L’agence sanitaire dévoile de premiers résultats concernant sa campagne nationale exploratoire de présence des pesticides dans l’air. L’Agence identifie 32 substances prioritaires pour lesquelles des investigations approfondies sont nécessaires pour orienter une surveillance nationale pérenne des pesticides dans l’air dans les prochains mois.

pesticides dans l'air prioritaires
L’agence sanitaire identifie 32 substances prioritaires se retrouvant dans l’air ambiant. PHOTO//CC0 Domaine public

Lancée en juin 2018, la campagne nationale exploratoire de présence des pesticides dans l’air est une première en France. Menée par l’Anses, l’Ineris et le réseau des Associations agréées de surveillance de la qualité de l’air (AASQA) fédéré par AtmoFrance, elle a permis de mesurer pendant un an la présence de 75 pesticides dans l’air ambiant à l’échelle nationale. Au total, la campagne a permis de collecter 100.000 données, d’analyser 1.800 échantillons sur 50 sites. « Les substances ciblées entrent, selon le cas, dans la composition des produits phytopharmaceutiques, de produits biocides, de médicaments vétérinaires et antiparasitaires à usage humain », précise l’agence. Les sites couvrent quant à eux les zones rurales, urbaines et péri-urbaines, ainsi que les différentes zones de production agricoles. « Il ressort que des substances sont majoritairement associées à certaines productions agricoles sans pour autant être absentes des autres profils », note le rapport.

Le lindane : un pesticide interdit depuis 1998 devient la priorité de l’Anses

En prenant en compte les concentrations mesurées, la fréquence de détection dans l’air, les valeurs toxicologiques de référence et leurs classifications de danger les plus pénalisantes, l’Anses identifie de faibles indices du risque sanitaire. « Le faible niveau de ces indices ne met pas en évidence, au vu des connaissances actuelles, une problématique sanitaire forte associée à l’exposition de la population générale via l’air extérieur, hors source d’émission de proximité», prévient l’Anses. Elle cible tout de même 32 substances nécessitant un examen approfondi. Il s’agira d’évaluer la nécessité de leur intégration dans la surveillance nationale des pesticides dans l’air. Parmi ces substances, le lindane fait tâche. Son interdiction sur le territoire date de 1998. Pourtant, la campagne de mesures le quantifie dans « près de 80% des échantillons analysés », s’inquiète l’agence.

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« Évaluer rapidement la situation du lindane », voici désormais la priorité affichée de l’agence. Celle-ci souhaite d’abord identifier les motifs de persistance. Et ce, afin de pouvoir estimer les expositions cumulées par les différentes voies – respiratoire, alimentaire, cutanée – et les milieux d’expositions – air extérieur et air intérieur. Un travail analogue se poursuivra sur huit autres substances interdites : époxiconazole, fénarimol, iprodione, linuron, pentachlorophénol, chlorothalonil, chlorpyriphos-éthyl et oxadiazon.

Concernant les 23 autres substances prioritaires, l’Anses lancera prochainement un travail complémentaire tenant également compte des autres voies d’exposition chroniques. L’Anses formulera dans les prochains mois une proposition de surveillance nationale pérenne des pesticides dans l’air. Il s’agira de réaliser des analyses plus fines des situations locales ou de proximité qui n’ont pas été abordées dans cette première étape. L’étude approfondira les complémentarités avec les autres dispositifs de surveillance et les comparera aux recommandations déjà formulées par l’agence. Enfin, elle s’attachera à évaluer les impacts environnementaux de la présence des pesticides dans l’air.

Auteur : Matthieu Combe, journaliste du magazine Natura Sciences


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