La Ligue pour la protection des oiseaux (LPO) est à l’origine d’une action en justice au tribunal judiciaire de Lyon contre les fabricants et distributeurs d’imidaclopride. Ce puissant pesticide fait partie des néonicotinoïdes à l’origine du déclin de plusieurs espèces en zone rurale, en particulier des oiseaux.

L'imidaclopride, un puissant néonicotinoïde, est à l'origine du déclin des oiseaux dans les campagnes françaises.
La perdrix grise peut mourir en ingérant simplement quatre graines enrobées à l’imidaclopride. Ce néonicotinoïde, pesticide tueur d’abeilles, tue aussi les oiseaux. // Voodison / Shutterstock

Les néonicotinoïdes, ces pesticides « tueurs d’abeilles », tuent également des oiseaux. Commercialisé en France depuis 1991, ce néonicotinoïde sert à enrober les semences pour diverses cultures : blé, betterave, maïs, tournesol. Selon la Ligue de protection des oiseaux (LPO), cette substance est hautement toxique. Ainsi, six graines enrobées d’imidaclopride suffisent à tuer une perdrix grise, une espèce présente dans le nord de la France. Indirectement, ce néonicotinoïde provoque la disparition des volatiles car il tue les invertébrés – aquatiques et terrestres – dont ils se nourrissent.

Les néonicotinoïdes de Bayer encore devant la justice

Dans un communiqué, la LPO a annoncé avoir assigné les principaux producteurs et distributeurs d’imidaclopride devant le tribunal judiciaire de Lyon. LPO affirme s’appuyer sur l’expertise juridique de l’association Intérêt à Agir et l’avocat Sébastien Mabile. En tout, six entreprises sont visées par cette action en justice. Il s’agit des sociétés productrices Bayer et Nupharm, ainsi que Fertichem, Gritche, Agri Canigou et Saga, qui commercialisent le pesticide en France.

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LPO demande une réparation du préjudice écologique et une expertise judiciaire pour déterminer l’étendue des dommages causés par l’imidaclopride. L’association souhaite que des mesures de réparation soient mises à la charge des sociétés productrices et distributrices. De plus, les défenseurs des oiseaux exigent que la justice fasse cesser toute commercialisation de produit contenant de l’imidaclopride. En clair, LPO demande que l’exception permise par la loi de décembre 2020, qui permet l’usage de néonicotinoïdes pour la culture de betterave sucrière, ne s’applique pas à cette substance.

Les néonicotinoïdes tuent massivement depuis les années 90

Dans la communauté scientifique, l’imidaclopride inquiète depuis plus d’une décennie. En juillet 2009, un groupe d’entomologistes – spécialistes des insectes – et d’ornithologues internationaux se sont réunis à Notre-Dame de Londres (Hérault). À cette occasion, ces spécialistes ont estimé que le déclin de l’abondance des populations s’observe depuis le début des années 1990. Dans le même temps, plusieurs espèces d’oiseaux insectivores vivant dans des milieux agricoles ont également décliné. Bruant jaune, pipit farlouse, tarier des prés ou encore faucon crécerellette se raréfient dans les campagnes. LPO précise que le déclin concerne également des espèces protégées.

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Les études de ces scientifiques ont désigné la nouvelle génération de pesticides comme responsables de ce recul de la faune. LPO rapporte que d’autres études établissent des corrélations spatiales et temporelles entre la commercialisation massive de l’imidaclopride et le déclin des populations d’oiseaux en milieu rural. Ce lien de causalité s’observe aussi bien aux États-Unis qu’aux Pays-Bas, ou encore en France.

Chaymaa Deb

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