Pour soigner le coronavirus, la Chine autorise un médicament à base de bile d’ours, le « Tan Re Qing ». La médecine traditionnelle chinoise utilise largement la bile d’ours qu’elle tire de la vésicule de milliers d’ours retenus captifs. Plusieurs associations écologistes déplorent cette situation.

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Face à l’épidémie de coronavirus, la Chine autorise un médicament à base de bile d’ours. PHOTO//CC0 Domaine public

En Chine, le remède contre le coronavirus se cherche dans la nature, et plus précisément dans la vésicule de l’ours. Depuis le mois de mars, la Chine autorise un médicament à base de bile d’ours pour soigner le Covid-19. Ainsi, le ministère de la Santé chinois a permis l’autorisation d’une injection nommée « Tan Re Qing » pour les patients les plus atteints par le coronavirus. Ce médicament, fabriqué à Shanghai par le laboratoire Kaibao, se destine généralement au traitement des maladies respiratoires. De plus, le « Tan Re Qing » se compose également de corne de chèvre et d’extraits de plantes.

La médecine traditionnelle chinoise utilise largement cette substance extraite de la vésicule du plantigrade retenu captif. « La Chine utilise la bile d’ours depuis 7000 ans. Ce n’est pas un phénomène nouveau. Très honnêtement, c’est un choix politique. Le gouvernement chinois a choisi de ne pas désavouer la médecine traditionnelle » indique Michèle Jung, présidente de Animals Asia France à Natura Sciences. Les adeptes de la médecine traditionnelle chinoise utilisent communément utilisé contre plusieurs pathologies, de la régulation du cholestérol à la dissolution des calculs rénaux. Parfois, la bile d’ours est même utilisée pour ses prétendues vertus virilisantes. Xi Jinping, le président chinois, n’hésite pas à vanter les mérites de cette médecine traditionnelle.

La bile d’ours, un marché colossal

Selon ses informations, le marché pharmaceutique de la bile d’ours s’élèverait à plus d’un milliard de dollars par an. « L’enjeu financier est énorme » confirme Michèle Jung. Pour Brian Daly, porte-parole de Animals Asia Foundation, soigner le coronavirus avec ce produit pourrait intensifier le marché. « Promouvoir le recours à la bile d’ours risque de se traduire par une augmentation des volumes prélevés, non seulement aux dépens des ours en captivité mais aussi de ceux qui sont en liberté » déclare-t-il à l’AFP.

L’exploitation de cette bile est d’autant moins compréhensible pour certaines ONG environnementales que son principe actif pourrait être recréé artificiellement. Richard Thomas, porte-parole de l’association Traffic, affirme à l’AFP que l’acide ursodésoxycholique, ou ursodiol se fabrique en laboratoire. Selon lui, il n’y a donc « aucune raison d’incorporer de la bile d’ours » dans un quelconque traitement. En parallèle, la production de bile d’ours menace l’ours noir d’Asie. Or, selon Brian Daly, cette espèce est en danger.

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Une autorisation malgré l’interdiction du commerce d’animaux sauvages

Mais l’exploitation de cette bile implique de faire payer aux ours un lourd tribut. Kirsty Warren, porte-parole de la Société mondiale de protection des animaux, affirme que 20.000 animaux seraient actuellement exploités. La bile utilisée dans la pharmacopée chinoise provient d’une espèce précise : l’ours noir d’Asie. Les animaux sont enfermés dans des cages, et un cathéter directement relié à leur vésicule biliaire permet d’extraire la substance convoitée. « Ce sont des souffrances inimaginables pour ces animaux » précise Michèle Jung.

De plus, la décision de la Chine d’interdire le commerce d’animaux sauvages à des fins alimentaires favorise le désarroi des associations de défense des ours. Animals Asia Foundation la juge même « tragique et contradictoire ». « C’est vrai que c’était une sacrée occasion de régler le problème, pas uniquement pour les ours, mais également pour les chauve-souris et pour tous les animaux sauvages qui sont utilisés et qui amènent des virus » concède Michèle Jung. La Chine n’est pas le seul pays asiatique à produire de la bile d’ours. La Malaisie le fait également. L’ours malais, considéré comme vulnérable par l’UICN, est également exploité pour sa bile.

Auteur : Chaymaa Deb, journaliste du magazine Natura Sciences


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