Le président de la COP21 fait un passage éclair à la COP26, à Glasgow. À cette occasion, Laurent Fabius rencontre plusieurs représentants au cœur des négociations de ces deux semaines. Mais derrière l’apparente volonté d’entente, ce dernier relève trois points de blocage majeurs. Ils concernent les objectifs climatiques, la finance et l’article 6 de l’Accord de Paris.

Le président de la COP21 Laurent Fabius se rend à la COP26
Laurent Fabius profite de son passage à la COP26 pour rappeler que les Etats doivent encore s’entendre sur l’article 6 de l’Accord de Paris. // Léo Sanmarty / Natura Sciences

COP un jour, COP toujours. Laurent Fabius est de passage pour 24 heures à Glasgow, où se tient actuellement la COP26. Le président de la COP21 profite de ce passage éclair pour rencontrer quelques personnalités politiques. « J’ai pu échanger avec John Kerry, le princes Charles, ou encore Patricia Espinosa », secrétaire exécutive de la convention cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC), confie Laurent Fabius lors d’une conférence de presse.

Ce dernier a même conseillé à Alok Sharma, président de la COP26, de prendre soin de lui. L’ancien ministre des Affaires étrangères se souvient : « lors de la COP21, j’avais perdu sept kilos ». Au-delà de ces échanges courtois, Laurent Fabius est à Glasgow pour savoir si cette COP26 est digne des ambitions de l’Accord de Paris signé en 2015. « La COP26 doit être l’accélérateur de l’Accord de Paris », déclare-t-il.

Alors que la première semaine de la COP26 approche de son terme, Laurent Fabius se montre plutôt positif. « Les gens sont dans l’ensemble plus optimistes que durant les premiers jours », constate-t-il. Selon le président de la COP21, cela s’explique par le fait que la plupart des pays espèrent pouvoir s’accorder.

Laurent Fabius rappelle les prévisions scientifiques

Laurent Fabius rappelle qu’il est toutefois nécessaire de rester prudent. « Ce n’est qu’à la fin que se jauge effectivement la réussite d’une COP », juge l’ancien homme politique. Il tient également à signifier que l’endiguement du réchauffement climatique à 2°C est loin d’être acquis. Il avertit que « les scientifiques démontrent qu’actuellement, nous nous dirigeons plutôt vers une hausse des températures de 2,7°C ». Cette mauvaise trajectoire est le premier nœud que relève Laurent Fabius.

Face à ce constat, l’ancien ministre des Affaires étrangères rappelle l’existence de l’article 4.11 de l’Accord de Paris. Celui-ci prévoit que les signataires peuvent à tout moment fixer des objectifs plus ambitieux et leur échéance. « Il ne faudrait pas que les États le fassent dans trop longtemps », s’inquiète Laurent Fabius. Pour lui, l’affirmation des ambitions climatiques des parties est une nécessité impérieuse.

L’histoire sans fin de l’article 6

Mais la prise de conscience des enjeux scientifiques et la bonne entente entre les dirigeants ne sauraient être gageures de la réussite de la COP26. Actuellement, l’article 6 de l’Accord de Paris reste un deuxième grand point de blocage. Ce texte concerne l’aide que les pays riches doivent apporter aux pays en développement pour les aider à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre.

Or, l’écriture de ce texte n’est toujours pas finalisée car les parties ne se sont pas mises d’accord. « Je serais très déçu si nous n’arrivions pas à trouver un accord sur ce point. Six ans après Paris, il serait normal et juste d’aboutir à une décision », considère l’ancien ministre. Le sujet est épineux. Mais Laurent Fabius a bon espoir de voir arriver une concorde avant la fin de la COP26.

Les 100 milliards de dollars, point noir de la COP26

Le troisième grand frein que déplore Laurent Fabius concerne la finance. En 2009, lors de la conférence sur le climat de Copenhague, les pays du Nord s’étaient engagés à verser chaque année aux nations du Sud 100 milliards de dollars pour les aider dans la lutte contre le réchauffement climatique. L’accord aurait dû être tenu depuis 2020. Aujourd’hui, il n’en est rien. Laurent Fabius regrette que « douze ans plus tard, nous ne [soyons] pas encore au point sur ce sujet ».

Malgré « l’absolue nécessité » d’aboutir à un consensus rapidement, l’ancien ministre des Affaires étrangères est pessimiste. « Il ne sera malheureusement pas possible de trouver une issue cette année, mais j’espère que cela pourra être possible rapidement. J’espère que ce sera réglé, mais si ça ne l’est pas, il faudra décider d’une date. Si ce n’est pas cette année, il faudra que ce soit pendant la COP27, en Égypte. Ce point est très difficile à gérer », confesse-t-il.

Chaymaa Deb

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