A l’occasion de l’ouverture du Forum Chine-Europe à Paris le 2 décembre, plusieurs personnalités ont interrogé l’ambition de la récente déclaration commune sino-américaine pour lutter contre le réchauffement climatique. Est-elle réellement historique et à la hauteur des enjeux? Ce n’est pas si sûr…

accord climat Chine-Etats-Unis

La Chine est déjà le premier pays émetteur de gaz à effet de serre en 2014. Ces émissions seront pire en 2030, alors qu’elle devrait atteindre son pic. © Andy Wong/AP

« On a présenté et on présente aujourd’hui l’accord passé entre la Chine et les Etats-Unis comme historique, mais je pense qu’il faut apporter quelques nuances à cet accord« , affirme Noël Mamère, député de Gironde et maire de Bègles. « Il leur faudra accepter d’insérer leur accord bilatéral dans les décisions et le calendrier qui devront conclure la conférence multilatérale de l’année prochaine« , ajoute Paul Tran Van Thin, président de l’association du Forum Chine-Europe. « C’est bien que cet accord soit intervenu, mais ne faisons pas l’erreur de croire que cet accord est à la hauteur du défi« , estime Karl Falkenberg, Directeur de la DG Environnement de la Commission européenne. « Nous devons aller beaucoup plus loin, beaucoup plus vite : j’ai un peu peur que la Conférence de Paris soit un succès trop tard, trop peu ambitieux« , met-il en garde.

Voilà qui est dit. Cet accord ne semble pas assez ambitieux. D’autant plus qu’il ne s’agit pas d’un accord à proprement parler, mais plutôt d’une simple déclaration commune de positions, non contraignante, et sans engagements entre les deux pays.

Rappelons les faits : le 12 novembre dernier, les présidents Barack Obama et Xi Jinping  ont annoncé solennellement un plan conjoint pour limiter leurs émissions de gaz à effet de serre. Du côté des Etats-Unis, on parle d’une réduction des gaz à effet de serre de 26 à 28 % d’ici 2025 par rapport à leur niveau de 2005. La Chine s’engage quant à elle pour la première fois sur un plafonnement de ses émissions, au plus tard en 2030, sans chiffrer la hauteur de ce pic.

Les Etats-Unis et la Chine dans la lutte contre le réchauffement

Les États-Unis et la Chine représentent à eux deux près de 45% du total des émissions de gaz à effet de serres de la planète. Il y a quelques décennies, la Chine ne pesait que pour 10% des émissions mondiales ; elle est désormais le premier pays émetteur de gaz à effet de serre. Quel sera son niveau d’émissions lors de son pic en 2030 ? Nul ne le sait. Mais cela mènera certainement toute lutte mondiale pour le limiter le réchauffement sous la barre des 2°C en 2100 vers un échec flamboyant.

Selon le Global Carbon Projet, la Chine émettait 9 777 milliards de tonnes de CO2 (MdtCO2), les Etats-Unis 5 233 MdtCO2, la France n’en émettant que 344 MdtCO2 en comparaison. En faisant ces déclarations un an avant la COP21 à Paris, la Chine et les Etats-Unis laissent entendre qu’ils ne devraient pas aller beaucoup plus loin et ne se laisseront pas imposer d’objectifs contraignants par d’autres puissances.

Ces engagement suffiront-ils à contrer le réchauffement climatique ?

Une chronique de Stéphane Foucart parue le 1er décembre dans le Monde constate que les experts du climat sont bien dubitatifs sur le caractère historique de cet accord et partagent les craintes sur l’ambition de cet accord.

Stéphane Foucart s’intéresse notamment aux travaux de Chris Hope, chercheur à l’université de Cambridge (Royaume-Uni) et spécialiste de modélisation des interactions entre politique énergétique et climat. Grâce à un modèle de simulation climatique supposant que les promesses sino-américaines, l’engagement européen de réduire les émissions de l’Union de 40 % à l’horizon 2030 seront respectées et que le reste du monde suivrait une trajectoire similaire, Chris Hope montre que la probabilité de demeurer en 2100 sous les 2 °C est de 1,1 %. »Ces estimations doivent être prises avec prudence, n’ayant pas été dûment publiées ; mais elles offrent une idée des ordres de grandeur« , précise le journaliste. Selon les calculs de Chris Hope, l’accord sino-américain nous place en réalité, le plus probablement, sur la trajectoire d’un réchauffement de 3,8 °C d’ici à la fin du siècle. Ces deux pays doivent donc s’orienter de manière décisive, aux côtés des autres pays, vers une lutte beaucoup plus contraignante contre le réchauffement climatique. L’avenir de la planète sera fixé à la COP21 du Bourget en Décembre 2015.

Lire aussi ailleurs: Accord sur le climat : et si Etats-Unis et Chine ne parlaient pas la même langue ?

Auteur : Matthieu Combe, fondateur du webzine Natura-sciences.com

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