Des nombreux espoirs ont été placés dans le biocarburant à base d’huile de jatropha. Le rapport « Jatropha : l’argent ne pousse pas sur les arbres », publié par les Amis de la Terre International en janvier 2011, étudie les performances de ces cultures et conclue que cette plante n’est pas à la hauteur des espérances.

Fruits de jatropha curcas à la base d'agrocarburants polémiques. © Marco Schmidt

Fruits de jatropha curcas à la base d’agrocarburants polémiques. © Marco Schmidt

En 2008, les plantations de jatropha s’étendaient sur 900.000 hectares dans le monde. On en dénombrait notamment 760.000 en Asie, 120.000 en Afrique et 20.000 en Amérique latine. Mais, selon la FAO et le Fonds international de développement agricole (FIDA), elles pourraient atteindre 12,8 millions d’hectares à l’échelle mondiale d’ici 2015. Les plus gros pays producteurs seraient alors l’Indonésie en Asie, le Ghana et Madagascar en Afrique, et le Brésil en Amérique latine.

Biodiesel de jatropha, des premiers échecs amers

Pour Paul de Clerck, coordinateur du programme Justice économique des Amis de la Terre, « De nombreux projets ont déjà été abandonnés car les rendements étaient bien en-dessous des promesses, même sur de bonnes terres » Ainsi, « Investir dans de grandes plantations de jatropha n’est ni rentable économiquement, ni durable environnementalement ».

Loin de l’image valorisante souvent véhiculée, la majeure partie du jatropha produit au Mozambique est cultivé sur des terres arables. Il nécessite engrais et pesticides chimiques. Malgré ces traitements, la plante reste vulnérable aux maladies, aux champignons et insectes nuisibles. L’irrigation des plantations est nécessaire au Mozambique, même dans les régions où les précipitations moyennes se situent entre 800 et 1400 mm/an. Bilan: les rendements ne sont pas au rendez-vous.

Menaces pour la sécurité alimentaire

Les investissements sont très controversés, car ils participent activement à l’accaparement des terres en Afrique. Ils provoquent l’expulsion des petits paysans, des communautés rurales, tout en rentrant en compétition avec les cultures vivrières et les ressources en eau. Pour Mariann Bassey, coordinatrice du programme Alimentation et Agriculture du groupe Environmental Rights Action / Amis de la Terre Nigeria : « En Afrique, on prend la terre aux communautés rurales et on les prive ainsi de leur moyens de subsistance. Tout cela pour une fausse solution avec comme alibi la lutte contre les changements climatiques. Les prix  alimentaires augmentent de nouveau et nos terres nous sont volées pour faire des carburants pour les voitures. Nous voulons une agriculture qui permette de nourrir d’abord les humains ».

Christian Berdot, référent de la campagne Agrocarburants des Amis de la Terre France, ajoute: « Le scandale des agrocarburants se poursuit avec le mirage du jatropha. Cette plante prend la place de productions alimentaires dans un pays comme le Swaziland où les deux tiers de la population dépendent de l’aide alimentaire. L’expérience des paysans africains qui font pousser cette plante contredit les affirmations enthousiastes de D1 Oils ».

Alors que le Swaziland dispose de rares ressources en eau, certains paysans constatent que la plante doit être arrosée régulièrement. D’autres paysans ont transformé des terres jusqu’ici dédiées à la production alimentaire en cultures de jatropha. Encore en Afrique, Christian Berdot souligne : « Le Mozambique est un pays qui souffre en permanence de la faim. Confisquer des millions d’hectares pour développer des plantations de canne à sucre et de jatropha est immoral et abject. Les agrocarburants ne résoudront ni les problèmes liés aux changements climatiques, ni la sécurité énergétique et la pauvreté au Mozambique ».

Qu’est-ce que le jatropha ?

Le jatropha est un arbuste originaire d’Amérique du Sud produisant une huile non comestible aux propriétés proches de celles du gazole. L’espèce choisie pour produire ce carburant végétal est le jatropha curcas. Elle a été largement introduite en Asie et en  Afrique. La graine du jatropha renferme environ 30% d’huile de jatropha. Celle-ci est traditionnellement utilisée pour la fabrication de savons, mais aussi dans la médecine traditionnelle pour ses propriétés laxatives. N’étant pas comestible, le jatropha est également utilisé comme haies protégeant les cultures vivrières. Il peut s’élever jusqu’à 8 mètres de hauteur. En Afrique, le jatropha est principalement appelé « pourghère ».

Les investisseurs ventent ses mérites. Le jatropha peut survivre dans des conditions arides. La plante pousse sur des terres non agricoles et ne nécessite ni irrigation ni pesticides. Cependant, plusieurs recherches des Amis de la Terre montrent que ces vertus sont grandement surestimées.

Auteur : Matthieu Combe, fondateur du webzine Natura-sciences.com


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  • Certains ont mis longtemps à comprendre que les agrocarburants étaient de la poudre aux yeux.

    L’évidence, c’est que le maximum de production du pétrole est déjà atteint et que les carburants de substitution ne sont en rien une solution.

    En apparence, il y a plus de « pétrole tous liquides ». Dans les fait, lorsqu’il faut un litre de pétrole (carburant, engrais …) pour produire un litre de pétrole artificiel, il n’y a rien de plus. Que cela vienne du jatropha, du maïs, de la betterave ou d’autres sources.