Quasiment abandonnée depuis une trentaine d’années, la consigne des bouteilles de verre regagne du terrain en France, à la faveur d’initiatives soutenues aussi bien par des start-up que par de grands groupes comme Danone. Il y a urgence à repenser nos modes de consommation et de production de déchets. Le gouvernement pourrait généraliser la consigne obligatoire d’ici quelques années.

bouteilles en verre consigne
De plus en plus d’initiatives locales et nationales émergent pour le retour de la consigne pour réemploi. PHOTO//CC0 Domaine public

Vers le grand retour de la consigne ? L’été 2020 a vu fleurir, aux quatre coins de la France, un certain nombre d’initiatives locales destinées à encourager la consigne des bouteilles de verre. Une pratique qui avait peu à peu disparu au cours des années 1990 mais qui, à la faveur des impératifs écologiques actuels, pourrait de nouveau s’imposer dans le quotidien des consommateurs français. Au contraire des emballages en plastique par exemple, une bouteille en verre peut être facilement lavée et réutilisée, jusqu’à une cinquante de fois. « Réemployer une bouteille au lieu de la recycler permet d’économiser près de 33% d’eau, de réduire de 76% l’énergie dépensée et de produire 79% de gaz à effet de serre en moins », résume parfaitement Thomas Lemasle, co-fondateur de la start-up lyonnaise Oé, spécialisée dans le vin bio et vegan.

La consigne gagne du terrain en régions

Depuis le début du mois, sa jeune entreprise s’est associée avec la société Rebooteille, qui récupère et lave les bouteilles de verre dans plusieurs départements. Pour l’heure, une trentaine de magasins lyonnais a rejoint l’initiative. Les choses bougent aussi du côté de Nantes, où l’association Bout’ à Bout’ propose un dispositif de réemploi de bouteilles depuis 2016. « La consigne est désormais perçue comme une vraie innovation. (…) L’intérêt des consommateurs est fort. Des producteurs le perçoivent et viennent vers nous », se félicite sa coordinatrice, Célie Couché, selon qui quelque 100 000 bouteilles ont été consignées l’année dernière et qui s’attend à « une explosion des volumes ». Beau succès également dans le sud de la France, ou l’association Ecoscience a lancé le projet « Consigne de Provence », grâce auquel 35 000 bouteilles de vin ont été lavées et remises en circulation en 2019, l’objectif de la structure étant de « collecter, consigner et réemployer plus de bouteilles, ainsi que de fédérer de plus en plus de producteurs » de vin locaux.

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La consigne obligatoire en 2023 ?

Si des initiatives visant à donner une seconde jeunesse aux bouteilles de verre germent donc un peu partout en France, la dynamique pourrait bien, à moyen terme, connaître un sérieux coup d’accélérateur. La « mise en place progressive d’un système de consigne de verre (lavable et réutilisable) jusqu’à une mise en place généralisée en 2025 » faisait ainsi partie des 150 propositions remises par les membres de la Convention citoyenne pour le climat au président de la République. Surtout, le gouvernement, partant du constat que la France ne trie et ne recycle que 60% de ses bouteilles, contre 90% chez nos voisins allemands – pays où la consigne est tellement ancrée dans les usages qu’elle relève presque d’une fierté nationale –, envisage de rendre celle-ci obligatoire d’ici à 2023 si les industriels de l’agroalimentaire n’augmentent pas significativement la proportion de contenants en verre pour leurs eaux minérales, sodas et autres jus de fruits.

Danone : entre recyclage, compostage, réutilisation et consigne

Certaines entreprises ont entamé leur transition pour réduire l’usage unique et aller vers plus de réutilisation. C’est par exemple le cas de Danone, dont 86% des emballages sont d’ores et déjà recyclables, réutilisables ou compostables. Le groupe français vise une proportion de 100% d’ici 2025. Pour que « recyclable » rime avec « recyclé », l’entreprise vise au même horizon « plus de 90% de bouteilles collectées au sein de l’Union européenne ». Danone développe également des emballages réutilisables et des modèles innovants de distribution et de consommation de ses produits, et collabore avec les pouvoirs publics et des acteurs privés « pour optimiser les filières fondées sur le concept de Responsabilité Elargie du Producteur (REP) ou les modèles de consignes ».  Des petites start-up aux géants de l’agroalimentaire, la consigne a, décidément, le vent en poupe.

Auteur : Alexandre Legrand, contribution externe à la rédaction


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