Collectifs et agriculteurs locaux déplorent la consommation du foncier en Île-de-France. La construction d’infrastructures l’emporterait sur la préservation des sols agricoles. La région met en avant ses stratégies pour parvenir à un objectif de zéro artificialisation nette. Et ce, malgré les fortes pressions immobilières et économiques.

artificialisation des sols Ile-de-France
La destruction des jardins ouvriers d’Aubervilliers constitue l’un des symboles récents de l’artificialisation des sols en Ile-de-France. // PHOTO : Chaymaa Deb / Natura Sciences

Assistons-nous à une perte d’hectares continue en Île-de-France? Depuis plusieurs mois, les collectifs franciliens et les agriculteurs bio dénoncent une « urbanisation massive », ainsi qu’une « bétonisation » de la région Île-de-France. Tout ceci en dépit d’une « préservation des terres agricoles ». Inquiets pour la situation écologique et pour la biodiversité, ces comités obtiennent le soutien de la Chambre d’agriculture d’Île-de-France. Celle-ci constate, elle aussi, une « urbanisation régionale ».

« Socialement, nous avons besoin de construire, donc de consommer du foncier, mais cette consommation s’avère trop importante pour les besoins de l’État », souligne Laurence Fournier, agricultrice et secrétaire générale de la Chambre d’agriculture d’Île-de-France.  Pour autant, les 1.500 à 2.000 hectares perdus annuellement avant 2015 s’élèvent aujourd’hui de 500 à 800 hectares par an. Ces chiffres restent désormais inférieurs aux 1.300 hectares de sols agricoles naturels que le Schéma directeur de la région Île de France (Sdrif) autorise à artificialiser chaque année.

La région sous pression

Cette diminution progressive s’explique par les fortes pressions immobilières et économiques que connaît l’Île-de-France. Chaque année, la région accueille environ 50.000 habitants supplémentaires, notamment au sein de la Première et de la Grande Couronne. S’ajoutent à cela les demandes d’installation des entreprises en périphérie, ce qui nécessite une révision de l’aménagement du territoire. « Il faut tenir compte de la réalité de l’Île-de-France, rappelle Yann Wehrling, vice-président de la région. Pour autant, cela nous invite à ne pas laisser filer les choses qui pourraient se traduire par un étalement urbain et une consommation du terrain agricole et naturel« .

Ces destructions font l’objet de stratégies agricoles, menées par la région depuis 2015. Le Pacte agricole, lancé en début de mandature de Valérie Pécresse, lutte notamment contre le grignotage des terres et prévoit un objectif de zéro artificialisation nette (ZAN). Il est rejoint par le Plan friches, lancé en 2019 et doté de 20 millions d’euros annuels, qui adopte une logique de récupération des zones déjà bâties. « On doit être dans une situation où il est plus intéressant de réinvestir dans du déjà-bâti que d’aller sur du non-bâti« , explique Yann Wehrling.

Lire aussi : La marche des « terres » dénonce l’artificialisation des sols agricoles en Île-de-France

Cette stratégie de réutilisation de terres délaissées concorde avec les attentes de la Chambre d’agriculture d’Île-de-France. « Il y a beaucoup de friches en Île-de-France, constate Laurence Fournier. Il faut arrêter de construire sur des zones vierges, sauf que les friches représentent un coût pour l’État, contrairement aux terres agricoles« . C’est pourquoi la région et l’État échangent régulièrement pour parvenir à des négociations. « L’État doit apporter une aide car on est encore dans une situation fiscale du foncier, détaille le vice-président d’Île-de-France. On peut dire qu’il est plus économique de réinvestir des friches ou utiliser du déjà-urbain ».

Les grands projets d’aménagements pointés du doigt

Début octobre, des collectifs franciliens et élus locaux se réunissaient devant l’Hôtel de ville de Paris. Ils dénonçaient alors une « artificialisation des sols agricoles ». L’un des facteurs déclencheurs n’est autre que la construction de grands projets d’aménagements franciliens. Certains d’entre eux, comme Victor, bénévole pour Les soulèvements de la terre, pointent du doigt la construction du Grand Paris Express à Saclay (91), un projet qu’il estime « démesuré », et responsable d’une trop importante perte d’hectares. Toutefois, Laurence Fournier émet quelques réserves. « C’est un projet d’utilité publique », nuance-t-elle.

La région justifie ces installations. « On sait que le Grand Paris Express est une infrastructure assez lourde qui ne peut pas avoir zéro impact », explique Yann Wehrling. Pour l’installation d’un solarium sur les jardins ouvriers à Aubervilliers (93), c’est presque la même réponse. « Du point de vue de la région, on a fait un travail de ré-accessibilité des espaces naturels, ainsi que des études environnementales nécessaires pour garantir le respect de la faune et de la flore » précise le vice-président d’Île-de-France.

Ce projet, auquel la justice a rejeté la demande d’annulation en septembre dernier, est qualifié d’« inutile » par Victor. « On construit un solarium à la place de jardins qui datent de près d’un siècle, déplore le bénévole. Ce terrain olympique est construit en vue des Jeux olympiques. Il ne servira à rien après 2024« . Pour contester ces installations, les collectifs franciliens optent pour des recours en justice. « Il faut montrer que ce ne sont pas des luttes isolées« , soutient Victor. Face à ces mécontentements, Yann Wehrling se dit « prêt à dialoguer avec les collectifs ».

Pour atteindre l’objectif d’une zéro artificialisation nette en 2050, le vice-président de la région compte sur les stratégies établies par le Sdrif et sur des « années de travail », afin d’obtenir tous les outils pour permettre une récupération du foncier sur des zones déjà bâties. En attendant cette échéance, la consommation nette d’espaces d’ici 2025 et la garantie des ambitions de la feuille de route environnementale de l’Île-de-France restent encore un défi pour la région.

Sophie Cayuela

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