Un bio de plus en plus industriel à éviter

Paru le 18.02.12 - Dernière modification le 12.05.14 - 9 commentaires

bio industriel

Plusieurs labels garantissent un bio solidaire, à l’opposé du bio industriel. Saurez-vous les reconnaître ? © Natura Sciences

Près de la moitié des produits bio sont à présent vendus en grandes surfaces. L’entrée de la grande distribution dans le marché du bio a entraîné une course à la baisse des prix. Tous les géants, y compris les hard discounters ont créé leurs propres gammes. Pour obtenir des prix cassés, les supermarchés ont souvent recours à des importations massives provenant d’exploitations industrielles. Alors que le bio cherchait à assurer un bon équilibre entre environnement, économie et social, ces exploitations sacrifient l’aspect social. Il n’y a pas de place pour les productions saisonnières. Les entreprises commercialisent des tomates, poivrons et concombres bio toute l’année. L’hiver arrivé, ces produits sont en concurrence directe avec les produits des serres bio d’Italie, des Pays-Bas, du Maroc et d’Israël… Nous importons plus de la moitié des fruits et légumes bio consommés en France, car la production nationale est encore insuffisante.

 Des exploitations qui grandissent

En France, les exploitations dépassant10 hectaresde serres ou100 hectaresde cultures en plein champ sont rares. Dans le reste de l’Europe, notamment en Espagne, en Allemagne ou dans les pays de l’Est, ces exploitations sont beaucoup plus développées. Ces tailles permettent de faire des économies d’échelle.

Même issus de l’agriculture biologique, les fruits et légumes provenant d’Italie, Allemagne, Argentine ou bien encore d’Israël  sont à l’origine de rejets de CO2 dans l’atmosphère lors de leur transport, car les produits ont besoin d’être réfrigérés. Hors de l’Union Européenne, les produits ne sont pas soumis à la même réglementation pour l’obtention du label. Les cahiers des charges nationaux étant différents, les contrôles sont souvent plus flexibles.

Selon l’ADEME, un fruit hors-saison bio importé par avion entraînerait la consommation de 10 à 20 fois plus de pétrole que le même fruit produit localement et acheté en pleine saison. La solution pour réduire notre impact carbone serait donc de consommer des produits de saison provenant d’agricultures locales, bio lorsqu’ils sont disponibles, issus d’exploitations certifiées « haute valeur environnementale » dans le cas contraire, en incitant les agriculteurs à se convertir au bio.

Des produits plus chers ?

Les produits bio sont plus chers à l’achat pour plusieurs raisons. Tout d’abord, la production bio est moins intensive. Elle demande donc plus de main-d’œuvre, notamment pour désherber, soigner les cultures et les troupeaux. Or, en France, les salaires sont plus élevés que dans beaucoup d’autres pays. Les rendements des cultures sont également plus modestes. Les agriculteurs reçoivent donc moins de subventions européennes, car ces dernières sont indexées sur les rendements.  Les petits volumes de vente ne permettent pas non plus de faire des économies d’échelle. Enfin, la certification augmente le prix, les animaux vivent plus longtemps, ce qui coûte plus cher à l’éleveur.

Ces énoncés sont particulièrement vrais pour les produits de petits producteurs vendus en magasins spécialisés, qui de surcroît privilégient les matières premières plus chères : huile de tournesol privilégiée à l’huile  de palme, sucre de canne roux préféré au sucre blanc conventionnel, etc.  Grâce à la grande distribution, les produits deviennent plus accessibles au grand public, mais lorsque l’on s’intéresse à leur composition, on remarque que celle-ci ressemble de plus en plus aux produits conventionnels avec des matières premières moins chères et un profil nutritionnel amoindri. Un point positif est tout de même à noter : le bio  industriel permet de fournir à une grande majorité de personnes des produits de meilleure qualité, avec tout de même moins d’additifs et moins de résidus de pesticides que les produits conventionnels.

 Peut-on contrer les dérives du bio industriel ?

Il existe des produits répondant à des critères plus stricts que ceux fixés par la réglementation européenne. Il s’agit, par exemple, des cetifications Nature & Progrès, Demeter, Biosuisse, et Naturland. Ils interdisent notamment la culture hors-sol, la possibilité sur une même exploitation de produire simultanément des produits bio et non bio et interdisent un temps de transport des animaux supérieur à quatre heures. Ces cahiers des charges stricts limitent considérablement l’adjonction d’arômes et d’enzymes, quand ils ne l’interdisent pas purement et simplement. Selon les fédérations, les produits contiennent entre 50 et 75 % d’additifs en moins par rapport à ceux qui répondent simplement aux exigences européennes. Vous trouverez ces produits dans les magasins bio spécialisés. La Fédération Nationale d’Agriculture Biologique  (FNAB) et ses partenaires ont créé la certification privée Bio Cohérence, dont les premiers produits sont commercialisés depuis l’automne 2011. Avec une absence total d’OGM, une nourriture 100 % bio des animaux d’élevage, et la non-mixité des fermes… le respect du cahier des charges permet d’afficher ce nouveau logo au côté du label AB classique.

Face à ces dérives du bio industriel, des initiatives locales se développent également un peu partout. De plus en plus de producteurs défendent une agriculture paysanne, des modes de cultures minimisant leur impact environnemental et le développement de liens avec les consommateurs. Certains refusent de payer les certifications et préfèrent les systèmes participatifs de contrôles fondés sur la confiance mutuelle entre producteurs et consommateurs. C’est le cas, par exemple, des Associations pour le Maintien d’une agriculture paysanne (AMAP) ou les paniers bio. Ces initiatives permettent de ne pas engraisser les intermédiaires, privilégier les circuits courts afin de rémunérer directement de façon équitable les producteurs.

Auteur : Matthieu Combe

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Discussion

poule_rousse
6 avril 2012
22:14

J’ai l’immense chance d’habiter dans les Alpes de haute Provence . nous avons de très nombreux producteurs de légumes, fruits, viandes, volailles,fromages, yaourts ,oeufs,biologiques. Nous avons à Forcalquier ( 4000 habitants ) 2 marchés/sem avec ces produits qui n’ont parcourus qu’une toute petite distance.Ces producteurs bio ont également ouvert une boutique à Forcalquier, à Mane ( 2km) et à Manosque et nous avons la chance de les rencontrer car ils viennent à tour de rôle vendre leurs produits.Nous avons même dans le village un artisan boulanger qui cuit tous les jours des pains bio de variétés très diverses et délicieux. Nous avons aussi une amap qui distribue des paniers chaque semaine. C’est une immense chance que je souhaite à tous….Merci à eux.

8 août 2012
08:13

Bonjour,
Avez-vous entendu parlé du livre « La bio,
business ou projet de société? qui vient de sortir » Ed. Agone ?
Qu’en pensez-vous ? Merci.

8 août 2012
09:48

J’ai eu vent de la sortie de ce livre mais ne l’ai pas encore lu (peut-être pouvez-vous m’en envoyer un exemplaire pour qu’on en parle sur Natura Sciences?). Je peux vous parler de ce que dit dans la même idée le livre « Tout beau, tout bio » qui est, selon moi, une bonne étude du bio actuel (ce qui n’est pas le cas de Bio, fausses promesses, vrai marketing!). Schématiquement, le (ou la) bio est à double entrée : d’un côté le bio, local de saison de petits producteurs et de l’autre le bio industriel qui peut venir de pays limitrophes à la France ou alors d’autres continents, notamment Afrique ou Amérique du Sud. Le bio industriel dessert les acteurs locaux du bio qui ne peuvent économiquement pas concurrencer le bio étranger qui coûte beaucoup moins cher à produire actuellement (on en reparlera avec la montée du prix des énergies fossiles). Dans l’idée, voici ma position, vous pouvez la découvrir dans les différents dossiers « bio » sur le site. Après pour une vision plus développée il faudra lire mon livre quand il paraîtra :)

23 juillet 2013
19:39

Demeter , bio cohérence, nature et progrès . Car aujourd’hui le label AB n’est plus crédible vu qu’il est européen.Sachant que l’Europe est bien plus souple moins exigeant. Bio cohérence est exigeant.

Chap
5 décembre 2013
14:46

Quels loGos Et quels produits choisir alors?

BioBio
6 décembre 2013
00:17

« Les agriculteurs reçoivent donc moins de subventions européennes, car ces dernières sont indexées sur les rendements. » Non les subventions sont en grande partie proportionnelles à la surface et non aux rendements depuis la réforme de 1992. De même le fait que les animaux vivent plus longtemps n’augmente pas les couts bien au contraire puisqu’il n’ y a moins besoin d’élever des jeunes en remplacement. Attention aux idées recues : lisez le reglement européen sur l’agriculture biologique et vous verrez qu’il est loin d’être laxiste et que les labels Nature et Progrès ou Demeter ne sont pas beaucoup plus exigeants et n’empêchent absolument pas d’avoir de grandes exploitations.

6 décembre 2013
21:05

Je pense que le fait que les grandes surfaces fassent de plus en plus de bio est un signe des plus encourageant. Cela veut dire que les gens se responsabilisent, et sont de plus en plus conscient que leurs achats ont un impact sur l’ensemble du vivant. Oui, effectivement, rien n’est parfait, et il y a encore des progrès à faire, mais c’est un début historique qui prouve que les choses peuvent aller dans le bon sens ! C’est encourageant. Restons positifs, plutôt que de toujours vouloir critiquer ce qui ne va pas.

tobie
16 juin 2014
20:09

battons nous pour installer le maximum de petits paysans bio à travers terre de liens et soutenons la confédération paysanne

Padey
15 juillet 2014
17:13

De grâce, ne devenez jamais ce que l’on nomme aujourd’hui grande surface. J’ai connu la bio par un ami qui tenait il y a environ quarante ans un magasin la Vie Claire, il cuisait lui-même un pain délicieux, à l’époque nous allions en grande surface par « curiosité », mais bien vite nous avons été déçu des offres soit disant alléchantes, que dire maintenant, le commerce est devenu plein de malice pour allécher le consommateur. Un magasin à dimension humaine, une Amap, c’est la convivialité partagée que l’on en trouvera jamais dans ces immenses surfaces sans âme. La croissance des Biocoop en est la preuve.

 

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