Le ministre de l’Ecologie et de l’Energie Philippe Martin a lancé la concertation sur les pistes d’évolution des mécanismes de soutien aux énergies renouvelables. Pourquoi faut-il réformer ces aides ? Explications. 

énergies renouvelables

Les mécanismes de soutien ont joué leur rôle ! Les énergies renouvelables les plus matures (éolien terrestre, photovoltaïque) deviendront compétitives dans les années à venir.

Le Plan National d’Action en faveur des énergies renouvelables prévoit un objectif ambitieux de 23 % d’énergies renouvelables dans la consommation totale d’énergie finale sur le territoire français en 2020. Pour ce faire, les énergies « propres » reçoivent de nombreuses subventions, ce qui n’est pas sans coût pour le consommateur actuel.

Energies renouvelables : des énergies largement subventionnées

La France ayant fait le choix de ne négliger aucune catégorie d’énergie renouvelable (éolien, solaire, marin, etc.), de nombreux mécanismes de soutien à leur développement ont été mis en place. Sous l’impulsion du paquet Energie-Climat européen et dans le cadre des Grenelles de l’environnement, la France a mis en place depuis 2007 des mécanismes de  soutien importants aux  énergies renouvelables.

Le mécanisme le plus connu, et l’un des plus coûteux pour les fournisseurs historiques d’énergie, est le système de l’obligation d’achat de l’électricité d’origine renouvelable, mis en place dans les années 2000. Ce mécanisme garantit aux producteurs de voir leur production achetée à un tarif déterminé par l’Etat et spécifique à chaque filière (éolien, photovoltaïque ou encore biogaz).

De nombreux autres mécanismes de subventions ont été mis en place : crédit d’impôt, mise en place d’espaces consacrés au développement de l’éolien, création de certificats d’origine pour identifier et valoriser le caractère renouvelable de l’électricité produite, etc. Ainsi, l’ensemble de ces subventions permet aux énergies renouvelables de tirer leur épingle du jeu et de représenter un coût d’achat bien moindre que leur coût réel.

Des coûts croissants pour le portefeuille des Français

Cette politique énergétique est bénéfique sur le plan environnemental, mais les coûts de cette démarche sont importants pour le consommateur français. De fait, si les efforts financiers sont a priori à la charge des fournisseurs historiques (EDF, GDF Suez et les entreprises locales de distribution), ils sont répercutés en réalité, via les factures d’énergie, sur le consommateur final. Ainsi, les deux taxes que sont la CSPE (contribution au service public de l’électricité) et la CSPG (contribution au service public du gaz) visent à compenser les surcoûts occasionnés par les missions de service public des fournisseurs historiques, au premier rang desquels figurent les politiques de développement des énergies renouvelables.

De l’aveu même d’EDF, la CSPE représente aujourd’hui près de 10 % du montant de la facture moyenne des ménages français, soit environ 16,5€/MWh. L’institut de Technico-Economie des Sciences Energétiques (I-tésé) estime que, « le surcoût des charges prévisionnelles de la CSPE entre 2010 et 2012 est du à près de 80 % au solaire photovoltaïque. »

Un retour à l’équilibre ?

Les dispositifs de développement des énergies renouvelables électriques et notamment les obligations d’achat sont autant de surcoûts imposés à EDF qui doivent lui être remboursés par le biais de la CSPE. Or à ce jour ce sont plus de 5 milliards d’euros qui n’ont pas été remboursés à EDF pour la dernière décennie, du fait d’une augmentation insuffisante de cette taxe. Ce déficit tarifaire va par ailleurs se creuser sur le court-terme au regard de la limitation des augmentations annoncée ce mois-ci par le gouvernement.

D’après les évaluations de la Commission de régulation de l’énergie (CRE) pour combler le déficit, les augmentations tarifaires devraient s’élever à environ 30 % des tarifs réglementés entre 2014 et 2020.  En refusant d’augmenter les tarifs réglementés de l’énergie à hauteur des besoins, ou, à défaut, de limiter les subventions en faveur des énergies renouvelables, la France s’expose donc à un déficit tarifaire de plus en plus important.

Mais heureusement, ces mécanismes de soutien ont joué leur rôle ! Les énergies renouvelables les plus matures (éolien terrestre et photovoltaïque) deviendront compétitives dans les années à venir. Le nucléaire historique coûte entre 50 et 55 €/MWh, mais les exigences de sécurité accrues et le développement de l’EPR va augmenter ses coûts. L’éolien terrestre coûte désormais entre 80 et 85 €/MWh. L’éolien offshore reste encore beaucoup plus cher à environ 220 €/MWh. Si l’électricité d’origine solaire photovoltaïque coûtait encore 300 €/MWh il y a quelques années, la production des nouvelles installations coûte aujourd’hui environ 100 €/MWh. En 2014, les prévisions sont à 80 €/MWh, ce qui en fera rapidement une source d’électricité moins chère que l’éolien terrestre. En 2020, l’électricité d’origine photovoltaïque coûterait 50 €/MWh selon les experts du secteur, un prix égal au nucléaire historique.

Lorsque l’on compare toutes les énergies, on s’aperçoit que le prix des énergies renouvelables baisse, alors que celui des énergies fossiles et fissile historiques a tendance à augmenter. « Quand on regarde les prix vers lesquels on va, que ce soit pour l’éolien, le solaire, les nouveaux moyens de production en nucléaire ou en fossile, on est en train de converger vers une gamme entre 80 et 120 € du MWh », affirme Jean-Louis Bal, Président du Syndicat des énergies renouvelables. Le coût de l’électricité augmentera donc inévitablement d’ici 2020. En revanche, avec la hausse prévue du coût des énergies traditionnelles, les énergies renouvelables finiront peut-être, finalement, par faire baisser la facture. Ceci bien sûr, une fois que le déficit historique de la CSPE sera remboursé !

Auteur : Hugo Lebout, journaliste du webzine Natura-sciences.com

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  • Archimède

    Qui aurait imaginé il y a seulement trois ans que le coût de l’électricité produite par une installation solaire disposée en toiture serait inférieur à celui d’un réacteur nucléaire nouveau comme l’EPR ?

    C’est pourtant ce qui va se passer selon toute probabilité en 2017, date de mise en service commercial du réacteur de Flamanville.

    http://energeia.voila.net/electri/cout_2016_pv_epr.htm

    Voir aussi la situation du futur nucléaire britannique, plus cher que le photovoltaïque allemand d’aujourd’hui.