Cet objectif doit permettre de réduire la production de 8 millions de tonnes de plastique vierge par an d’ici 2025.

20% des entreprises progressent

Les entreprises signataires de l’Engagement mondial essaient d’incorporer davantage de contenu recyclé post-consommation dans leurs emballages en plastique. “En particulier en se concentrant sur les catégories d’emballages et de matériaux pour lesquels l’offre de contenu recyclé est la plus importante comme les bouteilles en PET”, précise Lily Shepherd. Les entreprises fixent des priorités en interne pour que les équipes fassent du contenu recyclé une priorité. “Ce qui implique un budget dédié, ainsi que de travailler avec les recycleurs pour sécuriser l’approvisionnement futur”, indique la responsable.

La Fondation MacArthur estime couvrir 20% du marché des emballages, “mais les 80% restants de la production proviennent d’entreprises qui n’ont pas adhéré à l’Engagement mondial, déplore Lily Shepherd. Or il est peu probable que ces entreprises agissent suffisamment pour réduire leur production plastique.”

Un manque d’investissements

À la tête de la fondation, Ellen MacArthur rappelait que “l’élimination des emballages à usage unique est un élément essentiel de la solution. Il est alarmant que notre rapport montre que peu d’investissements ont été faits dans ce domaine.Un manque d’investissements que confirme Lily Shepherd. “Nous n’avons pas de données spécifiques sur les investissements en dollars réalisés. Cependant, plus de la moitié de nos signataires déclarent 0% d’emballages réutilisables”, pointe-t-elle. 

Par ailleurs, seulement 23% des signataires des marques et des détaillants ont augmenté leur pourcentage d’emballages réutilisables. Ce manque d’efforts indique que la plupart des entreprises n’investissent pas assez pour conduire une transition vers le plastique recyclé ou réutilisable.

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En finir avec l’emballage à usage unique

À travers la loi anti-gaspillage pour économie circulaire de février 2020, la France se dote d’un objectif de sortie des emballages en plastique à usage unique d’ici 2040. La loi promet d’ici fin 2025 la réduction de 100% de ces emballages dits inutiles. Par exemple, les blisters plastiques autour des piles et des ampoules.

Afin d’éviter le besoin d’emballage, les entreprises doivent “repenser fondamentalement l’emballage, les produits, les modèles commerciaux ou les chaînes d’approvisionnement”, estime Lily Shepherd. Il existe de nombreuses manières d’y parvenir, “des simples opportunités d’éliminer directement les emballages inutiles au passage à des modèles de réutilisation”, affirme Lily Shepherd. En plus des solutions plus innovantes comme le passage à des versions solides de produits qui ne nécessitent aucun emballage. Mais aussi la recherche d’enrobages comestibles ou d’emballages solubles.

Vers un accord mondial sur les plastiques en 2022

Environ 80 grandes entreprises soutiennent l’appel lancé par la fondation pour un traité contraignant des Nations Unies sur les plastiques. “C’est la reconnaissance que les initiatives volontaires à elles seules ne suffiront pas à éliminer les déchets plastiques et la pollution”, partage Lily Shepherd. 

En février 2022, les gouvernements nationaux se réuniront pour la prochaine session de l’Assemblée des Nations Unies pour l’environnement. Une centaine de pays ont explicitement exprimé leur soutien à l’ouverture de négociations sur un accord mondial sur les plastiques en 2022. “Une opportunité unique de conduire une action mondiale ambitieuse sur la pollution plastique que la communauté internationale doit saisir”, souligne la responsable du programme.

Jeanne Guarato

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