La Convention Climat se conclut ce week-end. Les 150 citoyens qui la composent laisseront à la France « un héritage démocratique et écologique considérable ». C’est ce qu’a estimé la ministre de la Transition écologique Barbara Pompili dans un entretien à l’AFP.

Alors que la Convention citoyenne pour le climat touche à sa fin, la ministre de la Transition écologique se dit satisfaite par le travail qui a été fait. Pour elle, les 150 laisseront un "héritage écologique considérable" que les 150 citoyens.
La ministre de la Transition écologique se dit satisfaite par le travail de la Convention climat. // Jo Bouroch / Shutterstock

Que retenez-vous de cette expérience inédite ?

Barbara Pompili : D’abord que lorsqu’on veut avoir l’avis de nos concitoyens sur des projets complexes, on peut trouver les moyens de le faire. Beaucoup avaient des doutes sur la manière dont la Convention pourrait fonctionner. Ils ont montré l’image d’une société française capable de se rassembler autour d’un enjeu qui nous touche tous. À certains citoyens qui pourraient se demander « est-ce que notre mission a été remplie? » Je leur réponds à 100% oui. Ces propositions vont avoir des résultats dans le court, moyen et long terme.

Avant de devenir ministre, vous aviez craint « un risque de piochage » dans les mesures de la Convention citoyenne pour le climat.

Nous avons demandé aux citoyens de littéralement changer le monde. Effectivement nous avons beaucoup de propositions. Le risque était de piocher dedans. Nous avons mis en place un tableau de bord public qui permet de montrer de quelle manière nous avons répondu à chacune d’entre elles. Si la réponse est satisfaisante ou non, cela fait partie du débat, mais chaque proposition a eu sa réponse.

Certains estiment que des propositions ont été affaiblies parce que vous avez perdu les arbitrages.

Je ne vois pas les choses comme ça. Ce que je veux, c’est que nous engagions notre pays dans la transition écologique, au sens d’une transformation dans le quotidien des gens. L’erreur serait de croire que toutes les réponses sont dans le projet de loi Climat.

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Ce que veulent les membres de la Convention, et ce que nous voulons aussi, c’est atteindre l’objectif de réduction des émissions de gaz à effet de serre de 40% d’ici 2030. La loi est le dernier kilomètre de tout le travail qui a été fait depuis le début du quinquennat, avec les autres lois et le plan de relance.

Des instances indépendantes comme le Haut Conseil pour le Climat (HCC) ont pointé les carences dans l’action climatique publique.

Toutes les études, notamment celles du HCC installé par le président de la République, sont très instructives. Et nous allons tenir compte d’un certain nombre de leurs propositions. Elles disent que globalement nous avons pris des mesures dans tous les secteurs émetteurs de gaz à effet de serre.

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Après, des études disent que sur un certain nombre d’aspects, on n’est pas allé au bout, qu’il faudrait peut-être revoir un certain nombre d’échéances et d’objectifs. On verra pendant le débat parlementaire.

Qu’attendez-vous donc de ce débat ?

Sur la rénovation énergétique des logements ou la publicité, il y a des possibilités d’avancer en tenant compte des travaux en cours. Le gouvernement fait sa proposition et derrière, les parlementaires sont là pour enrichir le texte.

Que vous inspire la déception de nombreux citoyens ?

Au début, beaucoup de gens disaient « c’est encore un gadget, ça ne va pas fonctionner ». Mais les citoyens ont fait un énorme travail et ils doivent être fiers. Ils sont en train de léguer un héritage démocratique et écologique considérable. Il ne faut pas qu’ils dévalorisent eux-mêmes cet héritage. Ils savaient que leurs propositions seraient retravaillées et feraient l’objet d’un débat parlementaire.

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Prenons l’exemple du malus au poids des véhicules (que la loi de finance a adouci, NDLR). Quel était l’objectif de la Convention: lancer un signal fort pour prendre conscience de cette dérive des voitures de plus en plus grosses en train d’envahir le marché. Et je peux vous dire, pour avoir eu beaucoup d’échanges avec les acteurs concernés, que le message est très bien passé.

Que répondez-vous à ceux qui s’opposent à tous ces changements ?

Il y a toujours ceux qui considèrent que ça va trop vite, que ça peut être dangereux pour tel ou tel secteur de l’économie. Je m’inscris complètement en faux. J’ai pu constater que les entreprises qui s’en sortent le mieux sont celles qui prennent le tournant de l’écologie. Je peux comprendre qu’il puisse y avoir des inquiétudes. Mais on ne laisse personne sans solution: toute personne, toute entreprise, doit pouvoir être accompagnée dans la transition écologique.

Propos recueillis par l’AFP

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