Cette année, l’influenza aviaire causée par le virus H5N8 semble particulièrement virulent. Comment les services de l’État tentent-ils de lutter contre cette flambée épizootique? Entretien avec Gilles Salvat, directeur de la santé animale et du bien-être animal à l’Anses.

Face à l'influenza aviaire H5N8, des vétérinaires dépeuplent et désinfectent un élevage de canards
Une nouvelle épizootie d’influenza aviaire hautement pathogène H5N8 fait rage dans les élevages de canards du sud de la France. PHOTO//Shutterstock

L’État a déjà fait abattre près de 700.000 canards depuis début décembre en France face à la nouvelle épizootie d’influenza aviaire hautement pathogène H5N8. « Des centaines de milliers d’autres vont devoir être abattus », a indiqué vendredi 8 janvier Julien Denormandie, le ministre de l’agriculture, qui veut accélérer la cadence dans les abattoirs pour inverser la tendance. Le ministre a réaffirmé que l’État compenserait les pertes subies par les éleveurs.

L’épizootie est hors de contrôle. L’État a réquisitionné cinq abattoirs pour accélérer les euthanasies. Le ministère de l’agriculture souhaite atteindre l’abattage de 160 000 volailles par jour dès cette semaine. Les volailles euthanasiées étant impropres à la consommation, elles pourront être « valorisées soit comme fertilisants, comme combustibles ou incinérées ».

Depuis plusieurs semaines, une nouvelle épizootie d’influenza aviaire hautement pathogène touche les filières avicoles de plein fouet. Au 11 janvier, le ministère de l’agriculture dénombrait 197 foyers d’influenza aviaire H5N8 dont 170 foyers d’infection dans les Landes, 7 dans les Pyrénées-Atlantiques, 6 dans le Gers et 2 dans les Hautes-Pyrénées.

Le nombre de foyers augmente fortement ces derniers jours. Il atteint désormais près de 300 foyers, majoritairement dans les Landes. Gilles Salvat, directeur de la santé animale et du bien-être animal et directeur général délégué de l’Agence Nationale Sécurité Sanitaire (Anses) répond aux questions de Natura Sciences.

Natura Sciences : Quelle est la situation sanitaire par rapport à l’épizootie de l’hiver 2016-2017?

Gilles Salvat : En 2017, on avait atteint quasiment 500 foyers, alors que l’on était à 280 foyers en fin de semaine dernière. La question est de savoir en combien de temps nous réussirons à éliminer les nouveaux foyers pour arrêter de courir après l’épizootie. En 2017, nous avions vidé toute la zone des Landes des canards pendant quasiment cinq mois.

Comment s’organise actuellement la lutte contre ce virus?

Dès qu’un nouveau foyer se déclare, il faut abattre les animaux contaminés au plus vite. Plus cela se fait vite, plus nous aurons de chances de circonscrire les foyers primaires et secondaires rapidement. Une course contre la montre se joue pour éviter de vider l’ensemble des territoires concernés préventivement de tous leurs canards.

Le seul moyen d’arrêter cette flambée épizootique est d’abattre les animaux malades et de dédensifier la zone pour limiter le nombre d’animaux sensibles autour des foyers. C’est tout le travail actuellement mené par les professionnels et les services du ministère de l’agriculture. Il s’agit d’éteindre les foyers, c’est-à-dire abattre les canards qui sont malades ou diagnostiqués positifs et les oiseaux domestiques sensibles à proximité de ces foyers, dans un rayon de 5 km.

Concrètement, comment se planifie l’abattage des animaux?

La lutte s’organise de façon différenciée dans les zones situées entre 1, 5 et 20 km des foyers. Dans une zone de 1 km autour de chaque foyer, les services de l’Etat procèdent à l’abattage de toutes les volailles domestiques – canards, dindes, poulets, pintades -, élevées à l’intérieur ou à l’extérieur. Au-delà, dans une zone de 5 km, ils abattent tous les canards et toutes les volailles élevées en extérieur à titre préventif pour diminuer la densité et limiter le nombre d’animaux récepteurs au virus pour éviter la propagation.

Dans un périmètre de 20 km, il faut éviter les entrées et les sorties d’animaux, ainsi que les remises en place, pour limiter la dissémination potentielle du virus. Mais s’il y a des canards prêts à gaver non malades, ils pourront être gavés à l’intérieur de cette zone de surveillance.

Comment organiser des abattages dans de telles proportions?

Déjà 700 000 canards ont été abattus. Les services du ministère annoncent une capacité d’abattage de 160 000 animaux par jour. C’est la capacité d’abattage maximale dans la zone. C’est le mieux que l’on puisse faire sans envoyer les animaux hors de la zone. Cela risquerait de disséminer la contamination ailleurs. Est-ce suffisant? On l’espère.

La société GT Logistics organise l’abattage d’une partie des animaux sur place dans les foyers et sur des plateformes mises en place au cœur des zones impactées. Mais il n’est pas possible de tous les abattre sur place pour des raisons matérielles. L’État a déjà réquisitionné cinq abattoirs en plus dans la zone.

Comment éviter l’apparition de nouveaux foyers ?

Il faut nettoyer et désinfecter les élevages contaminés : cela va prendre quelques semaines. Les températures actuelles avec des gelées sont plutôt très favorables à la survie du virus dans l’environnement. C’est pour cela qu’entre le moment où on élimine les animaux dans les foyers et autour des foyers et le moment où l’on va pouvoir reprendre l’élevage dans cette zone, il y a une période de nettoyage-désinfection, une période de vide sanitaire qui vise à éliminer le virus dans l’environnement.

Si vous remettez des oiseaux dans un élevage qui a été mal désinfecté et qu’il continue à faire froid, les nouveaux animaux tomberont malades. Plus on va se rapprocher du printemps, plus cette période pourra être courte car le virus survivra moins bien. Il y a une période incompressible de 21 jours dans la réglementation pour lever ce que l’on appelle les arrêtés préfectoraux portant déclaration d’infection.

Le virus apparaît lors des migrations d’oiseaux sauvages. Ne faut-il pas craindre une nouvelle flambée à la fin de l’hiver?

La période de migration nord-sud a pris fin. Les zones concernées en France sont des zones de passage et non de rassemblement. Les oiseaux repasseront dans le sens sud-nord à partir du 15 février. Normalement, nous observons moins de problèmes lors de la migration remontante, mais la période à risque va quasiment jusqu’au 15 mars.

C’est à la fin de l’épizootie qu’il faudra faire un bilan. Il y plusieurs conséquences à tirer d’une telle épizootie. Déjà, vous tuez des centaines de milliers d’animaux, ce qui entraîne évidemment d’importantes pertes financières. Mais cela pose aussi des questions morales et éthiques même si tous les moyens sont mis en œuvre pour le faire dans les meilleures conditions possibles.

Propos recueillis par Matthieu Combe


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