Le Think Tank The Shift Project, œuvrant en faveur d’une économie libérée des énergies carbonées, a dévoilé son nouveau rapport baptisé “Décarbonons la culture!”. Un document qui présente des solutions applicables dès 2022, pour réduire l’impact environnemental de ce secteur.

Selon l’ADEME, seuls 26% des bilans carbone des établissements publics, dont beaucoup d’infrastructures culturelles, sont conformes. PHOTO: Melinda Nagy// Shuetterstock

De la lecture aux festivals, en passant par les musées ou le cinéma, la culture est présente dans le quotidien des Français. Elle occupe en moyenne 2h46 de leur journée, et mobilise près de 4% du budget global des ménages. Elle est également source d’emploi, puisque près de 2,2% de la population active travaille dans ce secteur.

Nombreux sont les domaines, tels que le tourisme, les transports, ou les bâtiments, liés à la culture. Autant de domaines qui doivent entamer leur transition énergétique pour lutter contre le dérèglement climatique. Dans ce cadre, le Think Tank The Shift Project, œuvrant en faveur d’une économie libérée des énergies carbonées, a démarré un programme de recherche au printemps 2020. Ce travail a débouché sur le rapport baptisé “Décarbonons la culture!”.

La culture, un secteur en interaction avec les autres

The Shift Project présente des solutions concrètes et applicables dès 2022, pour réduire l’impact environnemental de la culture. « Quand nous avons commencé à nous intéresser au secteur culturel, il y avait très peu de données, seulement quelques études. Du coup, nous avons consacré énormément de temps à passer des entretiens avec des professionnels. De là, nous avons pu identifier les acteurs des différents secteurs. Nous avons fait ressortir ceux qui en sont représentatifs selon la taille des salles, des jauges, ou le public qu’ils accueillent. Selon ces résultats, nous avons fait des évaluations des postes d’émission de CO2. Nous avons ensuite proposé des solutions concrètes pour les réduire », explique Samuel Valensi, metteur en scène et chef de projet “culture”.

Le Think Tank considère l’ensemble des activités économiques qui ont un lien avec la culture. « C’est un secteur qui a d’importantes interactions avec d’autres activités. Si on pense par exemple au tourisme, c’est 8% du PIB en France. Mais il est évident que sans nos arts visuels ou notre patrimoine, le tourisme ne représenterait pas 8% du PIB. Généralement, la culture ne fait pas partie des représentations que l’on a des enjeux énergie-climat. On parle beaucoup de l’énergie, des transports, de la mobilité, de l’agriculture. Or, la culture est très présente au sein de chacun de ces secteurs. Si on regarde les transports, la culture est la troisième cause de mobilité des Français », affirme Samuel Valensi.

Bilans carbone et formations encore trop superficiels

Pour connaître les transformations à mettre en place, la première étape serait de partir d’un bilan carbone. Or, The Shift Project souligne que ces bilans carbone sont rarement réalisés, ou restent encore très superficiels. L’Agence de la transition écologique (ADEME) confirme ce constat. Selon l’organisme, seuls 26% des bilans carbone des établissements publics, dont beaucoup d’infrastructures culturelles, sont complets.

Pour prendre en compte les enjeux climatiques, et entamer une transformation efficace, la formation est l’un des leviers identifiés par The Shift Project. Or, d’après un sondage mené en 2020 par Réveil Culture, seuls 12% des acteurs et étudiants du secteur culturel ont reçu une formation aux enjeux énergie-climat et le déplorent. « On insiste là-dessus. Tant que la formation sur les enjeux énergie climat n’est pas présente, ce sera assez difficile de provoquer le changement qu’on souhaite parce que le problème sera difficile à poser pour les acteurs eux-mêmes. Une fois qu’ils seront formés, on pourra envisager des politiques nationales ambitieuses », espère Samuel Valensi.

Des mesures transparentes et positives

Pour réduire les émissions carbone, The Shift Project a identifié plusieurs pistes et dynamiques de mise en œuvre. Celles-ci vont du ralentissement, au renoncement, en passant par la réduction d’échelle, l’éco-conception, ou la relocalisation. « Pour chaque acteur, nous avons essayé de présenter des mesures graduelles. Des plus simples et moins coûteuses à mettre en œuvre, aux plus complexes à mettre en place en termes d’organisation. Nous avons d’abord des transformations qui sont ‘transparentes’, qui ne coûtent pas plus cher aux acteurs et qui permettent de réduire parfois drastiquement les émissions de CO2 très vite”, explique Samuel Valensi.

Viennent ensuite des mesures dites « positives« , et qui vont également entraîner des transformations dans d’autres secteurs, en plus de la culture. « Typiquement, si l’alimentation des équipes sur un festival est végétarienne, mais qu’en plus elle est bio et locale, vous allez activer une certaine demande auprès du territoire », souligne le metteur en scène. Dans le cas de ces mesures positives, plusieurs pistes sont envisagées. En font partie la rénovation thermique des bâtiments, le fait de privilégier une alimentation bio, locale et de saison, le fait préférer le “Made in France”, ou encore le report de l’avion vers le train.

Des mesures offensives et défensives

D’autres propositions, faites par le Think Tank, peuvent être plus contraignantes pour les acteurs du monde culturel. « Ce sont les propositions que l’on appelle ‘offensives’. Là concrètement il faut changer son métier », explique Samuel Valensi. Dans ce cas, le Think Tank propose par exemple de mutualiser les dates de tournées des artistes internationaux, de privilégier des artistes locaux pour la programmation, ou encore de réduire les jauges des grands événements.

Au quatrième et dernier échelon viennent les mesures « défensives« . Cela consisterait à renoncer à des opportunités, qui ont l’air intéressantes, mais qui rajoutent des consommations énergétiques importantes. « On pense par exemple au streaming en réalité virtuel. Ou encore aux clauses d’exclusivité territoriales qui se pratiquent beaucoup dans le spectacle vivant, et qui empêchent les artistes de tourner à des échelles plus raisonnables », explique Samuel Valensi. L’ensemble de ses mesures s’inscrivent dans l’objectif de neutralité carbone d’ici 2050.

Ouns Hamdi

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