Mardi 20 septembre, la commission d’enquête chargée d’étudier le fonctionnement des abattoirs français et présidée par le député Olivier Falorni a rendu son rapport. 65 mesures sont proposées afin de limiter la souffrance des animaux. L’une d’elles préconise « de soutenir à titre expérimental la mise en place de quelques abattoirs mobiles ».

abattoir mobile

Abattoir mobile de la société suédoise Hälsingestintan transporté par camion. PHOTO//Hälsingestintan

Les campagnes françaises verront-elles bientôt circuler des camions venus abattre les animaux destinés à la consommation ? C’est l’une des 65 mesures préconisées par la commission d’enquête présidée par le député Olivier Falorni afin de diminuer la souffrance animale lors de l’abattage.

Abattoirs mobiles: quels avantages ?

La mise en place d’abattoirs mobiles présenterait en effet l’intérêt de rassurer les animaux, qui seraient alors tués dans la ferme où ils sont nés et ont grandi. Dans le système actuel, le changement de lieu, le contexte bruyant et violent de l’abattoir et l’absence d’éleveurs pour les accompagner génèrent un sentiment d’angoisse chez les animaux. La création de ces nouveaux abattoirs permettrait donc de leur éviter le temps de transport et d’attente, facteurs supplémentaires de stress et de souffrance. Les agriculteurs pourraient quant à eux surveiller les méthodes d’abattage, ce qui limiterait considérablement les risques de maltraitance.

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Cette réduction du stress des animaux auraient également des conséquences sur la qualité de la viande. En effet, de nombreuses études du Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS) ou de l’Institut National de la Recherche Agronomique (INRA) prouvent que la peur de l’animal au moment de sa mort peut altérer le goût et la couleur de la viande.

Autre avantage: la mise en place d’abattoirs mobiles garantirait une meilleure traçabilité des produits carnés. Les citoyens pourraient en effet savoir de quel élevage provient la viande consommée, ce qui instaurerait une proximité entre éleveur et consommateur.

La Coordination Rurale qui représente plusieurs centaines d’éleveurs bretons encourage donc le développement d’un modèle alternatif à l’abattage industriel. « Nous sommes plutôt favorables à cette expérimentation. Cela semble un bon moyen de maintenir un tissu d’abattoirs dans la région.», a expliqué l’un de ses membres à 20 Minutes.

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Une initiative expérimentée en Suède

Si cette méthode serait inédite en France, elle existe déjà ailleurs. En Suède, l’entreprise Hälsingestintan, la première en Europe, a choisi de pratiquer l’abattage mobile. Tous les jours, ses trois camions se rendent dans les fermes pour y abattre des bovins. Ils y sont étourdis, tués, dépecés et débités en moins de vingt minutes par cinq employés. 5000 bêtes sont ainsi tuées chaque année dans plus de 35 fermes.

Face aux succès de ce concept, Britt-Marie Steg, fondatrice d’Hälsingestintan, prévoit d’acheter un troisième camion pour les cochons et les moutons. Elle aimerait également développer le système des abattages mobiles à l’international. De nombreux pays la contactent fréquemment afin d’obtenir des informations sur son système.

En France, le collectif « Quand l’abattoir vient à la ferme » et composé d’éleveurs mais aussi de consommateurs, défend l’importation de ce système. Deux Français ont également fondé le Bœuf éthique, une entreprise qui travaille en partenariat avec Britt-Marie Steg pour créer des abattoirs mobiles dans l’Hexagone. Leur coopération prévoit un transfert de compétences de la part de l’entreprise suédoise.

Un modèle économique viable ?

Si ce système ne semble présenter que des avantages, Jocelyne Porcher, directrice de recherche à l’INRA estime dans Le Monde qu’il nécessite un investissement d’au moins deux millions d’euros. La viande produite par Britt-Marie Stegs se vend également plus chère que la moyenne. Le prix d’un steak haché peut par exemple être supérieur de un euro et celui des pièces de choix, de dix euros.

Ce modèle économique implique donc une évolution de nos modes d’alimentation et une réduction de notre consommation de produits carnés. Mais entre une viande nocive produite en abondance et une viande plus rare, mais de meilleure qualité, le choix semble facile. Surtout si cela permet d’éviter aux animaux qui nous nourrissent des heures de souffrance.

Auteur : Maéva LAHMI, rédactrice à Radio VL, contribution bénévole

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