Les députés ont approuvé, mardi, en première lecture une dérogation à l’interdiction des néonicotinoïdes. Portée par le gouvernement, la mesure est censée soutenir la filière, mais reste critiquée.

Les députés ont voté une dérogation pour l’usage des néonicotinoïdes à destination des planteurs de betterave. PHOTO MONTAGE

Mardi 6 octobre 2020, L’Assemblée Nationale a autorisé une nouvelle dérogation sur les néonicotinoides. Ce projet de loi adopté en première lecture autorise ces insecticides « tueurs d’abeilles » jusqu’en janvier 2023 pour les plantations de betterave. En cause, la crise de la filière sucrière qui accuse une perte de rendements de 30 à 50% depuis plusieurs mois. Les agriculteurs subissent les ravages des pucerons verts, vecteurs de la jaunisse. Ils appelaient le gouvernement à l’aide en absence de solutions alternatives jugées efficaces.

L’Union Française de l’Apiculture Française (UNAF) a réagi, juste après le vote. Elle qualifie ce vote favorable à la réintroduction de « recul sans précédent pour la protection de nos abeilles, des pollinisateurs et de la biodiversité. »  Elle poursuit : « A rebours de toutes les connaissances scientifiques, ce vote est irresponsable et indigne des enjeux posés à nos décideurs »

Que dit cette dérogation sur les néonicotinoïdes ?

La dérogation inclut l’enrobage de semences avec les néonicotinoides. En plus, elle prévoit « linterdiction de planter des cultures attractives de pollinisateurs suivant celles de betteraves afin de ne pas exposer les insectes aux résidus éventuels de produit » selon le projet de loi.

Barbara Pompili porte le projet avec le ministre de l’Agriculture, Julien Denormandie.  Elle a déclaré au micro de franceinfo: ce matin : « On a juste quelques dérogations ultra-ciblées sur une filière qui est la betterave. ».  Avant d’ajouter  : « Il y a des modes agricoles qui sont encouragés depuis des années et qui nous ont emmenés dans le mur, qui emmène les agriculteurs dans le mur et qu’on ne change pas en cinq minutes »

Barbara Pompili le 8 octobre 2020 sur France Info à propos des néonicotinoïdes.

Le ton a changé depuis 2016 lorsqu’elle était secrétaire d’État à la biodiversité. Elle avait alors tout fait pour mettre en place l’interdiction de cinq molécules de la famille des néonicotinoïdes. Ce fut le cas dès le 23 juin 2016 avec le vote de la loi Biodiversité. La protection des pollinisateurs justifiait alors l’interdiction. La loi prévoyait trois dérogations jusqu’en juillet 2020.

Le débat se relance. Reste à savoir si les sénateurs confirmeront le vote de cette dérogation en première lecture. La Commission des Affaires Économiques l’examinera le 21 Octobre. Puis se déroulera le vote en plénière, prévue le 27 Octobre. Une dernière étape en Commission Mixte Paritaire se tiendra les jours suivants.

Auteur : Manu Lassabe, journaliste de Natura Sciences


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