Plus de bouteilles en plastique, une “compensation” financière pour les voyages en avion… Symbole d’une industrie du cinéma habituée au strass et aux paillettes, le Festival de Cannes qui débute ce mardi 6 juillet entend réduire son empreinte carbone.

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Cette année, le Festival de Cannes met en place une série de mesures pour réduire son empreinte carbone. // PHOTO : magicinfoto / Shutterstock

Avec ses tournages partout dans le monde et ses moyens dantesques, le cinéma fait souvent figure de mauvais élève en matière d’environnement. Une image que le Festival de Cannes entend bien verdir. Il a annoncé une série de mesures environnementales en vue de son ouverture ce mardi 6 juillet.

“Face à l’urgence”, le premier rendez-vous mondial du cinéma assure cette année placer la protection de l’environnement “au cœur de (ses) préoccupations”. Des mesures ont été prises pour réduire, dans un volume non précisé, ses émissions de dioxyde de carbone (CO2). Le festival va par ailleurs diminuer ses déchets. Il projettera également une sélection de films sur l’écologie.

Les transports en ligne de mire

La majorité des voitures officielles qui vont transporter les stars du 7ème art seront électriques. Le festival privilégiera également les transports en commun. De manière plus symbolique, le poids total du tapis rouge utilisé est réduit de moitié, soit 950 kg de moins. Le rendez-vous international du cinéma supprime également les bouteilles d’eau. Les participants en avaient bu plus de 22 000 pour l’édition 2019.

Les voyages en avion demeurent le point noir du festival. Ils représentent 89% de l’empreinte carbone du festival avec l’hébergement. Si leur nombre n’est pas réduit, chaque festivalier règle une contribution de 20 euros. Le festival promet de les verser à des projets “de compensation fiables et pertinents”, choisis par “un comité scientifique d’experts indépendants“.

Nous nous efforçons d’être exemplaires“, assure à l’AFP le délégué général du festival Thierry Frémaux. Mais les organisateurs eux-mêmes reconnaissent qu’organiser cet évènement mondial est devenu “un défi environnemental“. Un défi qui ne pourra pas être résolu “instantanément“, mais grâce à des actions à “moyen et long terme“.

Une conscience environnementale naissante

La démarche est “très encourageante“, juge auprès de l’AFP le réalisateur et militant Cyril Dion. Mais pour celui qui présentera à Cannes Animal, un documentaire sur l’effondrement de la biodiversité, “il y a un boulot monstre à faire“. En tout cas, le festival “lance un signal que tous les autres devront suivre“, selon le réalisateur. “Ces mesures témoignent d’un changement d’époque dans le cinéma“, poursuit-il.

Les initiatives se multiplient partout dans le monde pour réduire l’empreinte carbone du 7ème art. Ainsi, l’un des volets de Spiderman a été tourné de manière à recycler des tonnes de matériaux. Le festival allemand de la Berlinale a tissé son tapis rouge en filet de pêche recyclé. En France, des mesures environnementales conditionneront certaines aides au secteur à l’horizon 2024.

La “schizophrénie” du secteur

En pleine crise climatique, est-il raisonnable de continuer à réunir équipes de films, producteurs et journalistes du monde entier pour un festival ? Cannes, Venise, Sundance, Berlin… Pour Carole Scotta, l’une des principales productrices et distributrices indépendantes de France, les professionnels font chaque année le tour du monde et “ce n’est pas bon pour la planète“.

D’autant que la pandémie “nous a appris qu’on pouvait faire autrement“, en optant pour certaines rencontres ou séances en ligne, assure la femme très engagée sur ces questions. Pour Simon Valensi, expert à l’organisme spécialisé The Shift Project, le milieu relève d’une certaine “schizophrénie“, tenté de produire des films “à message” avec des moyens énergivores. Selon lui, les annonces de Cannes marquent une rupture “encourageante“, mais insuffisante au regard de la situation.

Natura Sciences avec AFP

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