Un grand plan national de modernisation des centres de tri des déchets est en cours. Il permet aux Français de trier l’ensemble des emballages. Mais comment fonctionne un centre de tri ? Lumière.

Opératrice au travail dans un centre de tri des déchets manuel.
Opératrice au travail dans un centre de tri des déchets manuel. PHOTO//DR

Selon l’éco-organisme Citeo, la France métropolitaine compte 164 centres de tri des déchets en exercice. 60 centres de tri sont déjà en extension de consignes de tri à l’ensemble des emballages et sont pleinement automatisés. 15 centres de tri supplémentaires ont déjà été sélectionnés par appel d’offres pour entreprendre les travaux de modernisation. Pour les 104 centres de tri qui ne font pas encore l’objet d’une politique de modernisation, la taille et le niveau d’industrialisation sont variables. Certains d’entre eux devront se transformer et se moderniser pour accueillir les flux de l’extension, d’autres disparaîtront. L’Outre-mer compte 7 centres de tri : aucun d’entre eux n’est modernisé.

Dans les centres de tri modernisés, le tri est majoritairement automatisé, le tri manuel se fait uniquement en fin de chaîne, explique Anne-Sophie Louvel. Mais certains centres restent très petits avec un tri majoritairement manuel : ils devraient se transformer ou disparaître avec la modernisation des centres de tri.” Dans ces petits centres, le tapis passe devant des agents, qui séparent les déchets à la main, matériau par matériau.

Séparation par taille et forme : du trommel au tri balistique

Le tri des déchets se fait par taille, par forme et par matière grâce à un tri fortement robotisé. Un véhicule de manutention dépose tout d’abord les déchets sur un tapis roulant qui alimente la chaîne de tri. La première machine rencontrée par les déchets est le trommel. Ce dernier, semblable à un tambour de machine à laver géant, se présente sous la forme d’un gros cylindre rotatif avec différentes maille. Il classe les déchets par taille. Les déchets trop petits passent au travers des mailles et partent dans les déchets refusés. Cela concerne généralement les déchets de moins de 7 cm

Ensuite, des tables vibrantes permettent de séparer les déchets par forme. C’est la séparation entre les corps creux, comme les bouteilles et les flacons, et les corps plats, à l’image des papiers, des films et des barquettes, grâce à des tables vibrantes. Cette étape se qualifie de tri balistique. Les corps creux sont emportés vers le bas, sur une ligne de tri des déchets dédiée et les corps plats vers le haut, sur une autre ligne dédiée.

Séparation par matières : machine à courant de Foucault, overband et tri optique

Puis, le tri des déchets se fait par matières. Des courants particuliers – dits de Foucault – permettent de récupérer l’aluminium, et l’overband, un imposant aimant, les métaux en acier. Plusieurs machines de tri optique séparent ensuite les différents types de résines plastiques. Cela concerne par exemple le polypropylène et le PET, mais aussi les papiers et les cartons. Ces machines ultra perfectionnées fonctionnent sur le principe de la spectrométrie infrarouge. Elles analysent en quelques millisecondes le spectre de la lumière réfléchie par les déchets, ce qui permet d’identifier leur composition.

De l’air comprimé souffre ensuite les déchets vers différents tapis roulants. En fin de chaîne, des opérateurs vérifient la qualité des différents flux et retirent les impuretés. Les matières regroupées par grandes catégories sont enfin compactées sous forme de cubes, nommés dans le jargon du métier « balle ». Ces balles rejoignent les industries de recyclage en France, en Europe ou ailleurs.

Que deviennent les erreurs de tri des déchets ?

Dans tout centre de tri, une partie des déchets ne se retrouve pas dans les balles finales. Qualifiée de refus de tri, cette part comprend les emballages ou objets refusés par le pré-tri, par le trommel, et les dernières erreurs retirées par le tri manuel final. On y trouve des objets aussi divers que des mouchoirs, du bois, des masques, ou encore des restes alimentaires. « Il existe toujours des erreurs de tri : l’erreur iconique de 2020 est le masque, observe Anne-Sophie Louvel. On trouve dans la poubelle de tri cette année beaucoup de masques, quelques gants, quelques mouchoirs. » Sur un tri sélectif, le taux de refus se situe généralement entre 15 % et 25 %. La modernisation des centres de tri des déchets permettra de réduire le niveau de ces refus grâce à un tri plus fin.

Ces divers matériaux sont envoyés en valorisation énergétique ou mis en décharge. Par valorisation énergétique, les professionnels entendent un incinérateur équipé d’un moyen de production d’électricité ou de récupération de la chaleur qui permet ensuite notamment de chauffer des bâtiments. Ces déchets peuvent aussi être directement utilisés en tant que combustible dans des cimenteries ou les fours à chaud, en raison de leur potentiel énergétique. La valorisation énergétique des plastiques comprend aussi leur transformation en combustible solide de récupération. Celui-ci est constitué d’un mélange de plastiques et de mousses contenant différents matériaux et son pouvoir calorifique se rapproche de celui du charbon. Il peut directement être injecté dans les fours en cimenterie ou être utilisé dans des chaudières dédiées.

Auteur : Matthieu Combe, journaliste de Natura Sciences

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