Avec 12,5% de voix au niveau national selon les premières estimations, les écologistes ont consolidé leur ancrage régional lors d’un premier tour marqué par une abstention record. Les discussions se poursuivent en coulisses pour d’éventuelles fusions avec les listes de gauche.

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En Ile-de-France, Julien Bayou (EELV) arrive devant Audrey Pulvar (PS) et mènera une union de la gauche au second tour. // PHOTO : Jérémy Hernando

Les élections régionales s’annonçaient moins spectaculaires que les municipales de 2020, lors desquelles Europe Ecologie Les Verts (EELV) avait remporté plusieurs grandes villes. Cela semble avoir été le cas. Selon les premières estimations, les écologistes ont remporté environ 12,5% des voix au niveau national. A noter que le “parti de l’abstention“reste le grand vainqueur de ce premier tour des régionales. Selon les dernières estimations Ipsos, 66,1% de Français ne se sont pas rendus aux urnes hier.

En Pays de la Loire, EELV espérait voir son candidat Matthieu Orphelin victorieux. Un récent sondage le donnait en effet vainqueur. Finalement, c’est la présidente sortante de droite, Christelle Morançais, qui arrive nettement en tête, récoltant plus de 34% des voix. Les forces de gauche et écologiste ont annoncé s’unir au second tour. Le score élevé du socialiste Guillaume Garot, qui avec environ 16% des voix talonne les quelque 18% de l’écologiste Matthieu Orphelin, va obliger celui-ci à faire davantage de concessions que prévu. Mais il permettra aussi de renforcer la compétitivité de l’union de gauche menée par Matthieu Orphelin. Partout en France, des fusions sont envisagées entre les listes écologistes et de gauche.

Régionales : l’heure est à la fusion

En Île-De-France, l’union des gauches pourrait se faire dans les prochaines heures. Julien Bayou a devancé de quelques points les listes de l’Insoumise Clémentine Autain et de la socialiste Audrey Pulvar. “L’écologie est centrale” et “a vocation à rassembler”, s’est réjoui Julien Bayou, qui a annoncé entamer les négociations pour une union au second tour dès hier soir. Cette union doit faire face au score élevé de la présidente sortante de droite Valérie Pécresse, créditée de près de 36% des voix.

En Auvergne-Rhône-Alpes, l’écologiste Fabienne Grébert a remporté près de 14% des voix. Elle devance de plusieurs points la figure socialiste Najat Vallaud-Belkacem, et ce malgré un déficit de notoriété dans la région. La liste de l’écologiste pourrait fusionner avec celles du Parti Socialiste et du Parti Communiste pour le second tour. Le président sortant Laurent Wauquiez est en tête dans la région, avec plus de 43% des voix.

L’avenir de la liste EELV menée par Claire Desmares-Poirrier en Bretagne demeure incertain. Le président socialiste sortant Loïg Chesnais-Girard y est arrivé assez confortablement en tête, avec 20,95% des voix. Dès l’annonce des résultats, le candidat soutenu par La République en Marche Thierry Burlot, et l’écologiste Claire Desmares-Poirrier lui ont fait des appels du pied pour fusionner.

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Dans la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, l’écologiste Jean-Laurent Félizia concentre l’attention médiatique depuis hier soir. La raison : son refus de retirer sa liste d’union de la gauche et des écologistes face à la menace du Rassemblement National. Jean-Laurent Félizia est en effet arrivé en troisième position (16,89% des voix), derrière la liste RN de Thierry Mariani (36,38%) et la liste d’union de la droite de Renaud Muselier (31,91%). Pour l’instant, l’écologiste a fait savoir son intention de rester dans la course. Et ce malgré le fait qu’il “n’aura pas le soutien d’EELV” dans ce cas-là, comme l’a annoncé Julien Bayou. Le secrétaire national d’EELV lui demande de faire un pas de côté car “le risque Front national est trop élevé”, sous peine d’exclusion du parti.

Le difficile combat de la “prime au sortant”

Comme aux municipales, les écologistes n’ont pas réussi à infléchir la “prime au sortant” constatée au niveau national. Nicolas Thierry est largement distancé par Alain Rousset en Nouvelle-Aquitaine (environ 12% contre environ 29% des voix, selon les estimations). En Occitanie, Carole Delga a remporté près de 40% des voix contre un peu plus de 8% pour Antoine Maurice. Stéphanie Modde récolte près de 10% des voix en Bourgogne-Franche-Comté, pas suffisant face aux 26,2% de la présidente sortante Marie-Guite Dufay. Enfin, en Centre-Val-de-Loire, Charles Fournier a été battu par François Bonneau (11,4% contre 29,6%).

Menée par l’écologiste Karima Delli, l’union de toute la gauche dans les Hauts-de-France a aussi déçu, avec entre 16 et 18% des voix. C’est très loin du score du président sortant de droite Xavier Bertrand, à 41,4% des voix.

Le poids des écologistes dans la gauche renforcé

Avec environ 12,5% de voix obtenues au niveau national selon les premières estimations, les responsables écologistes se sont montrés globalement satisfaits. “C’est près du double de notre résultat de 2015 et autant voire mieux qu’en 2010, notre record”, a souligné l’eurodéputé et ex-chef d’EELV David Cormand auprès de l’AFP.

” Ce n’est pas stratosphérique, pas la surprise des Européennes à 13,5%, mais dans le rapport de force interne à la gauche, dans les trois régions sans sortant socialiste (Pays de la Loire, Île-de-France et Rhône-Alpes), on est devant”, ajoute David Cormand.

Des enseignements sont donc à tirer pour les écologistes, moins d’un an avant les élections présidentielles. Nul doute que les négociations à l’automne pour la présidentielle tiendront compte des résultats de ce dimanche. La campagne pour la primaire écologiste de septembre va débuter dès le lendemain du second tour, le 27 juin. Julien Bayou avait reconnu qu’elle aurait plus de succès si EELV gagnait auparavant “une ou deux régions”.

Le porte-parole d’EELV Alain Coulombel salue un résultat “positif” mais regrette que “l’émiettement des gauches empêche de nous faire apparaître comme la force propulsive”. Par rapport aux municipales, “la vague verte s’est stabilisée un peu en deçà de ce qu’on pouvait espérer”, analyse-t-il.

Jérémy Hernando

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