De passage à Glasgow pour la COP26, l’économiste Laurence Tubiana revient sur l’importance d’aboutir à un accord sur la question des pertes et dommages. La directrice de la Fondation européenne pour le climat rappelle qu’il en va de la survie des populations des petits États, notamment insulaires.

A la COP26, Laurence Tubiana rappelle l'importance d'aboutir à un accord sur la question des pertes et dommages.
Lors de la COP26, Laurence Tubiana rappelle qu’il est de la responsabilité des pays les plus pollueurs d’aboutir à un accord sur la question des pertes et dommages. // PHOTO : Léo Sanmarty / Natura Sciences

Parmi les sujets les plus discutés durant cette COP26 se trouve la question des pertes et dommages. Derrière ces trois mots se cache une promesse faite en 2009 lors de la COP15, à Copenhague. Les pays les plus riches (et pollueurs) s’étaient engagés à verser 100 milliards de dollars par an aux pays émergents pour les aider à lutter contre les effets du réchauffement climatique dès 2020. Douze ans plus tard, l’application de cette mesure reste toujours en suspens.

Le 8 novembre dernier, lors d’une conférence de presse, Milagros de Camps, vice-ministre de l’Environnement de la République dominicaine, a rappelé à quel point cette aide est essentielle. Toutefois, elle déplore que “les pays développés ne prennent pas assez en compte la situation des pays émergents“. À ses côtés, Laurence Tubiana, directrice de la Fondation européenne pour le climat reconnaît l’urgence liée à la résolution de cette question. Elle rappelle également que durant le dernier sommet du G20, les États ont reconnu “qu’il fallait des mécanismes financiers pour les pertes et dommages“. Pour en savoir plus, Natura Sciences est allé à la rencontre de celle qui était négociatrice lors de la COP21.

Natura Sciences : La réussite de la COP26 est-elle étroitement liée à l’obligation de trouver un accord international sur la question des pertes et dommages ?

Laurence Tubiana : Il est très important de trouver un accord au sujet des pertes et dommages. Tout d’abord, il faut savoir que c’est une question très difficile. Il n’est pas évident de savoir qui est responsable [des désagréments directement liés au réchauffement climatique, NDLR]. Mais bon, globalement, il est clair que les responsables sont les grands émetteurs. Toutefois, il est très difficile de savoir quelle tempête attribuer à quel émetteur. De ce fait, c’est bien un mécanisme de solidarité internationale qu’il faut créer.

Sentez-vous une évolution dans l’appréciation de la question des pertes et dommages par les négociateurs durant cette COP26 ?

Jusqu’à présent, il y avait aussi pas mal de résistance car les pays du Nord ne parvenaient pas à réunir les 100 milliards de dollars annuels destinés à l’aide à la lutte des pays du Sud contre le réchauffement climatique. Cela est promis depuis 2009, il y a bien longtemps déjà. Aujourd’hui, il me semble que nous sortons peu à peu de ce blocage. Je ne sais pas ce qu’il se passera d’ici la fin de la semaine, mais en tout cas, on commence à avoir des idées. Les pays commencent à accepter qu’il faille arriver à un mécanisme financier. Cet accord est inévitable.

Pensez-vous que les petits États, en particulier insulaires souffrent d’un rapport de force en leur défaveur durant cette COP26 ?

Objectivement, bien sûr. Il y a une asymétrie. Quand on a plus de ressources, plus d’argent, plus de moyens, plus de délégués, ça fait une différence. Mais il ne faut pas sous-estimer la force morale des pays les plus affectés. S’il n’y avait pas eu les petites îles à Paris [lors de la COP21, NDLR], il n’y aurait jamais eu la mention visant à limiter le réchauffement climatique à 1,5°C. S’il n’y avait pas eu les petits pays, il n’y aurait jamais eu tout ce qu’il y a dans l’Accord de Paris. Il était beaucoup plus ambitieux que ce que tout le monde attendait. Et c’est grâce à cela, à ce rôle moral. Et grâce au rôle moral de ces petits États que cela a été possible.

Comment cela s’explique-t-il ?

Ces petits pays ne sont peut-être pas puissants. Ils n’ont pas beaucoup d’argent ni une grande armée. Mais ils peuvent regarder les autres nations et leur dire : “regardez, vous êtes en train de nous faire mourir“. Et ça, c’est un argument très puissant, parce que les populations, les citoyens qui assistent à ces processus, ils sont choqués qu’on ne réponde pas à l’urgence climatique. De plus, aujourd’hui, ces dommages climatiques n’ont plus lieu exclusivement là-bas très loin. Ils sont partout. Je trouve que cela donne une dimension humaine à ce processus qui est souvent une question de juristes. Ces petits pays permettent de remettre au cœur du débat les problématiques liées aux peuples qui sont directement menacés.

Chaymaa Deb

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