L’Union Européenne annonce ses objectifs climat : -55% de gaz à effet de serre par rapport à 1990. Du moins sans compter l’absorption du dioxyde de carbone par les sols et les forêts. “Un jeu comptable” hasardeux qui ramène l’objectif à -52,8%.

L'objectif climatique européen reste insuffisant.
Manifestation à Bruxelles pour demander de rehausser les objectifs climatiques européens en 2019. // PHOTO : Alexandros Michailidis / Shutterstock

L’Union Européenne se fixe l’objectif de -55% d’émissions de gaz à effet de serre (GES) par rapport à 1990. Et ce, d’ici 9 ans. Les députés européens et les chefs d’État sont arrivés à ce compromis ce matin après une longue nuit et d’âpres négociations. Mais avec cet objectif obtenu à l’arraché, l’Union espère faire bonne figure, demain, au sommet international organisé par Joe Biden.

Un chiffre peut en cacher un autre

Sauf qu‘ “il y a un jeu comptable qui crée une illusion sur cette ambition européenne”, explique Neil Makaroff, responsable Europe du Réseau Action Climat. Car, comme pour les salaires, 55 % représente en réalité un objectif “brut”. L’objectif réel “net” descend à 52,8% si on élimine la part de carbone absorbée par les sols et les forêts. Ce qui diminue considérablement l’effort demandé si on le rapporte à l’entièreté du Vieux continent.“Avec un tel objectif, on ne peut pas dire qu’on est leader en matière de climat”, commente Neil Makaroff. Pourtant,“se fixer l’objectif de 55% en effort réel aurait envoyé un signal fort”, déplore-t-il.

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Pour sa part, la commission y voit “la reconnaissance du besoin d’améliorer les puits de carbone de l’UE” et prône une meilleure régulation de l’usage des sols et espaces forestiers. L’eurodéputé libéral Pascal Canfin calcule même qu’ils permettraient d’atteindre une diminution des GES de “près de 57% par rapport à 1990“. Mais ne nous y trompons pas, l’objectif fixé par l’Europe est bien de -55% par rapport à 1990 d’ici 2030. “Personne n’est obligé de faire plus, indique Neil Makaroff. Il faut faire au moins -55% à l’échelle européenne”. Et les puits de carbone font partie des outils pour y arriver.

Un choix hasardeux

Il peut sembler hasardeux de donner une si grande place aux puits de carbone dans le calcul des objectifs. “Passer de -52,8% à -55% grâce aux forêts et aux sols, c’est très hypothétique, prévient Neil Makaroff. Alors atteindre deux points de plus, cela nécessiterait d’énormes efforts de reforestation sur les dix prochaines années.” Et avec le réchauffement climatique, les choses se compliquent. “On ne sait pas comment vont évoluer les forêts en Europe, argumente Neil Makaroff. Avec le dérèglement climatique, les puits de carbone sont menacés. Sans compter les usages faits des forêts par l’homme. Par exemple, en Pologne, le gouvernement veut couper une partie de la forêt historique.”

Mais pour l’expert du Réseau Action Climat, la bataille ne fait que commencer. “Tout l’enjeu, c’est la mise en œuvre. Elle doit nous permettre de dépasser ces objectifs. Si on veut atteindre la neutralité en 2050, baisser nos émissions dans tous les secteurs drastiquement et engager des réformes et des transformations dès maintenant. On a devant nous une décennie qui nous permet véritablement d’inverser la courbe des émissions de GES à l’échelle mondiale.”

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Cet objectif sera formellement inscrit dans la loi climat, qui est discutée depuis mars 2020 dans l’Union Européenne. L’idée est d’inscrire dans le marbre des mesures de réduction des émissions de gaz à effet de serre et qu’elles soient juridiquement contraignantes. “Un signal fort au monde entier”, a salué le ministre de l’Environnement du Portugal, actuellement à la présidence de l’UE.

Fanny Bouchaud

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