Après trois jours d’ateliers et d’échanges, le One Ocean Summit s’est achevé ce vendredi 11 février sur les côtes de la mer d’Iroise. Une trentaine de chefs d’états réunis lors d’une séance conclusive ont dévoilé « Les engagements de Brest pour les océans ».

Une trentaine de chefs d’états se sont réunis à Brest ce vendredi 11 février pour le One Ocean Summit. // PHOTO : France Diplomatie.
L’océan représente 70% de la surface du globe, produit 50% de l’oxygène que l’on respire, abrite 80% de la vie du globe et absorbe 25% des émissions de CO2 … Pourtant, il aura fallu attendre 2022 pour qu’il soit au centre de toutes les attentions diplomatiques. Il sera au cœur d’une assemblée spéciale des Nations unies pour l’environnement à Nairobi en mars, puis lors d’une assemblée à New-York pour la protection de la biodiversité marine. Ensuite, viendra la COP15 sur la biodiversité en Chine en avril et encore la conférence des Nations unies sur la biodiversité à Lisbonne en juin. Mais, plus avant, c’est à Brest, lors du One Planet Summit, organisé du 9 au 11 février que l’océan fut au centre d’ateliers, de débats et de grandes annonces.
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Lors d’une séance conclusive ce vendredi matin, une trentaine de chefs d’états, António Guterres, secrétaire général de l’ONU et Ursula Von der Leyen, présidente de la commission européenne, ont dévoilé « Les engagements de Brest pour les océans ». Après deux jours d’échanges entre plusieurs centaines d’intervenants et intervenantes (politiques, scientifiques, ONG), quelques avancées plus symboliques qu’inédites figurent dans cet accord auquel ont participé près de 80 pays.
Un traité annoncé sur la haute mer et de nouvelles aires protégées
« Maintenant, il faut conclure », a notamment lancé Emmanuel Macron à propos des négociations sur la protection internationale de la haute mer, lancée il y a dix ans. Une coalition formée par la France, les 26 autres états de l’Union européennes et 13 pays tiers appelle ainsi à l’adoption dans l’année d’un traité pour préserver les espaces marins situés au-delà des juridictions nationales. Actuellement, l’exploitation de cette zone – qui représente 64% des océans – n’est régie par aucun cadre légal. L’assemblée prévue à New-York en mars devrait conclure les négociations sur ce sujet. « Des précisions sur ce traité auraient été les bienvenues, notamment concernant de potentielles aires marines protégées, des mécanismes contraignants », nuance François Chartier, chargé de campagne océan chez Greenpeace France.
Autre avancée notable, une trentaine de nouveaux pays ont annoncé rejoindre la coalition « 30×30 », ou coalition de la haute ambition pour la nature et les peuples, lancée lors du One Planet Summit de janvier 2021. Au total, 83 pays s’engagent désormais à protéger 30% des terres et mers du globe d’ici 2030. « C’est une réelle avancée dans le sens d’une plus grande mobilisation internationale, notamment du côté de la Chine et des États-Unis, salue François Chartier. On peut toutefois s’interroger : quel sera le degré de protection de ces aires marines ? ».
Lors de ce sommet, organisé dans le cadre de la présidence française de l’Union européenne, Emmanuel Macron a également annoncé une série d’engagements nationaux. Il prévoit ainsi d’étendre la réserve naturelle nationale des Terres australes française et dépasser dans l’année l’objectif de classer 30% des espaces terrestres et maritimes français en aires protégées. « Ce sujet est en discussion depuis des années. La protection engagée n’est pas complète, on parle notamment de 2 à 4% seulement de protection forte », nuance François Chartier.
L’exploitation minière des océans : grande absente des annonces
Dans une tribune publiée dans Le Monde ce lundi, 19 ONG appelaient à un moratoire sur l’exploitation minière : « L’exploitation devrait être interdite jusqu’à ce qu’il soit clairement démontré qu’elle ne nuira pas au milieu marin, n’entraînera pas de perte de biodiversité et n’aura pas de conséquence sur le stockage du carbone, et que les communautés potentiellement affectées soient informées et consentantes ». Ce sujet fut le grand absent des négociations ce vendredi, au grand dam des associations et ONG écologistes.
L’exploration océanique a, pour sa part, bénéficié de plusieurs annonces. L’UNESCO prévoit ainsi de cartographier 80% des mers du globe d’ici 2030 et l’Union européenne s’est engagée à se doter d’un « jumeau numérique » de l’océan afin de mieux connaître les écosystèmes marins. « On ne peut qu’être favorable à cette exploration si elle vise une meilleure connaissance scientifique du milieu et encourage sa protection, pas si elle a lieu à des fins industrielles. Emmanuel Macron a une stratégie qui laisse penser que l’exploitation marine ira de paire avec son exploration », met toutefois en garde François Chartier.


