Face à 125 citoyens membres de la Convention citoyenne sur le climat, Emmanuel Macron a voulu désamorcer les tensions naissantes. Il a notamment défendu les filtres du gouvernement, sans pour autant réussir à les convaincre. Natura Sciences résume les points clés des 4 heures de débats.

Emmanuel Macron défend ses positions devant 125 membres de la Convention citoyenne pour le cimat. PHOTO//Capture CESE

Ce lundi 14 décembre, Emmanuel Macron, accompagné de sept ministres, s’est adonné au jeu des questions-réponses avec 125 des 150 membres de la Convention citoyenne pour le climat. Après son interview par Brut et les échanges houleux avec le réalisateur Cyril Dion, les citoyens attendaient le président de la République de pied ferme. Cette attente se faisait d’autant plus sentir que la présentation du projet de loi issu des discussions approche et que le travail en amont semble détricoter plusieurs des 146 propositions retenues par le président. Le Réseau Action Climat dénonçait récemment en ce sens une translation du « sans filtre » aux « cent filtres ».

Lors de cette réunion au Conseil économique, social et environnemental (CESE) à Paris, Emmanuel Macron a voulu rassurer les 150. « Un peu plus d’une cinquantaine [de mesures, ndlr] ont été mises en oeuvre ou sont en cours de l’être avant même la loi », a assuré le président. Parmi elles, la mise en place de zones à faibles émissions dans 35 agglomérations, la fin de la publicité aérienne et la suppression en cours de la plupart des vols domestiques où une alternative en train existe en moins de 2h30. Si la France ne signera pas le Mercosur, elle ne compte toutefois pas renégocier le Ceta. Les membres l’espéraient, l’annonce a plu. un référendum aura bien lieu en vue d’inscrire la lutte pour le climat dans l’article 1er de la Constitution. Emmanuel Macron a également annoncé la mise en place du chèque alimentaire : « vous avez raison, donc on va le faire », a-t-il lancé.

La crise sanitaire s’invite dans le débat de la Convention

Les citoyens de la convention citoyenne pour le climat attendaient surtout des clarifications quant aux filtres d’Emmanuel Macron. Ils cherchaient des explications concernant les ambitions revues à la baisse sur plusieurs mesures ou ses renoncements. Sur les 42 mesures du groupe se déplacer, « nous constatons que les mesures que nous proposons sont quasiment toutes amoindries dans le projet de loi climat », a dénoncé par exemple Christine. Au contraire, « vous auriez dû adopter des mesures plus fortes que celles que nous avons proposé », a-t-elle prévenu.

D’ici fin 2021, la Banque de France prévoit un chômage autour de 11%. « Nous avons déjà dépensé 200 milliards d’euros de dette supplémentaire depuis que la Convention a été constitué », a avancé Emmanuel Macron. Les secteurs des transports, de la publicité et de l’aérien sont sinistrés par la crise sanitaire. « On ne peut pas faire comme si de rien n’était », a défendu le président. Le programme France Relance prévoit ainsi 30 milliards d’euros d’investissement direct dans la transition écologique sur 2 ans. Mais avec le nouvel objectif européen de réduction des émissions de gaz à effet de serre de -55% en 2030 par rapport à 1990, la France doit aller encore plus loin.

Véhicules, aérien, publicité, 5G… les filtres sont là où les citoyens les attendaient

Agnès s’interroge sur la pollution numérique et l’impact de la 5G. Emmanuel Macron confirme alors qu’il n’y aurait pas de moratoire sur la 5G, mais un suivi sur les impacts sanitaires, ainsi qu’un travail à venir sur la place du numérique dans la société. La mise en place d’un score-carbone et d’un « yuka du carbone » remplacera l’encadrement de la publicité sur les produits climaticides. Il reviendra alors au citoyen de choisir les produits en connaissance de cause, propose Emmanuel Macron.

Le président compte porter plusieurs mesures au niveau européen pour éviter les distorsions de concurrence. C’est le cas de l’arrêt de commercialisation des véhicules les plus polluants d’ici 2030. C’est aussi le cas de l’éco-redevance sur le prix des billets d’avion pour les vols européens et internationaux. Pour éviter de reproduire les mêmes erreurs qu’avec le glyphosate ou les néonicotinoïdes, Emmanuel Macron renvoie aussi à 2024 la redevance sur les engrais azotés et souhaite discuter la question au niveau européen.

La rénovation globale obligatoire : une mesure phare en attente

Pour respecter les objectifs climatiques, « il faudrait rénover 700.000 logements par an, dont 500.000 passoires thermiques, il faudrait 22 milliards [d’euros, ndlr] par an, il faudrait une rénovation globale obligatoire », rappelle pour sa part Corinne. Emmanuel Macron lui répond qu’il sera bien interdit de louer des passoires thermiques en 2028. Néanmoins, le gouvernement n’a pas encore statué sur l’obligation de rénovation pour tous les propriétaires.

Alors que le coût de rénovation complète d’une passoire thermique s’élève à plus de 50.000 euros, Emmanuel Macron donne trois mois à ses ministres pour trouver un tiers financeur et avoir une solution adaptée à chaque propriétaire. De nouveaux financements sont urgents : le plan de relance budgète 2 milliards d’euros supplémentaire d’argent public pour la rénovation énergétique, pour un total de 4,5 milliards d’euros sur deux ans.

Auteur : Matthieu Combe, journaliste de Natura Sciences


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