L’Ordre des géomètres a mesuré à la mi-septembre l’altitude du mont Blanc. Depuis sa dernière mesure officielle en 2017, le sommet a perdu quelques centimètres. Il est passé de 4808,72 m à 4807,81 m en 2021. Entretien avec Ludovic Ravanel, géomorphologue au CNRS, spécialisé en hautes montagnes, pour comprendre ce phénomène.

Mesuré tous les deux ans par une équipe d’experts géomètres, le mont Blanc s’élève à présent 4807,81m d’altitude / PHOTO : Sergey Skleznev / Shutterstock

Natura sciences : Depuis sa dernière mesure officielle en 2017, le mont Blanc est passé de 4808,72 m à 4807,81 m en septembre 2021. Comment expliquer cette perte de centimètres ?

Ludovic Ravanel : Le mont Blanc est un massif des Alpes occidental externe. C’est le premier massif de très haute montagne pour les masses d’air qui proviennent essentiellement de cette région, de l’ouest et du nord ouest. Le vent balaye le sommet qui est recouvert de neige. Sa hauteur dépend donc des pluies importées sous forme de neige qui repartent sous la force du vent. C’est essentiellement l’épaisseur de la calotte qui varie légèrement, puisque la taille du mont Blanc, physiquement, dépend de la calotte glacière.

La hauteur du sommet est mesuré tous les deux ans. Quel en est le but ?

Tout d’abord, la mesure n’est pas du tout assurée par des chercheurs scientifiques. C’est un cabinet d’experts géomètres qui relève, à pieds, la hauteur du sommet du mont Blanc à l’aide d’un GPS différentiel. Il n’y a pas d’implication scientifique derrière, si ce n’est d’avoir une idée très précise de l’altitude exacte du mont Blanc. Et comme toutes les calottes glacières, le mont Blanc est susceptible de varier de quelques mètres ou de quelques dizaines de centimètres. Cela varie en fonction des années. La mesure a été faite il y a une quinzaine de jours. Si on recommençait aujourd’hui, l’altitude varierait encore.  

Toutefois, à l’occasion des mesures d’altitude, il faut quand même un modèle numérique en trois dimensions, afin d’observer les secteurs qui gagnent de la masse et ceux qui en perdent. Cela est scientifiquement plus important que le simple fait de savoir si on a perdu quelques dizaines de centimètres.

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Donc, durant les années à venir, la taille du mont Blanc peut encore diminuer davantage ?

Pas forcément. En 2019, les chiffres n’ont pas été communiqués. La hauteur était de 4806,03 m. Comme on peut le constater, la taille du mont Blanc a augmenté depuis deux ans. Mais depuis, il est peut-être passé en dessous de 4806 m, ou passé au dessus de 4808 m. C’est complètement dépendant du vent et de la neige.

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Cette variation a-t-elle un impact sur l’environnement ?

Absolument pas. Il n’y a pas d’incidence sur ces variations et elles ne témoignent pas non plus d’un phénomène quelconque. Alors, évidemment, quand on parle de glacier, on pense au réchauffement climatique. Alors, si exceptionnellement il commence à y avoir des températures très légèrement positives au dessus du sommet du mont Blanc pendant les périodes caniculaires, ces températures positives sont à même de faire varier les chutes de neige et la présence de glace sur le sommet.

Donc, pour l’instant, et heureusement à 4800 m d’altitude, il n’y a pas encore d’effet du réchauffement climatique, si ce n’est peut-être une augmentation de la température des glaces elle-même. Mais on reste de toute façon à des températures très largement négatives. Il n’y a donc pas de modification d’aréologie, c’est à dire de l’écoulement du glacier en tant que tel.

Propos recueillis par Sophie Cayuela

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Cédric Daviet

A savoir que ce n’est pas que l’altitude qui est mesurée mais bien l’ensemble de la calotte somitale qui est modélisée. Les medias ne parlent que de l’altitude mais ces campagnes de mesures sont bien plus complètes.
La mesure est faite par une association de géomètres-experts bénévoles.