Tirés au sort en 2019, une quinzaine de membres de la Convention citoyenne pour le climat (CCC) sautent le pas de l’élection à l’occasion des régionales et des départementales. Poussés par un sentiment d’urgence climatique né lors de cette expérience démocratique singulière.

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De gauche à droite : Mélanie Cosnier, Grégoire Fraty William Aucant et Mélanie Blanchetot// PHOTO : Twitter

« Ça m’a mis une claque…, lâche William Aucant, architecte-urbaniste de 34 ans, Ça m’a totalement transformé. » Candidat en 3e position sur la liste EELV-LFI en Loire-Atlantique, ce Nantais père de deux enfants n’avait jamais milité avant son tirage au sort avec 149 autres citoyens à l’automne 2019. Aujourd’hui, il bat la campagne pour la liste de Matthieu Orphelin en Pays de la Loire. « Je suis encore sous le coup du mandat qu’on m’a donné: réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES) de 40% en dix ans« , dit-il.

« Claque » de la prise de conscience de l’urgence climatique

Cette « claque » de la prise de conscience de l’urgence climatique, beaucoup en parlent comme l’un des déclencheurs de leur candidature. « Une fois qu’on sait, on ne peut pas rester chez soi et ne rien faire« , explique ainsi Mélanie Cosnier, 48 ans. « Parfois, on se dit même qu’on préférerait ne pas savoir », reconnaît-elle.

Auxiliaire de vie à domicile, Mélanie Cosnier est devenue « maire à plein temps » de Souvigné-sur-Sarthe, sa commune de 630 habitants, un peu par hasard l’an dernier. « Je ne me suis jamais intéressée à la politique, ce n’est pas mon truc. Encore maintenant, la politique politicienne m’agace un peu« , affirme celle qui est aujourd’hui tête de liste EELV-LFI dans la Sarthe. Elle pensait « que le gouvernement faisait ce qu’il fallait pour réduire les gaz à effet de serre« . Donc elle est « tombée des nues » en découvrant que ce n’était pas le cas, lors d’une session de formation de la CCC avec la paléoclimatologue Valérie Masson-Delmotte.

« Je pensais que tout était sous contrôle« , reconnaît aussi Mélanie Blanchetot, 37 ans. « J’avais la naïveté de croire que c’était pas pour demain, qu’on avait 100 ans ou 200 ans pour agir« , ajoute cette cadre, ancienne électrice de Nicolas Sarkozy et François Fillon, aujourd’hui candidate LREM dans le canton de Nanterre 2 (Hauts-de-Seine).

Un retour au politique

Souvent défiants vis-à-vis de la classe politique, les 150 ont passé neuf mois à débattre, se former et à élaborer 149 propositions pour réduire les GES. « On a participé malgré nous au processus législatif. C’était passionnant« , explique Grégoire Fraty, 33 ans, quatrième sur la liste LREM dans le Calvados (LREM). Se présenter aux élections, « c’est le prolongement naturel« , dit-il. « On arrive à porter les mêmes mesures avec des prismes différents« , estime-t-il. « La convention citoyenne, c’est d’abord une réussite démocratique« .

« Aujourd’hui, quand j’ai du temps libre, je ne regarde pas Netflix, je regarde La Chaîne Parlementaire« , glisse même Mélanie Blanchetot. Certains membres de la CCC ne figuraient même plus parmi les inscrits des listes électorales. C’est par exemple le cas de Grégory Dos Santos, électricien de 38 ans. Mais il est désormais candidat en Ille-et-Vilaine, 9e sur la liste de l’écologiste indépendant Daniel Cueff. « Il n’y avait aucun parti qui vraiment m’attirait« , explique-t-il, en confiant avoir été « bluffé » par la Convention: « On était 150 citoyens de tous bords politiques et pourtant on est arrivés dans un consensus sur chaque mesure. Ça m’a redonné confiance en la démocratie française.« 

« Je m’étonne moi-même d’y être allée » (aux élections), avoue aussi Agny Kpata, 39 ans. Elle qui n’était « pas politisée« , « distante » et votait « sans avoir une grande confiance » est aujourd’hui 5e sur la liste EELV dans les Yvelines.

Une carte de visite aux régionales

Exposés médiatiquement durant les travaux de la convention, plusieurs partis en ont sollicité certains, soucieux d’attirer ces citoyens pas comme les autres. « On est une carte de visite aux régionales« , résume Yolande Bouin, 60 ans, qui dit avoir été approchée par trois candidats avant de prendre la 2e place sur la liste LFI du Finistère.

« Certains ont appris à prendre la parole, à être applaudis. Ils ont goûté aux feux de la rampe, ça donne vite le melon« , raille cette élue municipale de Douarnenez, « la rouge de service » de la CCC et une des rares à avoir un passé militant. « Je suis contente qu’ils y aillent« , avoue-t-elle quand même. « Mais y en a qui vont se prendre une claque (électorale, ndlr), ça va être pour eux dur la redescente« .

Natura Sciences avec AFP

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