Encore une fois, l’épizootie d’influenza aviaire tombe dans une zone où la densité des canards est extrêmement favorable à sa propagation. Pour Gilles Salvat, , directeur de la santé animale et du bien-être animal à l’Anses, il faudra s’interroger sur ce que cela signifie.

L'influenza aviaire pose la question de la densité des élevages de canards dans le sud de la France
L’influenza aviaire pose la question de la densité des élevages de canards dans le sud de la France. PHOTO//Shutterstock

Si l’on cherche toujours l’origine du Sars-Cov-2, l’origine du H5N8 reste moins mystérieuse. « Dans les Landes, les premières introductions à l’origine des premiers foyers ont probablement pour origine la faune sauvage dans des élevages où il y avait des canards élevés en plein air, avance Gilles Salvat, directeur de la santé animale et du bien-être animal à l’Anses. Les premières introductions se font via des espèces sensibles en plein air au moment où passent les oiseaux migrateurs. Lorsque des oiseaux contaminés s’arrêtent, la propagation est d’autant plus rapide que la densité d’animaux sensibles est importante. »

Les palmipèdes élevés en plein air attirent en effet les oiseaux sauvages qui passent lors de la migration et qui s’arrêtent pour se reposer, se nourrir et s’abreuver. Les zones concernées par les flambées épizootiques comptent parmi les plus fortes densités de canards en France et en Europe.

La densité d’élevage en ligne de mire

L’apparition d’une épizootie est ainsi le résultat d’une triple conjoncture. D’abord, trop d’éleveurs pratiquent encore de l’élevage en plein air à des périodes à risques en matière d’influenza aviaire. En plus, le sud de la France concentre trop d’animaux sensibles dans des zones à risque de rencontre avec une faune sauvage porteuse du virus. Enfin, il y a la présence d’un virus hautement pathogène cette année.

« L’explication tient au fait que l’on ait la conjonction d’élevage en plein air, de fortes densités et surtout d’un virus particulièrement pathogène et qui se réplique beaucoup, résume Gilles Salvat. Il faudra soulever la question du nombre de canards élevés dans une période à risque. »

L’épizootie touche des élevages aux Pays-Bas, en Allemagne, en Pologne, en Suède et au Danemark. Si le nombre de foyers y demeure plus faible, il a atteint de très grands élevages. « En Pologne, un élevage de 900 000 poules pondeuses a été touché, partage Gilles Salvat. Ces foyers correspondent à des proximités avec des zones de rassemblement des oiseaux sauvages et une contamination de l’environnement. ».

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Des mesures de biosécurité insuffisantes

La biosécurité consiste à prendre plusieurs mesures pour diminuer le risque d’introduction de virus dans un élevage. Des éleveurs ont ainsi construit des bâtiments pour héberger les animaux à l’intérieur durant les périodes à risques. De nouvelles mesures assurent une meilleure désinfection des moyens de transport des animaux vivants. De plus, des analyses sont faites systématiquement avant les mouvements d’animaux entre les animaux qui sont prêts à gaver et le gavage. À ces pratiques, s’ajoutent des barrières sanitaires mises en place à l’entrée des élevages avec des changements d’équipements.

La région de la Chalosse est particulièrement impactée. Dans cette zone, certains élevages sont espacés d’à peine quelques centaines de mètres. Malgré des précautions de biosécurité, les élevages ne vivent pas en autarcie, ce qui facilite les contaminations entre élevages. Le simple fait de repailler régulièrement les bâtiments d’élevage avec de la paille amenée par un tracteur qui peut rouler dans la boue, constitue un risque. « Le problème du respect de la biosécurité est que la moindre faille est fatale lorsqu’il y a du virus dans l’environnement », avertit Gilles Salvat.

Matthieu Combe


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