Barbara Pompili, ministre de la transition écologique a présenté ce mardi ses “dix mesures pour un développement maîtrisé et responsable de l’éolien”. Des engagements qui ne semblent pas convaincre toutes les associations anti-éoliennes. 

Barbara Pompili annonce un plan pour développer les éoliennes en dépit des critiques
La ministre de la Transition écologique Barbara Pompili justifie le développement d’un plan éoliennes par la nécessité de fournir aux Français une électricité “décarbonnée, abordable et abondante”. // Ouns Hamdi

Ce 5 octobre, Barbara Pompili, ministre de la transition écologique, a présenté dix nouvelles mesures pour développer le déploiement d’éoliennes en France. “À travers l’accord de Paris, nous nous sommes engagés à atteindre la neutralité climatique en 2050, c’est-à-dire ne plus émettre le moindre gaz à effet de serre qui ne soit pas capté par les puits naturels. Cela implique de sortir au plus vite des énergies fossiles”, justifie la ministre.

Vers la fin des énergies fossiles ?

Pour Barbara Pompili, la solution est que les Français se tournent vers une électrification de leurs usages. En conséquence, la France devrait connaître “une croissance à venir de la demande électrique. Dans ses prévisions, on estime que la demande d’électricité devrait croître de l’ordre de 20% d’ici quinze ans. Et de 40 à 50% d’ici 2050”, affirme la ministre. Celle-ci poursuit en insistant sur le fait que “chacun doit bien avoir en tête, que si nous ne faisons rien, nous allons faire face à un terrible effet ciseaux. Avec d’un côté une demande électrique en forte croissance. Et de l’autre, des capacité de productions amenées à diminuer du fait de l’arrivée en fin de vie d’une large part de notre parc actuel de production, à commencer par notre parc nucléaire”

D’après la ministre, des solutions doivent donc être envisagées à court terme. “La seule solution pour répondre à cette situation dans les dix à quinze ans à venir, c’est de développer massivement les énergies renouvelables. Il n’y a pas d’alternative pour construire rapidement des capacités massives de production d’électricité décarbonée”. 

Relocaliser l’activité industrielle

Le gouvernement envisage que cette électricité soit produite sur le territoire hexagonal. “Notre objectif est de relocaliser les activités industrielles en France. L’avantage compétitif que nous devons préserver, c’est d’offrir une électricité décarbonée, abordable, abondante. Pas de la rationner pour passer l’hiver, ni de dépendre de nos voisins pour sécuriser l’approvisionnement électrique”, poursuit Barbara Pompili.

Pour atteindre cet objectif affiché, la ministre de la Transition écologique annonce vouloir déployer toutes les énergies renouvelables, y compris l’éolien “en mer comme sur terre”. Barbara Pompili justifie ce choix en expliquant que, “l’éolien représente déjà 8% de notre production d’énergie en France. En 2020, cette production a permis d’éviter l’émission de 17 millions de tonnes de CO2 en se substituant à des énergies fossiles. Sur les cinq dernières années, le coût de production de l’éolien a baissé de 25%, et s’établit aujourd’hui autour de 60 euros le mégawatt. C’est deux fois moins que les prix de marché habituels, signe que cette énergie est désormais devenue compétitive”. L’argument financier est un autre point qui pousse la ministre à se tourner vers cette nouvelle source d’énergie.

Plus d’exigence pour l’éolien 

Toutefois, Barbara Pompili s’attend à faire face aux désapprobations. “Je sais que l’installation de nouveaux parcs ne se fait pas sans critiques, il faudrait être sourd pour les ignorer”, admet la ministre. Elle réaffirme que sa mission “est de protéger les Français, et de s’opposer aux projets inacceptables“. En ce sens, elle affiche la volonté d’instruire les projets de parc éolien avec plus d’exigence.

Pour ce faire, les préfets seront en première ligne. Ces derniers seront chargés d’accepter ou de refuser un projet de déploiement d’éoliennes. “Il faut voir les moyens qu’ont les préfets. Ils sont saturés, et on leur donne des missions comme celle-là. C’est des centaines de projets qu’il y a dans toute la France. Ils reçoivent d’énormes dossiers qu’ils n’ont pas le temps de traiter. Actuellement, il existe des contrôles théoriques, mais ils n’ont même pas le temps de les vérifier. Ils manquent de moyens et de temps”, critique Jean-Louis Butré, fondateur et président de la Fédération environnement durable qui milite contre l’installation d’éoliennes . 

Pour consolider son propos, Barbara Pompili a tenu à souligner que plusieurs projets ont déjà été refusés. La ministre a notamment cité l’exemple de la Haute Saône, où l’implantation d’éoliennes a été refusée car trop proche d’un nid de cigognes. De plus, il aurait été visible depuis un site classé à l’Unesco. Un autre projet a été rejeté car trop visible depuis la cathédrale de Chartres. Encore un autre n’a jamais vu le jour en Dordogne car il aurait été dans l’axe de migration de certains oiseaux. “Au total, depuis 2020, ce sont près d’un tiers des dossiers d’autorisation qui ont été refusés“, déclare Barbara Pompili. 

Création d’une cartographie et mise en place d’un médiateur 

En plus de ce travail, les préfets se voient confier une autre responsabilité. Ils devront établir une cartographie des zones propices ou non au développement d’éoliennes. Celle-ci ira du vert, pour les zones où le déploiement d’éoliennes est possible, orange pour les zones où il faudra regarder au cas par cas, et rouge pour celles où ce n’est pas possible. “Ces cartes doivent prendre en compte les contraintes réglementaires en matière culturelle, militaire et de préservation de la biodiversité. Elles doivent également intégrer des éléments plus qualitatifs, issus de concertations locales afin de déterminer collectivement les espaces qui seront les plus propices”, précise la ministre.

Les premières cartes sont en cours de finalisation pour les régions Hauts-de-France, Grand Est, Bretagne et Occitanie. Les autres seront finalisées dans les prochaines semaines. Mais pour le fondateur de la Fédération environnement durable, “tout ça existe déjà quand vous faites un dossier d’étude d’impact avant d’implanter un parc d’éoliennes. Mais c’est le promoteur qui paie les études d’impact sur la vie faune ou sur le bruit, c’est biaisé”

Pour accompagner les préfets dans ces nouvelles missions, le gouvernement veut créer “un médiateur de l’éolien”. “Il s’agira d’un pool d’experts pour mobiliser les différentes expertises de l’État” précise la ministre. Ce nouvel organe sera créé au sein du ministère de la Transition écologique et pourra être saisi par les préfets si un projet peut potentiellement poser problème. Ils pourront également solliciter les experts s’ils ont des doutes quant à la compatibilité des projets avec l’environnement. D’après la ministre, ces derniers pourront également suggérer des modifications de projets s’ils ne sont pas suffisamment protecteurs du paysage et de la biodiversité. 

L’impact des éoliennes pour les riverains 

Penser au déploiement de nouvelles éoliennes ouvre la réflexion aux risques de nuisances pour les riverains. “On accompagne des centaines de personnes qui souffrent au quotidien de ces éoliennes. Certaines personnes ont des troubles du sommeil ou des troubles obsessionnels” raconte Jean-Louis Butré. Un problème que la ministre reconnaît. “Oui, les éoliennes génèrent un impact pour les riverains, c’est indiscutable” a-t-elle déclaré. Face à cela, Barbara Pompili annonce un contrôle systématique du bruit à partir du 1er janvier 2022. En cas de dépassement des seuils autorisés, un bridage sera imposé. Cela pourra aller jusqu’à la mise à l’arrêt décrétée par le préfet. “Il y a déjà des contrôles. Cela existe déjà, sauf qu’on balade les gens. Fermer un parc éolien c’est pratiquement impossible”, regrette le fondateur de la Fédération environnement durable. 

L’impact lumineux a lui aussi été évoqué par la ministre. “C’est indispensable pour la sécurité aérienne. Mais il est clair que l’effet guirlande de Noël peut s’avérer insupportable lorsque l’on n’a plus jamais accès à la nuit noire”, reconnaît Barbara Pompili. Pour contrer cette nuisance, Barbara Pompili propose dans ce plan d’orienter les signaux lumineux vers le ciel. Une expérimentation a déjà été faite en ce sens en Vendée. Les lumières pourraient également ne s’allumer uniquement lors du passage d’un aéronef. Une idée que la ministre souhaite voir se généraliser à partir de la mi-2022. 

L’épineuse question de la recyclabilité des éoliennes

Pour faire tenir les éoliennes, une enclave de béton au sol est nécessaire. Dès à présent, Barbara Pompili annonce qu’aucun béton ne sera laissé sur les sites en fin de vie. “Ça, c’est positif”, note Jean-Louis Butré. 

De plus, pour anticiper l’arrivée en fin de vie, dès 2022,  des premiers parcs installés en France, Barbara Pompili annonce l’obligation de recycler 90% des éoliennes en cas de démantèlement. “Elle vont permettre de réaliser de nouveaux matériaux pour le BTP, de nouveaux aciers”, précise-t-elle. Et en 2024, ce chiffre montera à 95%. Or, les premières pales 100% recyclables viennent juste d’être produites. D’après le président de la Fédération environnement durable, “les pales actuellement utilisées, qui arriveront à terme prochainement, ne sont pas recyclables. Donc comment est ce qu’on va arriver à ces 95%?”. Selon lui, elles finiront probablement dans les cimenteries, brûlées. “Ce qui n’est pas sain”, pointe Jean-Louis Butré.  

L’éolienne dans les territoires  

Barbara Pompili veut “faire de l’éolien une chance pour les territoires”. Pour ce faire, elle annonce une consultation obligatoire des maires avant le lancement d’un projet. “Aujourd’hui, ils ont parfois le sentiment de ne pas avoir de prise sur des projets importants pour leur territoire et leurs administrés”, selon la ministre. Mais pour Jean-Louis Butré, “comme d’habitude, les maires qui voudront de l’argent pour leur commune choisiront l’éolien”

La ministre de la Transition écologique a annoncé la création d’un fond de sauvegarde du patrimoine naturel et culturel des communes qui accueillent des parcs éoliens. Celui-ci devrait être alimenté par une contribution volontaire de la filière. Les sommes injectées dans ce fond devraient être de l’ordre de 30 à 40 millions d’euros par an. De quoi encourager les communes à ouvrir leurs portes aux éoliennes. La sélection des projets de rénovation devrait être convenus entre les représentants de la filière éolienne, les collectivités locales, les ONG et l’État.

Le Premier ministre a récemment saisi le Conseil économique, social et environnemental (CESE), qui formulera des recommandations à ce propos d’ici la fin de l’année. Elles viendront compléter et enrichir ces dix premières propositions formulées par Barbara Pompili. “Je ne suis pas un fanatique du nucléaire, mais on sent qu’ils hésitent, ils jouent sur les deux tableaux. Tout ça, c’est politique. C’est l’étendard de l’écologie pour Macron”, d’après Jean-Louis Butré. Mais comment parvenir à un meilleur mix énergétique que celui proposé par le gouvernement? Pour le moment, le président de la Fédération environnement durable le reconnaît, il “n’a pas la réponse”.

Ouns Hamdi

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Chimel

C’est bien d’entendre les arguments et contre-arguments, mais, par pitié, pas ceux d’un Butré buté 100 % opposé à tout éolien, ce n’est pas un intervenant désirable pour ce genre d’article avec ce genre de pensée binaire, ça n’apporte rien que du dialogue de sourd destructif, pas du dialogue constructif, surtout avec des arguments faux ou obsolètes par rapport à la réalité d’aujourd’hui et aux projections de demain, puisque sa fédération est soit-disant pour le développement durable (sans jamais en préciser les modalités qui rendraient les énergies renouvelables acceptables de leur point de vue).